Le Pacte présidentiel de Ségolène: premières impressions
Par Nicolas le mercredi 14 février 2007, 21:24 - Humeur politique - Lien permanent
Une première réaction au programme de Ségolène Royal !

Tout d’abord une remarque générale !
Avec 100 propositions on se dit qu’on a sacrément de quoi se mettre sous la
dent, qu’elle ne s’est pas foutu de nous Madame Ségolène, que ça valait le coup
d’attendre ! …et c’est vrai que lire toutes ces propositions avec un œil
critique (au sens positif du terme c’est à dire se demander pour chacune
d’entre elle ce que l’on en pense) demande du temps et de la
concentration ! …ce qui explique ma réaction partielle et tardive parce
que le temps j’en manque et la concentration c’est pas mon fort !
Pour commencer je me suis demandé pourquoi 100 ? …et pas 110 comme
Mitterrand ou 11 comme Bayrou ?…la seule réponse qui m’est venue c’est que 100
est un chiffre symbolique et que si il y en avait eu 99 on l'aurait accusée
d'avoir été incapable d’arriver jusqu’à 100 et si il y en avait eu 101 on
aurait cru à une référence aux dalmatiens du même nombre !…donc 100 !
…pourquoi pas !
Ma première impression en lisant toutes ces propositions et d’avoir affaire
à un inventaire à la Prévert dont on a du mal à percevoir la cohérence
d’ensemble ! … impression certainement liée à la diversité des thèmes
traités mais également au fait que le Pacte présidentiel n'est qu'une
succession de propositions présentées de manière extrêmement succincte
!
Par exemple sous le thème de « la santé pour tous », les 2 premières
propositions sont (texte intégral) : « Mettre en oeuvre un grand plan
de prévention et de recherche des maladies graves (cancer, SIDA, Alzheimer,
maladies orphelines) ».
« Assurer de façon pérenne le financement de l’hôpital public, de manière
à lui permettre de faire face à toutes ses missions en veillant à l’Egalité
territoriale d’accès aux soins ».
Il ne me semble pas exagéré de considérer ces propositions comme peu détaillées
!
Deuxième première impression, la frustration !
Les 100 propositions sont réparties dans 9 chapitres. Chaque chapitre commence
par une petite introduction qui évoque les enjeux censés être répondus par les
dites propositions.
Or, autant on adhère assez facilement aux enjeux tels qu’ils sont exprimés,
autant sur la plupart des thèmes, le passage des beaux principes aux
différentes mesures présentées comme les moyens d’y arriver, est très décevant
!
Prenons le 1er chapitre intitulé « La présidente de la confiance
retrouvée ».
On peut y lire dans les enjeux : « Un développement
durable, une croissance forte, une dette publique
maîtrisée… » !…parfait !….super !…alors tout aguiché par ces belles
perspectives, on se rue immédiatement sur les propositions qui suivent et qu’y
trouve t’on ? ….eh bien pas grand chose ! …on trouve les 6
propositions suivantes :
1 - Augmenter le budget de la recherche
Certes ce n'est probablement pas du luxe et on peut considérer que favoriser la
recherche participe à un développement durable (au sens d’un développement
économique qui dure) mais il n’y a aucune précision quand au financement ce qui
est contradictoire avec la notion de « dette publique maîtrisée »
!
De plus, il n’est fait allusion qu’à un financement supplémentaire sans
chercher d’autres moyens d’améliorer l’efficacité de la recherche publique (
réorganisation, re-définition des missions...).
2 - « Mettre en place une politique industrielle capable de préparer
l’avenir et de réduire les risques de délocalisations avec la création d’une
Agence nationale de réindustrialisation »
Tout un programme ! …mais tout est dans le (long) titre ! …il n’y a
rien d’autre !
Rien n’est dit sur les moyens et les missions de l’Agence ! ….pourtant
compte tenu de l’ambition de la proposition on aurait pu s’attendre à quelques
précisions !
3 - Soutenir les PME avec la création de fonds publics régionaux de
participation et en leur réservant une part dans les marchés publics.
Les fonds publics régionaux de participation ! …même chose que
précédemment, quels moyens, quelles missions ?
Par contre réserver une part des marchés publics aux PME est une proposition
concrète qui semble intéressante !
4 - « Donner la priorité à l’investissement des entreprises avec un
taux d’impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus
haut s’il est distribué aux actionnaires »….
Mesure destinée aux grosses entreprises qui peuvent effectivement choisir de
moins distribuer aux actionnaires mais qui ne vont pas obligatoirement
réinvestir en France.
Cela dit, plus généralement, moduler l’IS en fonction de critères définis par
le Parlement tel que le propose DSK dans son rapport est une idée intéressante
pour peu qu’elle ne se transforme pas en usine à gaz.
5 – « Sécuriser le parcours des jeunes créateurs en soutenant la
création d'entreprises (simplifications), en généralisant les ateliers de la
création dans toutes les régions, en améliorant la protection sociale des
entrepreneurs, et en mettant en place un mécanisme de cautionnement mutuel pour
ceux qui garantissent les emprunts de leur entreprise sur leur patrimoine privé
»
L’idée intéressante du paragraphe me semble être le cautionnement mutuel qui
doit permettre de limiter le risque que prend un jeune entrepreneur !
6 – « Réformer l’Etat : un euro dépensé doit être un euro utile.
Une décentralisation aboutie. Des services publics de qualité présents sur tout
le territoire et accessibles par Internet. La généralisation des logiciels
libres dans l’administration.
« Une euro dépensé doit être un euro utile » …bravo !!!!! ….et
maintenant ?….on fait comment ?
Quand on sait la difficulté que les gouvernements successifs ont toujours eu
pour réformer l’état, on aurait aimé quelques précisions sur la méthode
!!!
En conclusion de ce chapitre, les propositions apparaissent soit beaucoup
trop générales pour être convaincantes soit faibles par rapport aux enjeux
annoncés de développement durable et de croissance forte !
Si on considère plus particulièrement la maîtrise de la dette publique,
l’absence d’indications sur les moyens de financement employés ne peut que
mettre les mesures proposées en contradiction avec cet enjeu.
Plus généralement, c’est tout le programme de Ségolène Royal qui nécessitera un
financement sur lequel rien n’est dit. Il me semble que l’estimation de 35
milliards annoncée par François Hollande est à considérer avec autant de
scepticisme que les 30 milliards de Nicolas Sarkozy.
A cela, il faut ajouter des sujets qui ont été passé sous silence et notamment
la question majeure des coûts liés au vieillissement de la population
(retraites, sécurité sociale…).
Le thème suivant « La Présidente du pouvoir d’achat garanti » est
également intéressant mais ça sera pour un prochain épisode !