L'interêt du troisième homme !
Par Nicolas le mardi 27 février 2007, 10:07 - Humeur politique - Lien permanent

Je viens de lire le long discours de François Bayrou sur ce qu’il appelle la
« Social-économie » …je n’en ferai pas un résumé…trop long …mais
bigrement intéressant ! (pour lire et/ou télécharger)
D’une manière général, j’apprécie le fait que les sujets sont abordés par le
bon bout et qu’ils sont expliqués, justifiés et commentés ce qui n’est pas le
cas de tous les programmes !
Un extrait de son introduction permet de comprendre en quoi la démarche se
démarque de celles de certains de ses concurrents (es) :
« Je crois… qu'il faut changer de vision et considérer le projet
économique et le projet social dans leur unité… la mondialisation est une
compétition. Dans cette compétition, la solidité et la
solidarité d'une société sont un atout maître. … il n'y a de lien
social possible qu'avec une économie créative tournée vers l'innovation qui
produit de la richesse et qui offre du travail. Si bien que social et économie
doivent désormais se dire et se penser en un seul mot.
… C'est, selon moi, la vision contemporaine de notre modèle républicain
français qui accepte la modernité, connaît les défis de la mondialisation,
choisit de les relever dans le cadre national et dans le cadre européen,
donne la priorité à la formation de tout un peuple comme arme
principale de la compétition. »
Enfin quelqu’un qui dit clairement que la lutte contre l’exclusion, contre
le chômage et contre la pauvreté passe par une société tout entière associée à
la production de richesses.
Quelqu’un qui ose rappeler, dans le cadre d’une campagne électoral, plusieurs
vérités essentielles sur les dangers et les effets pervers d’un endettement
exorbitant et en accroissement continu (sujet sur lequel je me suis déjà
exprimé) ou sur l’épée de Damoclès que le (non) financement des retraites fait
peser sur la tête de nos enfants.
En conséquence dans ce programme, pas de discours facile, pas de liste de
fausses promesses, pas de baisse impressionnante des prélèvements obligatoires,
pas de distribution à tout va d’argent que nous ne possédons pas !
Par contre des propositions concrètes pour aider la Société à créer de
l’emploi, par une réorientation de l'action publique vers le soutien de la
recherche et vers le soutien aux petites et moyennes entreprise tout en
apportant des garanties de sécurité aux salariés dans le cadre d’un contrat de
travail qui permettrait « d’alterner une activité dans le cadre d'un
réseau d'entreprises, des périodes de formation, des périodes de partage de
l'emploi entre plusieurs entreprises. »
On trouve abordés également dans ce texte des sujets qui me tiennent à cœur
comme l’Europe, l'endettement (cf.mon billet du
29 janvier) et l’environnement (cf. mon billet du 23 janvier).
Sur l’Europe, François Bayrou est fidèle à son engagement européen :
« Nous avons besoin de l'Europe pour répondre au défi de la
mondialisation. Les réponses nationales sont insuffisantes. Nous n'avons pas
l'Europe à laquelle nous avons droit… »
Avec également une défense argumentée et courageuse ( parce que peu populaire)
de l’action de la BCE.
Sur l’environnement, il propose une taxe sur l’énergie fossile qui serait
mise en place très (trop) progressivement. Sur ce sujet, sa position peut
paraître un peu frileuse et en tout cas elle demande à être précisée, notamment
sur l’importance et donc l’effet de cette fiscalité écologique.
Ce document est assez riche parce qu'il n'est pas qu'un catalogue et qu'il
essaye d'expliquer une démarche, en conséquence je ne le reprendrais pas en
détail.
Ce texte ne constitue pas à lui seul son programme (qui sera publié début
Mars), mais il en est certainement une pièce maîtresse. A ce titre, il doit
d’être considéré comme un élément important du débat présidentiel et nous donne
de la matière à comparer avec le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal ou les
propositions de Nicolas Sarkozy (plus éparpillées).
En conclusion, je dirais que ce texte est plutôt une bonne nouvelle parce
qu’il dévoile, enfin, au delà de ce qui pouvait apparaître comme une simple
posture politique sans gros intérêt, ce que peut être réellement l’apport d’une
candidature Bayrou à la Présidentielle.
Cependant, au-delà des propositions et des idées, il faut se poser la
question de la capacité de François Bayrou à mettre en œuvre son programme au
cas ou il serait élu. Avec qui ? avec quelle assemblée ? avec quel
gouvernement ?…cette incertitude est clairement un handicap !
Espérons qu’il ne sera pas trop lourd et que le choix du candidat pourra se
faire sur la base d’une comparaison des idées, des programmes et des personnes
avant tout !

Commentaires
J'aaaime les vaches,je suis né dans une fermette de Normandie et nourri du lait !bon ,j'ai vu un brave "paysan"
à la TV ,salon agicole oblige qui expliquait que si sa belle
avait encore des cornes,c'était pas le cas de toutes qu'en est il? est ce que il y a un rapport avec les meuhtations ,et le climat ?
