L'utopie antilibérale
Par Nicolas le dimanche 24 décembre 2006, 19:35 - Humeur interrogative - Lien permanent
Utopie : « Conception politique ou sociale purement idéale, qui ne
prend pas la réalité en considération. Projet irréalisable »

Sous divers aspects nous avons l’impression de ne plus pouvoir maîtriser
l’évolution de notre société. Les effets pervers de la mondialisation, la
paupérisation d’une frange de plus en plus importante de la population et de
manière générale ce sentiment de précarité qui n’épargne plus grand monde ne
trouve pas de réponse dans les discours économiques et politiques
classiques.
Face à ce malaise, certains ont fait le choix de la rupture en partant en
guerre contre le « libéralisme ».
« Notre objectif, c’est la satisfaction des besoins sociaux, le
développement des capacités de chaque personne et donc plus de recherche, de
qualification, de culture et de démocratie. Cela suppose de répartir et
d’utiliser autrement les richesses disponibles, d’instaurer un socle ambitieux
de droits collectifs et individuels, de restaurer des politiques publiques
actives, de mettre au coeur du projet politique l’appropriation sociale et les
services publics, d’instaurer une autre manière de décider de notre avenir
commun, de concevoir un « alter-développement », de réorienter la
construction de l’Europe et du monde ». (extrait de l’introduction de La Charte
antilibérale).
La Charte antilibérale, document de référence des antilibéraux français, a
le mérite de mettre le doigt sur des problèmes de fonds de notre société et de
proclamer haut et fort qu’il faut que ça change !
Cependant, autant on peut adhérer aux grand principes énoncés visant à
remettre en cause les excès du libéralisme en jetant les bases de ce que
pourrait être un « nouveau développement », en re-définissant la
citoyenneté et en se donnant les moyens de privilégier l’intérêt général par
rapport aux intérêts privés, autant il est difficile d'être en accord avec les
moyens proposés pour les mettre en œuvre qui relevent de la pure utopie (voir
définition plus haut).
Je ne disserterai pas sur la répartition du rôle entre l’état et la sphère
privée qui est proposée même si elle conduit à une omniprésence de l’état
présenté comme seul capable de garantir « …la satisfaction des besoins
sociaux, le développement des capacités de chaque personne… » !
Mais les antilibéraux nous proposent une alternative au
« libéralisme » qui n’a de sens que dans 2 situations :
l’autarcie complète (façon Albanie il y a peu de temps ou Corée du Nord) ou
dans le cadre d’une adhésion et d’une mise œuvre généralisée au monde
entier ! …via un phénomène de convergence vers le haut qui,
paradoxalement, consiste à vouloir conforter nos privilèges de nantis sans s’en
donner les moyens et à dire ensuite aux autres pays « pour que ça marche,
il faut que tout le monde en fasse autant, allez y et vous verrez que ça ira
mieux ».
Pour enclencher un mouvement de convergence vers le haut en se montrant en
exemple au monde entier, on doit expliquer clairement comment on fait
pour : travailler moins (32 heures), bénéficier de l’emploi à vie,
augmenter les salaires (SMIC à 1 500 euros net), bénéficier de la gratuité de
nombreux services (culture, santé, transport …voire même le logement) etc
….
On nous parle de réforme fiscale (faire payer les riches), de reverser les
profits à la collectivité (je ne suis pas certain qu’il reste beaucoup de
profits à récupérer), de contraintes imposées par l’état (interdiction de
délocaliser, de licencier … ), d’appropriation sociale de tout ou partie de
l’outil économique ( ?) et " bien sûr de mettre fin à la logique du Pacte de
stabilité qui limite la dépense publique …" ce qui signifie payer avec de la
monnaie de singe ….avec de l’argent que l’on a pas !
D’un coté, tout est fait pour que la production de richesses diminue en
refusant de considérer toute notion d’efficacité économique sous prétexte
qu’elle ne doit pas être le seul moteur de développement et de l’autre on
distribue largement sans contrepartie ! … Qu’est ce que tout cela peut
bien vouloir dire pour un Roumain ou un Bulgare ? …et à plus forte raison
pour un Chinois ou un Pakistanais ? …comment vouloir présenter en exemple
sa vision de la société si on est pas crédible sur les moyens à mettre en œuvre
pour y arriver !
