Tout d’abord une remarque générale !

Avec 100 propositions on se dit qu’on a sacrément de quoi se mettre sous la dent, qu’elle ne s’est pas foutu de nous Madame Ségolène, que ça valait le coup d’attendre ! …et c’est vrai que lire toutes ces propositions avec un œil critique (au sens positif du terme c’est à dire se demander pour chacune d’entre elle ce que l’on en pense) demande du temps et de la concentration ! …ce qui explique ma réaction partielle et tardive parce que le temps j’en manque et la concentration c’est pas mon fort !

Pour commencer je me suis demandé pourquoi 100 ? …et pas 110 comme Mitterrand ou 11 comme Bayrou ?…la seule réponse qui m’est venue c’est que 100 est un chiffre symbolique et que si il y en avait eu 99 on l'aurait accusée d'avoir été incapable d’arriver jusqu’à 100 et si il y en avait eu 101 on aurait cru à une référence aux dalmatiens du même nombre !…donc 100 ! …pourquoi pas !

Ma première impression en lisant toutes ces propositions et d’avoir affaire à un inventaire à la Prévert dont on a du mal à percevoir la cohérence d’ensemble ! … impression certainement liée à la diversité des thèmes traités mais également au fait que le Pacte présidentiel n'est qu'une succession de propositions présentées de manière extrêmement succincte !

Par exemple sous le thème de « la santé pour tous », les 2 premières propositions sont (texte intégral) : « Mettre en oeuvre un grand plan de prévention et de recherche des maladies graves (cancer, SIDA, Alzheimer, maladies orphelines) ».
« Assurer de façon pérenne le financement de l’hôpital public, de manière à lui permettre de faire face à toutes ses missions en veillant à l’Egalité territoriale d’accès aux soins ».
Il ne me semble pas exagéré de considérer ces propositions comme peu détaillées !

Deuxième première impression, la frustration !
Les 100 propositions sont réparties dans 9 chapitres. Chaque chapitre commence par une petite introduction qui évoque les enjeux censés être répondus par les dites propositions.
Or, autant on adhère assez facilement aux enjeux tels qu’ils sont exprimés, autant sur la plupart des thèmes, le passage des beaux principes aux différentes mesures présentées comme les moyens d’y arriver, est très décevant !

Prenons le 1er chapitre intitulé « La présidente de la confiance retrouvée ».
On peut y lire dans les enjeux : « Un développement durable, une croissance forte, une dette publique maîtrisée… » !…parfait !….super !…alors tout aguiché par ces belles perspectives, on se rue immédiatement sur les propositions qui suivent et qu’y trouve t’on ? ….eh bien pas grand chose ! …on trouve les 6 propositions suivantes :

1 - Augmenter le budget de la recherche
Certes ce n'est probablement pas du luxe et on peut considérer que favoriser la recherche participe à un développement durable (au sens d’un développement économique qui dure) mais il n’y a aucune précision quand au financement ce qui est contradictoire avec la notion de « dette publique maîtrisée » !
De plus, il n’est fait allusion qu’à un financement supplémentaire sans chercher d’autres moyens d’améliorer l’efficacité de la recherche publique ( réorganisation, re-définition des missions...).

2 - « Mettre en place une politique industrielle capable de préparer l’avenir et de réduire les risques de délocalisations avec la création d’une Agence nationale de réindustrialisation »
Tout un programme ! …mais tout est dans le (long) titre ! …il n’y a rien d’autre !
Rien n’est dit sur les moyens et les missions de l’Agence ! ….pourtant compte tenu de l’ambition de la proposition on aurait pu s’attendre à quelques précisions !

3 - Soutenir les PME avec la création de fonds publics régionaux de participation et en leur réservant une part dans les marchés publics.
Les fonds publics régionaux de participation ! …même chose que précédemment, quels moyens, quelles missions ?
Par contre réserver une part des marchés publics aux PME est une proposition concrète qui semble intéressante !

4 - « Donner la priorité à l’investissement des entreprises avec un taux d’impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s’il est distribué aux actionnaires »….
Mesure destinée aux grosses entreprises qui peuvent effectivement choisir de moins distribuer aux actionnaires mais qui ne vont pas obligatoirement réinvestir en France.
Cela dit, plus généralement, moduler l’IS en fonction de critères définis par le Parlement tel que le propose DSK dans son rapport est une idée intéressante pour peu qu’elle ne se transforme pas en usine à gaz.

5 – « Sécuriser le parcours des jeunes créateurs en soutenant la création d'entreprises (simplifications), en généralisant les ateliers de la création dans toutes les régions, en améliorant la protection sociale des entrepreneurs, et en mettant en place un mécanisme de cautionnement mutuel pour ceux qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine privé »
L’idée intéressante du paragraphe me semble être le cautionnement mutuel qui doit permettre de limiter le risque que prend un jeune entrepreneur !

6 – « Réformer l’Etat : un euro dépensé doit être un euro utile. Une décentralisation aboutie. Des services publics de qualité présents sur tout le territoire et accessibles par Internet. La généralisation des logiciels libres dans l’administration.
« Une euro dépensé doit être un euro utile » …bravo !!!!! ….et maintenant ?….on fait comment ?
Quand on sait la difficulté que les gouvernements successifs ont toujours eu pour réformer l’état, on aurait aimé quelques précisions sur la méthode !!!

En conclusion de ce chapitre, les propositions apparaissent soit beaucoup trop générales pour être convaincantes soit faibles par rapport aux enjeux annoncés de développement durable et de croissance forte !
Si on considère plus particulièrement la maîtrise de la dette publique, l’absence d’indications sur les moyens de financement employés ne peut que mettre les mesures proposées en contradiction avec cet enjeu.
Plus généralement, c’est tout le programme de Ségolène Royal qui nécessitera un financement sur lequel rien n’est dit. Il me semble que l’estimation de 35 milliards annoncée par François Hollande est à considérer avec autant de scepticisme que les 30 milliards de Nicolas Sarkozy.
A cela, il faut ajouter des sujets qui ont été passé sous silence et notamment la question majeure des coûts liés au vieillissement de la population (retraites, sécurité sociale…).

Le thème suivant « La Présidente du pouvoir d’achat garanti » est également intéressant mais ça sera pour un prochain épisode !