Le temps presse pourtant, alors que les effets de la perturbation du climat commencent de plus en plus à se faire sentir : diminution importante de la banquise, phénomènes climatiques plus violents et plus nombreux, inondations….on n’a pas vraiment l’impression d’une mobilisation massive !

Le rapport Stern, estime à plus de 5 500 milliards d’euros la facture du réchauffement climatique et même si ce chiffre n’est qu’une estimation à considérer avec prudence, il n’en pas moins impressionnant. Sans compter le plus important, les drames humains liés aux catastrophes naturelles provoquées par le réchauffement.
Nicholas Stern cite certaines conséquences d'un réchauffement planétaire de l'ordre de trois degrés : inondations, manque d'eau potable, pénurie de récoltes, personnes déplacées par centaines de millions, dans l'incapacité de produire ou d'acheter des vivres... Selon lui, un sixième de la population mondiale se trouverait menacé.

Et pourtant …. pour limiter le réchauffement de la planète, les émissions de gaz à effet de serre doivent être au minimum divisées par deux d'ici 2050. Or, en dépit des engagements pris à Kyoto, celles-ci continuent d'augmenter.
Plusieurs pays comme l’Espagne et l’Italie ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne pourraient pas tenir leurs engagements, le Canada dont les émissions de gaz à effet de serre ont augmentées de 30% par rapport à 1990 veut revenir sur ses engagements, les principaux pays pollueurs qui n’ont pas signés les accords ne manifestent aucune intention en la matière : les Etats-Unis, la Chine, l’inde, l’Australie …,
A cet égard, les propos du ministre allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel, après la conférence de 2005 des Nations Unis sur les changements climatiques à Montréal, sont révélateurs : «Quand je suis arrivé à Montréal, je voyais des badges accrochés aux vestes des délégués sur lesquels était écrit « Vous d'abord » !!!

« Vous d’abord » !!! …hélas ! quel concentré d’égoïsme, de bêtise et de cupidité dans ce « vous d’abord » !
C’est le grand « vous d’abord » des américains, plus gros émetteurs de CO2 de la planète, prétextant que la Chine et l’Inde n’ont pas signé Kyoto pour ne rien faire eux même !
Mais c’est aussi le petit « vous d’abord » du propriétaire de 4x4 immatriculé 75 ou 92, paradant fièrement dans les rues de Paris, ville bien connue pour ses chemins creux, ses ornières et ses voies cabossées et enneigées !

Face à ces grands ou ces petits « vous d’abord », il n’y a qu’une seule réponse !
Allons-y d’abord ! …
C’est que j’aimerai entendre haut et clair de la part de nos candidats !

Or, le moins que l’on puisse dire c’est que, au-delà des discours généraux et des belles promesses destinées à calmer les ardeurs d’un concurrent potentiel, on ne sent pas nos candidats à l’élection présidentielle extrêmement motivés par la lutte contre le réchauffement climatique !
Je n’ai pas entendu de proposition concrète de la part Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy quant à lui, ne propose que de porter de 2,5 à 5% du PIB la fiscalité écologique en mettant en place d'une imposition « différenciée » pour les produits propres et les produits polluants. Certes c’est mieux que rien et même si il est important d'inciter à une consommation responsable en faisant payer les pollueurs, ce n’est pas ça qui va améliorer significativement la situation ! A un moment ou une remise en cause de nos habitudes et de nos mentalités devient nécessaire, on ne peut plus se contenter de demi-mesures !

A cet égard, l’expérience du « Plan climat » n’est pas vraiment rassurante.

Avec des émissions en baisse de 0,8 % de 1990 à 2004, la France pourra atteindre ses engagements mais la Grande-Bretagne avec -14,3 % et l'Allemagne avec -17,2 % ont fait beaucoup mieux.

Plus révélateur, la première proposition française en matière d'allocation de quotas de CO2 (PNAQ) pour la période 2008 à 2012, a été refusée par Bruxelles. Et pour cause, elle autorisait les plus gros industriels du pays à rejeter 157,4 millions de tonnes de CO2 par an sur cette période !
Le premier PNAQ, couvrant la période 2005-2007, avait pourtant montré que les allocations de quotas étaient supérieures de 13 % aux émissions réelles des entreprises françaises l'an dernier !
Dans de telles conditions, le marché des droits d’émissions ne peut plus avoir aucune efficacité !

Fort heureusement, le nouveau plan proposé par la France est moins laxiste puisqu’il prévoit une baisse des quotas à 132,8 millions de tonnes de CO2 par an.
Mais cette histoire est significative d’un état d’esprit, elle montre que la France ne se comporte pas du tout comme un exemple et qu’elle semble hésiter entre le « vous d’abord » et le « allons-y d’abord » !