La Charte, recense moult droits fondamentaux ou moins fondamentaux mais
n’évoque nul part les devoirs de chacun, les contreparties à la mise en œuvre
d’une société plus solidaire ! Redistribuer plus
« équitablement » suppose déjà qu’il y ait des richesses à distribuer
alors que les mesures proposées sont extrêmement dissuasives pour ceux qui
seraient moteur dans la création de richesse !
cela suppose également de faire des choix, d’établir des priorités dans
l’affectation des richesses sauf à considérer que les richesses à distribuer
sont illimitées (c’est un peu l’idée qui est derrière le financement par
l’endettement ).
On peut vouloir une autre forme de développement plus solidaire et plus
humaniste mais il faut poser la question clairement : d’une manière ou
d’une autre, ce que l’on donne aux uns doit être pris à d’autres surtout si le
gâteau à partager diminue ! …il est certainement possible d’opérer une
meilleure répartition des revenus entre les différents participants aux
processus de création de valeur mais il est malhonnête de laisser croire et il
est naïf de croire que l’on peut distribuer de la richesse
« gratuitement » … ce qui est donné aux uns l’est par les autres
membres de la collectivité !
Dans ces conditions, être généreux et solidaire et à plus forte raison dans
les proportions énoncées dans la Charte, suppose en préalable obligatoire, un
consensus national (voire européen) fort sur le niveau de solidarité que l’on
veut mettre en place et sur les moyens que chacun d’entre nous et pas
simplement cette masse anonyme qu’est la collectivité, accepte d’y consacrer …!
Il faudrait peut être commencer par là avant de vouloir imposer une solidarité
d’état même pleine de bonnes intentions !
Sans une forte adhésion en toute connaissance de cause et un mode de
fonctionnement cohérent l’alternative antilibérale ne peut être
qu’illusion.
Commentaires
salut,
prendre aux uns pour donner aux autres est ce qu'on appelle de l'arbitraire. Cela peut se comprendre et se justifier, mais ne permet pas de construire une société juste ? Qui décide de ceux qui seront bénéficiares ? Qui décide de ceux qui payeront ? Se préoccupe-t-on de répartir le gateau, ou de faire en sorte qu'il soit le plus gros possible ?
Celui qui produit ou échange des richesses de manière légitime n'est pas incité à le faire s'il est pénalisé dans son activité. On l'observe déjà en France : la désincitation fait fuire les "riches" et diminue donc la taille du gateau. On arrive donc à l'effet inverse de ce qu'on voulait faire : au lieu de "mieux" répartir le gateau, on n'a fait que diminuer sa taille, sans régler le problème des moins riches. Idiot, et irresponsable !
à bientôt !
Ce n’est pas de l’arbitraire si c’est une décision collective !
La nature et l’ampleur de la re-distribution sont des choix de la collectivité nationale, en conséquence on ne peut pas les qualifier d’arbitraires. C’est la collectivité française qui au fil des décennies a fait les choix de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales, de la sécurité sociale ou de notre système de retraites.
Mais tu as raison, si telle qu’elle est pratiquée, la solidarité provoque la réduction du gâteau, rapidement tout le monde sera perdant.
Contrairement à ce que font beaucoup et notamment ceux qui se qualifient d’antilibéraux, la solidarité nationale ne peut être considérée uniquement sous l’angle de la redistribution. Pour redistribuer il faut d’abord avoir quelque chose à redistribuer !
C’est dans l’intérêt de tous d’avoir plus à se partager et malheureusement beaucoup n’ont pas compris qu’il faut commencer par produire de la richesse avant de penser à la répartir dans le cadre de la solidarité nationale !
Malgré tout, pour que tous adhèrent à cette démarche, il faut pouvoir montrer que l’augmentation de la richesse nationale profite à tous et non pas uniquement à une petite minorité sinon chacun va tirer de son coté pour essayer d’avoir la plus grosse part du gâteau sans se préoccuper de la manière dont il évolue !