La politique du spectacle
Par Nicolas le jeudi 11 janvier 2007, 20:38 - Humeur politique - Lien permanent
... c’est laisser croire qu’à tout type de problème il y a une réponse
simple qui consiste essentiellement à attribuer des financements
supplémentaires !

Les « Enfants de Don Quichotte », par leur action spectaculaire, ont
réussi là ou d’autres, au moins aussi méritants (Emmaüs par exemple), ont
échoué ! outre des mesures concrètes, ils ont réussi l’exploit de faire
parler des « sans logis » (remarquez que l’on ne parle plus de
SDF ! par crainte d’un amalgame avec clochards ?) dans les médias
nationaux pendant plusieurs semaines d’affilée ! … tant mieux !
Il a fallu le film « Indigènes » pour que Mr Chirac décide de
revaloriser substantiellement les pensions des combattants Africains qui
avaient été gelées en ….1959 ! … tant mieux !
C’est Nicolas Hulot avec sa notoriété télévisuelle qui a été le plus
efficace pour qu’enfin les Politiques annoncent qu’ils vont placer la lutte
contre le réchauffement climatique dans leurs priorités … tant mieux
!
Combien d’autres mesures ont, ainsi, été annoncées sous la pression
médiatique !
Exprimer son indignation est un droit sinon un devoir dans certaines
situations et qu’il faille apporter une réponse immédiate à une situation
d’urgence semble une évidence.
Tant mieux si toutes ces causes importantes ont pu avancer grâce à des coups
médiatiques mais il n’en reste pas moins que cela revient à imposer le
traitement (plus ou moins en profondeur) d’un projet au détriment des autres
!
On peut évidemment regretter qu’il faille souvent une pression médiatique
forte pour avoir l’impression qu’un problème est considéré à sa juste valeur
mais il faut surtout avoir conscience que le coté éphémère et brutal de la
« mise en avant » médiatique ne permet pas d’aller au fond des
choses.
A une époque ou la collectivité est endettée jusqu’au cou, alors que les
besoins sont importants, une des difficultés de gouverner réside dans la
gestion des priorités !
Or, ce n’est pas gérer les priorités que de les attribuer en fonction de la
place que prend une personne ou un événement dans les journaux télévisés
!
Outre que cela laisse l’ impression que toute demande peut être satisfaite pour
peu qu’on lui fasse un peu de publicité tapageuse, cela permet rarement de
résoudre le fond d’un problème.
Plus grave, c’est laisser croire qu’à tout type de problème il y a une
réponse simple qui consiste essentiellement à attribuer des financements
supplémentaires !
Dans une société médiatique qui a déjà tendance à tout simplifier sous
prétexte de rendre l’information accessible à tous, cela ne peut que contribuer
à la diffusion de raisonnements simplistes et de discours
démagogiques.
Cela contribue également à créer un sentiment anti-élites. Pourquoi a t’il
fallu telle ou telle action spectaculaire pour que les hommes politiques se
décident à apporter une solution aussi évidente (payer) ? la réponse est
aussi simple que la solution : au mieux se sont des incapables au pire ce
sont des salauds sans cœur qui ne pensent qu’à protéger les privilégiés ...sans
compter les plus virulents qui nous diront que l’un n’empêche pas l’autre
!
Et puisque tout est simple, tout le monde est expert ! … on n’a donc plus besoin des « experts » d’autant plus qu’ils sont largement soupçonnés d’arrogance et vouloir de manipuler les « petits gens » !
C’est le règne du « Y’a qua » !
Or, bien évidemment tout n’est pas aussi simple et on peut ne pas être
d'accord avec nos dirigeants sans pour autant les considérer comme des abrutis
ou des « salauds sans coeur ».
Ce type de situation pourrait très souvent être évité si nos dirigeants
acceptaient de communiquer plus systématiquement sur les grands sujets qu’ils
sont amenés à traiter. Une des premières taches d’un gouvernement devrait être
d’établir, de détailler et de présenter un plan d’action publique et
« lisible », qui sur les grands sujets de société présente chaque problème
dans son intégralité avec les objectifs recherchés, l’analyse des causes, les
réponses possibles, les caractéristiques de chaque réponse (quelle échéance,
quelle pérennité, quels coûts, quels impacts sur les causes etc ) ainsi que
leur interaction avec les autres sujets : quelles conséquences
collatérales, quel mode de financement …
Certes, la préparation d’un dossier complet et sa publication de manière à
ce qu’il soit compréhensible par tous, ne peut pas se faire dans l’urgence ce
qui suppose d’avoir su anticiper la crise, mais si malencontreusement ce
n’était pas le cas, il serait nécessaire de le produire dans un délai
raisonnable annoncé à l’avance.
Cette démarche d’information participerait à la fameuse « démocratie
participative » ( thème très à la mode ces temps ci) en apportant de la
transparence dans le processus de décision politique et en fournissant au
citoyen des éléments lui permettant de se prononcer en connaissance de cause
sur les choix politiques de leurs dirigeants.
Elle aurait également un rôle pédagogique important en faisant prendre
conscience de la complexité de nombreux sujets et du fait qu’apporter des
solutions à un problème suppose presque systématiquement d’effectuer des
arbitrages au détriment d’autres sujets !
Cette démarche n’est facile ni pour les gouvernants qui ont trop tendance à
considérer que la transparence équivaut à un partage du pouvoir ni pour les
citoyens dont les réactions sont plus souvent dictées par les tripes que par la
tête.
Il serait intéressant de profiter de cette période de campagne électorale
pour exiger des candidats que toute promesse soit motivée et argumentée,
qu’elle s’accompagne au minimum d’un certain nombre d’éléments qui permettent
d’en juger le bien fondé et l'efficacité non pas seulement à l'aulne des
résultats attendus mais aussi des coûts, des moyens qui devront être mis en
œuvre et des éventuelles conséquences sur d’autres domaines.
Parions que ça calmerait sérieusement les ardeurs de celles ou ceux qui participent à la surenchère de belles promesses aussi alléchantes que rudimentaires.