Effectivement, c'est une synthèse plutôt réussie qui, idéologiquement, est assez puissante pour renvoyer le bon vieux clivage droite / gauche au rang du sectarisme. Mais j'ai deux objections de taille (qui ne t'étonnerons pas !).
Quand il affirme "la France connaît les défis de la mondialisation, choisit de les relever dans le cadre national et dans le cadre européen", il donne implicitement son aval à la mondialisation (sans en faire cependant un choix). Il est donc dans une posture d'adaptation, et donc de dépendance par rapport à un mouvement qui pour partie - les multinationales et la finance - se moque des cadres nationaux, qui privilégie la mobilité internationale pour optimiser les marges, mettant en compétition les systèmes de protection sociale, installant en quelque sorte la concurrence dans ce domaine, privilégiant la rentabilité à court terme étant donnée les liquidités existantes dans la sphère financières, provenant pour leur plus grande partie des pétro-dollars et des fonds de pension.
Son diagnostic, c'est que ces forces dégradantes peuvent être contrées par une politique monétaire : "la concurrence brutale et sévère ... repose naturellement sur des contraintes écologiques qui n'existent pas, mais elle repose principalement sur la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Toutes les puissances occidentales et démocratiques devraient avoir intérêt à poser cette question"
Ce qu'il ne dit pas, ce sont deux choses :
1. le yuan n'est coté qu'en dollars. Pour pouvoir modifier le taux euro / yuan, on peut donc agir sur le rapport euro / dollar et sur le rapport yuan / dollar. Le premier, la BCE ne souhaite pas y toucher et lui non plus. Ne reste donc que le deuxième. Le poids de la sphère monétaire dollar est donc nécessaire pour effectuer l'opération.
2. L'économie chinoise semble trop dépendante désormais du dollar pour pouvoir se permettre, sans gros dégâts, une réévaluation de sa monnaie. En clair, si le yuan était réévalué face au dollar tout ceux qui ont épargné en dollar en Chine, et qui ont par ce biais permis le financement du déficit commercial américain, voient fondre leur épargne. C'est ce qu'explique ce court article dans Les Echos (http://www.lesechos.fr/info/marches...)
En conséquence de quoi ni la Chine ni les Etats-Unis n'ont intérêt à modifier ce taux de change. Il pénalise l'Europe, mais ils s'en moquent !
Deuxième argument, le problème du salaire minimum. En Chine, le salaire minimum mensuel recommandé, et qui est loin d'être appliqué, est de 625 yuans à Shenzhen. Ce qui fait, tiens toi bien, environ 60 euros par mois, soit un facteur 20 avec la France.
Alors même si on agit sur la réévaluation des monnaies, même si on fait, soyons fou, 100% de réévaluation du yuan, même si les Etats-Unis sont d'accord et la Chine aussi, le différentiel de salaire minimum reste d'un facteur 10. L'efficacité, à mon avis, est très faible.
La seule solution efficace à court terme, ce sont les barrières douanières aux frontières européennes. Pourquoi n'en parle-t-il pas ? Parce que c'est anti-libéral ?
En, résumé, l'Europe ferait mieux de s'occuper du dollar et des barrières douanières que de la lointaine Chine.
Ma seconde objection, c'est sur le contenu social qu'il propose. Loin de moi la posture qui se résume à en faire un homme de droite (dure), il prône bel et bien, dans le droit fil social-libéral, l'existence de l'effort d'une cohésion sociale au travers de la solidarité. Mais par le biais de la réintégration sociale en priorité. Certes, trouver un emploi à chacun, augmenter le pouvoir d'achat est une action de fond qui est nécessaire. Mais dans l'attente, avec une population exclue ou en risque de l'être qui compte plus de 10 millions d'individus (SDF, chômeurs et salariés à temps partiel), une énergique intervention d'urgence, par un redéploiement de l'effort d'assurance sociale vers ces catégories constitue à mes yeux LA priorité.
Pour ne pas terminer sur une note négative, je trouve qu'il a un mérite par rapport aux deux autres (SR et NS) : il pose lucidement le problème de la mondialisation, et surtout IL PROPOSE des solutions CONCRETES qu'on peut discuter. On est loin du vent des deux autres.
Jouer franc jeu, écouter, donner une parole à chacun : c'est ça son avantage.
Merci pour ton commentaire.
« il donne implicitement son aval à la mondialisation (sans en faire cependant un choix). Il est donc dans une posture d'adaptation, et donc de dépendance par rapport à un mouvement qui … » :
Je n’adhère pas à cette critique qui sous-entend que si il ne remet pas en cause radicalement la mondialisation c'est qu'il l'accepte telle qu'elle est et qu'il est décidé à la subir.
Je suis tout à fait d’accord avec toi sur les effets pervers de la mondialisation ou plus précisément d’une mondialisation qui est régie uniquement par un libéralisme non encadré.
