Je distinguerais 2 types de mesures destinées à atteindre cet objectif.

D’abord, les propositions que je qualifierais de distributives puisqu’elles s’appuient quasi exclusivement, sur des financements supplémentaires comme l’augmentation du SMIC (qui pèsera sur les entreprises mais aussi sur l’état qui devra revaloriser le traitement des fonctionnaires), la revalorisation des petites retraites, la revalorisation de l’allocation handicap, le doublement de l’allocation rentrée scolaire, l’augmentation des allocations logement (qui peut aller loin puisque l’objectif est de plafonner les dépenses de logement à 25% des revenus), la construction de 120 000 logements sociaux par an, l’indemnisation des chômeurs à hauteur de 90% du dernier salaire net perçu etc.

Ce type de mesures pose évidemment la question du financement à laquelle on ne peut pas se contenter de répondre, comme le fait Madame Royal, avec une hypothétique relance de la croissance par la consommation ou par une baisse des subventions aux entreprises.
Pour la plupart, il n’y a pas de solution de financement de suggérée et lorsque il y en a une, elle n’est pas toujours pertinente. Je prendrais comme exemple la construction de 120 000 logements nouveaux par an, censés être financés grâce à une incitation au livret A.
Rien à redire en apparence, mais si on creuse un peu on s’aperçoit que la Caisse des dépôts a déjà un excès de ressources par rapport aux possibilités de construction de logements sociaux et qu’en conséquence, un afflux de capitaux supplémentaire sur le Livret A n'apporterait pas grand chose !

Le second type de propositions me paraît plus intéressant parce que plus novateur et plus réaliste !
Dans cette catégorie, je mettrais les mesures qui consistent non plus simplement à donner de l’argent mais à faire un travail un peu plus en profondeur pour aider ceux qui sont en difficulté à s’en sortir par le haut !
Comme proposition intéressante j’y vois la notion de « contrat de droits et devoirs » qui serait proposé aux chômeurs qui recevrait pendant 1 an, 90 % du dernier salaire net perçu en échange d’une formation « qualifiante » et d’une aide personnalisée à l’emploi (ce qui suppose une véritable volonté de recherche d’emploi).
Cette proposition reste largement à préciser et elle est coûteuse. Néanmoins, si elle se matérialise bien comme étant un véritable contrat de droits face à des devoirs et surtout, qu’elle s’avère efficace en matière de formation, elle permettrait de mieux ajuster l’offre et la demande de travail dans l’intérêt de la collectivité, des salariés et des entreprises.

D’autres propositions, dans cette catégorie, me semblent également pertinentes.
Quelques exemples :

La mise en oeuvre d’un service public de la caution qui permettrait de rassurer les propriétaires et de faciliter ainsi l’accès au logement locatifs. Il est intéressant de remarquer que cette mesure s’accompagnerait d’une simplification des procédures d’expulsion des locataires dits « de mauvaise foi » afin d’éviter les abus.

Dans la même logique, la constitution d’un service public bancaire de base qui pourrait octroyer des prêts sociaux et des micro-crédits. Ce service doit permettre de répondre à des besoins de financement qui ne pourrait pas être couverts ou de manière trop coûteuse, par le système bancaire privé.

Ces 2 propositions consistent à faire en sorte que l’Etat et donc la collectivité se substitue au secteur privé lorsque celui-ci ne peux ou ne veux pas assumer un risque financier considéré comme trop important.
En échange, afin de prévenir le surendettement, la publicité pour les prêts à la consommation serait réglementée et les établissements financiers qui octroieraient un crédit à des personnes non solvables seront sanctionnés et devront participer au règlement des situations de surendettement à parité avec les organismes publics.

En conclusion, je dirais que de nombreuses propositions font du Pacte présidentiel de Ségolène Royal un programme généreux et solidaire le rendant en cela tout à fait honorable !
Etre généreux et solidaire, pour un programme de postulant à la présidence de la République et à un moment ou la précarité touche de plus en plus de personnes, est une qualité importante.
Cependant, exprimer sa générosité et sa solidarité n’a de sens que si on en a les moyens !
Dit autrement, le social ne peut pas être considéré indépendamment de l’économique sous peine de n’être au mieux qu’un beau discours et au pire d’obtenir l’inverse de l’effet désiré en dégradant la situation générale de la collectivité.

Certes, le Pacte Présidentiel commence par un chapitre intitulé « La présidente de la confiance retrouvée » qui dans ses enjeux évoque les notions de croissance, de développement et de désendettement mais qui, comme je l’ai déjà exprimé précédemment (billet du 14 février), n’apporte pas de solutions convaincantes.
L’impression laissée est que ce premier chapitre n’est là que pour pouvoir dire « vous voyez, je me préoccupe également de l’économie » !
Mais une fois ce (petit) chapitre passé et qu’on s’est débarrassé des sujets gênants, on passe aux choses sérieuses, le Social !
Or toute la difficulté de faire du Social, partout et toujours, réside dans le fait que l’on a jamais les moyens pour faire tout ce que l’on veut faire et qu’en conséquence, il est nécessaire de faire des arbitrages, d’établir des priorités !
Dans ce Pacte Présidentiel, je ne vois pas de priorité !

Mais après tout, comment s’en étonner si on considère que ces propositions sont le résultat d’une concertation populaire au cours de laquelle chacun a fait part de ses préoccupations personnelles.

C’est un programme qui a l’ambition de la générosité, ce qui est important !
Pourtant, le Pacte Présidentiel ne nous donne pas les éléments nécessaires pour nous permettre de juger de chaque proposition au delà de la bonne intention !
En conséquence, malgré des objectifs louables et un certain nombre de propositions intéressantes et réalistes, il me paraît difficile d’y adhérer sous peine de forte désillusion !

Dans un billet du 11 janvier j’écrivais : « Il serait intéressant de profiter de cette période de campagne électorale pour exiger des candidats que toute promesse soit motivée et argumentée, qu’elle s’accompagne au minimum d’un certain nombre d’éléments qui permettent d’en juger le bien fondé et l'efficacité non pas seulement à l'aulne des résultats attendus mais aussi des coûts, des moyens qui devront être mis en œuvre et des éventuelles conséquences sur d’autres domaines. » …apparemment Ségolène Royal ne m’a pas lu ! ….j'en suis surpris voire même déçu :o) !!!