36,5 milliards d’euros c’est l'équivalent de 80% de ce que l’impôt sur les sociétés devrait rapporter en 2007 ou des 2/3 de l’impôt sur le revenu. Dit autrement, cela signifie que, toutes choses égales par ailleurs, nous pourrions avoir un budget de l’état équilibré si l’impôt sur le revenu rapportait 2/3 de plus que ce qu’il ne rapporte …difficilement imaginable !

Vous me direz que la dette de l’Etat français rapportée au PIB (76,5 % en 2005) est tout à fait « soutenable » en comparaison avec beaucoup d’autres éminents pays comme le Japon (172 %) ou l’Italie (121%) et que de toute façon, contrairement à un ménage, l’Etat éternel et solvable peut ne jamais rembourser ou du moins rembourser grâce à de nouveaux emprunts !
Ce qui signifie en clair : ne vous en faites pas, de toute façon vous n’allez jamais la rembourser cette dette, vos enfant non plus, elle ne sera jamais réglée, c’est le principe de l’emprunt perpétuel !
J’avoue que même si j’en comprends la logique, ça me gêne un peu de considérer que les 876,5 milliards d’euros (au 31 décembre 2006) que l’Etat français doit à ses créanciers n’ont pas plus de signification que des billets de Monopoly !

En tout état de cause, même si on veut pudiquement faire abstraction de l’encours de la dette, il faut bien en considérer la charge.
Or, en 2005 cette charge était d’environ 40 milliards d’euros ce qui en fait le 2ème poste budgétaire après l’enseignement scolaire (56 milliards).
Même si les taux d’intérêt bas nous permettent de la stabiliser, cette charge représente quand même 3 fois le budget « Solidarité et intégration » (12 milliards), plus de 5 fois le budget « Ville et Logement » et 8 fois celui de la Justice (5 milliards) !

Si on veut résumer la chose de manière simpliste, on pourrait presque dire que nous empruntons pour payer la charge de la dette ! Ce que nous empruntons vient grossir la dette et donc la charge de la dette et ainsi de suite ! c’est effectivement un processus sans fin !
On perçoit bien la contrainte que la charge de la dette fait peser sur le budget de l’Etat et plus celle-ci augmentera plus la marge de manœuvre des prochains gouvernants sera faible.

Il ne s’agit pas de refuser systématiquement l’endettement. Toutes les entreprises sont plus ou moins endettées sans que l’on puisse pour cela les accuser de mauvaise gestion.
Néanmoins, la différence avec l’Etat c’est qu’une entreprise emprunte pour financer un projet d’investissement et non pas des coûts de fonctionnement !

La distinction est essentielle ! dans le premier cas, l’emprunt sert à répartir sur plusieurs années la charge de financement d’un investissement qui sera lui aussi utilisé et qui apportera un certain nombre d’avantages sur plusieurs années ! c’est le principe du particulier qui emprunte pour acheter son logement ! Ces investissements peuvent également contribuer à augmenter la croissance future et en conséquence les futures recettes de l’Etat.

Dans le second cas, l’emprunt se substitue à un revenu ! Il consiste tout simplement à reporter le financement d’une partie de la charge de fonctionnement de l’Etat ! par comparaison avec le premier cas, c’est comme si un particulier empruntait pour pouvoir payer son loyer !

On ne peut pas déterminer le poste budgétaire qui provoque le déficit, néanmoins, si on considère que les dépenses dites d’investissement ne constituent que 4 % des dépenses totales (13,5 milliards sur 334,4 milliards en 2006), on peut en déduire que l’emprunt finance plus de dépenses de fonctionnement que d’investissement.

Certes on pourrait aussi accepter que l’Etat emprunte en période de vaches maigres et se désendette en période de vaches grasses. Mais ça fait 25 ans que l’Etat emprunte tous les ans pour financer un budget en déficit !
Le déficit budgétaire est tellement entré dans les moeurs que l'on en vient à parler de « cagnotte » lorsque, par chance, il s'avère plus faible que celui qui a été budgété !

Le problème de fond n’est donc pas que l’Etat recourt à l’endettement, d’autant plus qu'il bénéficie de taux d’intérêts faibles. Le problème est que, via le déficit budgétaire, l’Etat, sur la durée, dépense plus que ce dont il dispose comme recettes !

En finançant ses frais de fonctionnement par l’emprunt, l’Etat distribue sans le dire de l’argent qu’il ne possède pas, imposant ainsi à nos successeurs une solidarité inter-générationnelle sans contrepartie.
Pourquoi pas ! mais il faut que ce choix soit fait en connaissance de cause ! sinon nous devons nous imposer soit de dépenser moins (ou mieux), soit de prélever des ressources supplémentaires !

Ce n’est généralement pas la voie politique la plus facile.
Pas facile de se contraindre à ne pas dépenser plus qu’on ne reçoit, surtout lorsque les demandes viennent de partout ! difficile pour les Politiques de gérer les priorités et surtout de faire comprendre leurs choix à leurs électeurs !

Quelle est donc la position des principaux candidats à l’élection présidentielle sur ce sujet ?
François Bayrou est le plus actif puisqu’il s’est donné 3 ans pour arriver à un budget équilibré et souhaite faire inscrire dans la constitution qu’un gouvernement ne pourra présenter un budget en déficit primaire c’est à dire que l’Etat ne pourra plus recourir à l’endettement pour financer ses dépenses de fonctionnement.

Nicolas Sarkozy propose par différentes mesures de « rendre » 68 milliards d’euros aux français. Il financerait son programme en « taillant » dans les finances publiques ! …jusqu’à ce qu’il nous précise exactement la manière dont il va s’y prendre pour compenser ces 68 milliards, je ne peux que considérer que ses mesures vont largement contribuer à augmenter le déficit budgétaire !
Quand à Ségolène Royal ……eh bien….on attend ! …comme pour tout le reste ! ….à son actif, elle a quand même déclaré qu'elle se refusait de promettre tout et n'importe quoi, comme un autre candidat qu’elle ne cite pas ! … mais je ne suis pas certain que ça soit par soucis de préserver l’équilibre budgétaire !


Ps: vous aurez remarqué que par charité je n'ai pas évoqué le déficit public, qui correspond au déficit cumulé des administrations publiques (État mais aussi collectivités territoriales et organismes de Sécurité sociale).