Ce sondage m’inspire 2 réflexions :

Sur son interêt tout d’abord !

On pourrait se demander à quoi ça sert de questionner une nouvelle fois la population sur l’euro puisqu’on connaît d’avance la majorité des réponses et puisque ces réponses ne déboucheront sur rien…sauf à imaginer de revenir au Franc ! …

L’Euro est maintenant en place depuis 5 ans ! Faudra t’il attendre que tous ceux qui ont connu le Franc soient morts pour arrêter de demander à la population si s’était pas mieux avant l'Euro !

Le fait que ce sondage ait été commandé par Le Pèlerin apporte quand même un élément de réponse puisque je ne crois pas m’avancer beaucoup en considérant que la moyenne d’âge des lecteurs de cet hebdomadaire est assez élevée. Ce sondage permettra aux lecteurs de se défouler à coups de « j’te l’avais bien dit Raymond qu’il nous emmènerait que des ennuis leur euro, on a bien fait de garder nos francs sous le matelas, tu verras on va y r’venir ».

Quand aux résultats du sondage, je suis de plus en plus atterré !
94% des sondés estiment que l'adoption de l'euro a eu pour conséquence "une aggravation de la hausse des prix" !!!! …

Il y 1 mois un précédent sondage qui ne donnait que 69 % à cette opinion, m’avait déjà fait sursauter ! …vous imaginez le choc que j’ai eu en lisant qu’on était arrivé maintenant à 94 % ! ….on va finir par faire un score de présidentielle en Corée du Nord comme c’est partis ! Néanmoins, je ne reviendrais pas sur ce que je pense de cette idée d’un euro hausseur de prix, je me suis déjà exprimé sur ce point dans un précédent billet (daté du 30 novembre) !

Mais il y a encore mieux, dans la catégorie les chiffres qui tuent, j'ai le 52 et le 57 !!!
52 % des français pensent que l’euro a été une « mauvaise chose » pour la France !!!
57% pensent que l’euro a été une « mauvaise chose » pour eux même !!

Une « mauvaise chose » …oh là ! …. mais il va falloir me marabouter tout ça ! …et pour assurer, on balance un bon exorcisme par dessus et si avec tout ça on a pas délivré nos pièces et nos billets de la mauvaise chose qui les imprègnent ….et bien allez hop ! au bûcher l’Euro !!!

J’évacue tout de suite « la mauvaise chose pour eux-même » qui me semble au mieux redondante avec le sentiment que l’euro a provoqué une hausse des prix et au pire n’avoir aucune signification !

Mais l’euro « une mauvaise chose pour la France » …alors là j’aimerais bien savoir comment les 52 % de sondés justifient leur réponse ! …sans même juger par rapport à ma propre vision des choses, je me demande simplement comment on peut poser, lors d’un sondage téléphonique, des questions qui nécessitent un minimum de réflexion et de connaissances des mécaniques économiques.

J’imagine assez bien la scène :

« Bonjour Monsieur, c’est l’institut TNS SOFRES à l’appareil, nous faisons un sondage sur l’euro » « Monsieur, pensez vous que l’euro a été une « mauvaise chose » ou une « bonne chose » pour la France, la croissance et l'emploi ainsi que pour vous-mêmes ? »
« Une mauvaise chose bien sur ! depuis l’euro tout a augmenté sauf mon salaire, et puis en 2002 l’équipe de France s’est fait ramasser au premier tour de la coupe du Monde, vous allez pas me dire que c’est une coïncidence !»
« Je vous remercie Monsieur, au revoir Monsieur »

Soyons sérieux ! qu’est ce que c’est que ces questions à la c….. ?

Et pourquoi pas un sondage sur la phylogénie moléculaire et sur les mérites respectifs des méthodes de distances et de celles de parcimonie ? …

« Bonjour Monsieur, c’est l’institut TNS SOFRES à l’appareil, nous faisons un sondage sur la phylogénie moléculaire »
« Monsieur, que pensez vous des mérites respectifs des méthodes de distances et de celles de parcimonie ? »
« ? »
« Euh !!! pardon ! la physiologie binoculaire ? »
« Non Monsieur, la phylogénie moléculaire »
« ah ! »
« ben, ….attendez j’appelle ma femme »
« Eh Germaine c’est une dame pour un sondage qui demande ce qu’on préfère entre la météo à distance ou avec parcimonie …ça concerne la phytologie articulaire »
« ben je sais pas moi …t’as qu’à dire que tu sais pas »
"C'est ça, pour qu'on passe pour des billes !"
« Allo, Madame, ben ma femme et moi on a su mais on se rappelle plus bien, alors vous avez qu’à marquer qu’on préfère ….la solution n°2 »
« vous êtes plutôt partisans des méthodes de parcimonie ! »
« oui, c’est ça, les méthodes avec parcimonie »
« Bien, c’est noté, je vous remercie Monsieur, au revoir Monsieur »

Au moins sur ce type de sujet, j’ose espérer que la très grosse majorité des sondés se déclarerait incompétente !

Mais lorsqu’il s’agit de juger des effets d’une monnaie sur l‘économie du pays alors là y’a pas de problème pour donner son avis ! …il faut dire qu’à force d’entendre des politiques complaisamment relayés par les médias balancer des formules simplistes sur l’Europe et l’Euro, on a vite l’impression de tout savoir !

Je ne vais pas argumenter sur les mérites de l’euro par rapport au franc, je me contenterais de citer quelques extraits de l’entretien avec Joaquin Almunia, Socialiste espagnol et Commissaire européen aux affaires monétaires, publié récemment dans le journal « la Croix ».

« Je crois qu'à travers l'euro on critique en réalité d'autres sujets. Lorsqu'on manquait de croissance, on en rendait responsable la monnaie unique. Maintenant que la reprise est de retour, personne n'affirmerait que c'est grâce à l'euro… dire que les prix augmentent en 2006 à cause de l'euro, c'est incroyable ! J'entends aussi, surtout en France, des opinions affirmer que le taux de change de l'euro nuit aux exportations. Or je vois que d'autres pays ont de fantastiques résultats à l'exportation et qui sont membres de la même zone euro.

Parfois l'euro et l'Europe sont utilisés dans des débats politiques nationaux pour chercher des responsabilités au-delà des frontières de chaque Etat membre. Je crois que c'est un exercice peu responsable et parfois même dangereux. Il faut avoir le courage d'expliquer la réalité des problèmes et les vrais raisons pour lesquelles on n'a pas pu les résoudre.
Par exemple, en France, « l'euro fort » est présenté comme la cause de tous les problèmes. ... Si on veut résoudre le problème du déficit commercial, il faut aller au fond des choses, trouver les raisons pour lesquelles il est en train d'augmenter et non de diminuer. Pourquoi on va chercher avec le taux de change une raison qui pourrait expliquer une partie du déficit commercial, mais pas sa plus grande partie ? Ce n'est pas une question de gauche ou de droite, de vieux ou de nouveaux leaders politiques, mais de rigueur dans le débat. »

Pourquoi n’entend on pas ce genre de propos dans la bouche de nos politiques français et pourquoi ne les lit on pas dans certains journaux ?
Sans doute parce que la rigueur dans le débat n’est pas leur fort !