Ce constat, François Bayrou le fait aussi « La question du modèle économique de la planète est probablement l’une des plus brûlantes que nous aurons à traiter dans les décennies qui viennent. Les pays à haut niveau de protection sociale sont menacés par le vaste mouvement de délocalisations et de concurrence sans règle sociale ou écologique…. »
Par contre je ne pense pas que la meilleure attitude, c’est à dire la plus efficace et la plus réaliste soit de considérer que la seule solution soit une rupture radicale avec le système.
Tout d’abord parce que, jusqu’à présent, aucune alternative au libéralisme n’a fait ses preuves et ensuite parce que cela suppose une adhésion du monde entier à une solution de substitution.
Alors que nous, pays développés, avons profité de ce système pendant des siècles, maintenant qu’il nous revient dans la figure, nous allons dire aux pays « émergents » : ce système ne nous convient plus, on change les règles du jeu !
Je ne dis évidemment pas qu’il faut rester inerte face à cette situation. Mais plutôt que de s’enfermer dans une contestation radicale et donc stérile, je pense qu’il faut imaginer des solutions pour encadrer la mondialisation et imposer des règles au libéralisme qui le rendent compatible avec d’autres valeurs que le profit immédiat : sociales, écologiques, culturelles…humaines !
La seule solution efficace à court terme, ce sont les barrières douanières aux frontières européennes. Pourquoi n'en parle-t-il pas ? Parce que c'est anti-libéral ?
Je suis d’accord avec toi sur le fait que la sous-évaluation du yuan est très loin de tout expliquer et, qu’en conséquence, sa revalorisation ne pourrait compenser l’écart énorme entre les conditions de production qui prévalent en Chine et en Europe.
Malgré tout, François Bayrou dit bien que les Etats-Unis n’ont pas intérêt à une dévaluation du yuan :
«… la puissance chinoise détient plus de mille milliards de dollars de titres sur le Trésor américain et que, donc, la menace d'ouvrir le robinet et de commencer à lâcher des titres libellés en dollars sur les marchés internationaux fait peser sur les décideurs américains un risque dont chacun peut mesurer la portée sur l'effondrement de leur monnaie. »
Alors pourquoi ne parle t’il pas de barrières douanières aux frontières européennes ? je ne sais pas. Pour autant je ne pense pas que ce soit par idéologie, par respect d’une doctrine libérale pure et dure !
Plusieurs de ses propos démontrent qu’il n’est pas un doctrinaire et je ne lui ferais donc pas ce procès d’intention.
Néanmoins je te rejoins dans la critique sous-jacente qui est que, à ce jour, François Bayrou, « …pose lucidement le problème de la mondialisation » mais ne fait pas de proposition réellement convaincante pour y faire face !…pas plus que les autres candidat à la présidentielle d’ailleurs …mais ce n’est pas une excuse !
« …une énergique intervention d'urgence, par un redéploiement de l'effort d'assurance sociale vers ces catégories constitue à mes yeux LA priorité. » :
Oui sur le principe qui consiste à répondre au plus vite aux situations d’urgences mais toute la difficulté tient dans le mot que tu utilises « redéploiement » !
François Bayrou aurait probablement pu faire comme Ségolène Royal c’est à dire balancer une série de propositions généreuses sans préciser comment elles seront financées (voir mon avis sur ce sujet). Au contraire, il affirme d’entrée sa volonté de lutter contre la dette, lutte qu’il qualifie de « combat social ». Alors dans ces conditions, les mesures d’urgences que tu appelles de tes vœux doivent être effectivement financées par un « redéploiement » de financements. Redéploiement signifiant qu’il y a affectation de financements destinés à certains vers d’autres considérés comme prioritaires.
Or, si on part sur ton estimation de 10 millions de bénéficiaires, je ne vois pas au détriment de qui pourrait se faire cette ré-affectation de ressources.
Par contre Bayrou propose une réorganisation des aides avec « l'unification des minima sociaux en une allocation unique » et surtout « le principe d'activité universelle » qui consisterait à « …proposer une activité au service de la société qui lui (la personne en inactivité) permettra d'arrondir ses fins de mois parce que la situation des trois cent quatre-vingt trois euros que représente un RMI n'est pas une situation enviable …qui lui permettra aussi de retrouver une image de lui-même ou d'elle-même…. ».
Certes, cette idée « d’activité universelle » demande à être largement précisée, mais elle me semble être à la fois une action de fond et une action dont la mise en œuvre peut être relativement rapide.
En résumé, je reprendrais ce que j’ai déjà essayé exprimé, c’est que j’apprécie la démarche de François Bayrou, la cohérence de ses propositions ainsi que les objectifs qu’il se fixe. De ce point de vue, sa candidature a un intérêt fort ce qui n’était pas évident il y encore peu de temps.
Ca ne veut pas dire que ses propositions sont toutes pertinentes, ni qu’elles sont suffisantes et je te rejoins tout à fait lorsque que tu relève que sur certains sujets importants il ne fait pas (pas encore ?) de propositions satisfaisantes.
A suivre donc et à mettre en comparaison avec les autres candidats !