Le « allons-y d’abord » est une démarche volontaire et courageuse qui nécessite des sacrifices et suppose donc nécessairement une volonté forte de la part des dirigeants et une adhésion de la population. Pour le moment je ne vois ni la volonté ni une adhésion à la mesure de la gravité de la situation.

Certes Monsieur Hulot a dit qu’il ne partirait pas en vacances (humour) et qu’il veillerait au respect des engagements pris par les candidats sur l’application du Pacte écologique. Mais est-ce que ce sera suffisant pour positionner le réchauffement climatique sur le haut de la pile des dossiers à traiter ?
Une fois la crainte de sa candidature écartée ne restera-t’il pas qu’un aléa de la campagne présidentielle ?

En tout état de cause n’est ce pas malheureux, qu’il ait fallu l’intervention du très médiatique Nicolas Hulot pour que ce sujet constitue un thème de campagne !!!

Un motif de satisfaction quand même, il nous vient de l’Europe qui va peut être éviter à nos dirigeants d’avoir à faire des choix courageux en nous imposant de prendre des mesures efficaces !

En effet, la Commission européenne a fait récemment (Projet du 10 janvier 2007) des propositions pour « Limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés Celsius ».
Ces propositions ont le mérite d’être à la fois réalistes et relativement ambitieuses (même si on peut toujours faire mieux).
La Commission propose tout d’abord que « l'UE se fixe pour objectif dans le cadre des négociations internationales de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays développés de 30 % (par rapport à leur niveau de 1990) d'ici à 2020 ». Cet effort est nécessaire pour limiter la hausse des températures de la planète à 2 degrés Celsius ».
Mais ce qui est plus important c’est que la Commission ne souhaite pas faire dépendre son action de négociations internationales dont on sait qu’elles peuvent être extrêmement décevantes, alors elle poursuit en spécifiant que « Jusqu'à la conclusion d'un accord international et sans préjudice de la position qu'elle prendra dans les négociations internationales, l'UE devrait dès maintenant prendre l'engagement ferme et indépendant de réduire les émissions de GES d'au moins 20% d'ici à 2020 … »
Elle précise enfin que « Cette démarche permettra à l'UE d'affirmer son autorité sur le plan mondial en matière de lutte contre le changement climatique ».

C’est bien une manière de dire « allons y d’abord » !

S’ensuit une série de mesures destinées à permettre à l’Union Européenne d’atteindre cet objectif.

Faut-il que sur ce sujet, comme sur d’autres, nous soyons encore une fois entraînés vers le haut par l’Europe ?
Ca commence à devenir une habitude !
Sans l’Europe de nombreuses avancées en matière d’écologie, de politique sanitaire ou d’aménagement du territoire n’auraient pas été mises en œuvre. Plusieurs sujets récents sont révélateurs : les quotas de pêche, la loi sur l’eau qui n’aurait jamais vu le jour sans une directive Européenne et sans les multiples pressions de l’Europe ou le règlement REACH que la France n’aurait pas pu ou voulu imposer seule !

C’est bien dommage !

Quand à la France, je laisse Nicolas Hulot conclure sur une note pour le moins pessimiste :

« Beaucoup (de politiques) n’ont pas, me semble-t-il, intégré totalement les changements radicaux et en profondeur que notre système et notre économie doivent opérer. Ils résistent encore à l’idée que le monde de la rareté et de la fragilité nous impose de changer progressivement de logiciel. Or, je crois que sans remise en cause profonde, débarrassés du poids et de la rigidité des dogmes, sans assumer ce rendez-vous critique inespéré que l’impératif écologique nous contraint à réaliser individuellement et collectivement, nous n’y arriverons pas. Il n’est pas certain non plus que l’inertie culturelle dans laquelle nous sommes plongés nous permette d’y parvenir.

Je doute que mes interlocuteurs soient parvenus à se convaincre que le facteur écologique et climatique surdétermine tout le reste et conditionne tout projet économique et social.

Je doute aussi, et je souhaite me tromper, que chacun ait pris suffisamment conscience des conséquences géopolitiques et de l’objet de tensions et de conflits supplémentaires que cela représente. Je crains que peu aient admis que nos frontières ne nous mettront pas à l’abri de l’insécurité planétaire que la crise énergétique, climatique et écologique diffuse dans le monde.

Je doute aussi que tous aient conscience que cette contrainte représente aussi une opportunité économique pour ceux qui répondront à cette obligation de créativité et d’inventivité écologique.

Je crains aussi et surtout que, dès lors que l’hypothèque de ma candidature soit levée, chemin faisant, la campagne électorale ne retrouve ses codes, ses priorités conventionnelles, ses joutes et ses fractures usuelles, et ne traite progressivement cet enjeu fondamental que de manière accessoire et non plus de manière essentielle, jusqu’à peut-être l’oublier complètement. »

Extrait du très bel édito de Nicolas Hulot du 22 janvier 2007 sur le site http://www.fondation-nicolas-hulot.org/actualite/edito.php