Imaginons, cas d’école qui ne préjuge en rien du résultat des élections, que François Bayrou soit élu !
L’hypothèse la plus probable à ce jour, si il est au second tour, est que cela ce soit fait au détriment de Ségolène Royal.
Partons donc sur cette hypothèse !

Imaginons donc que le soir du 6 mai ce soit le visage débonnaire de François Bayrou qui apparaisse sur les écrans de télévision.

C’est à ce moment que tout commence !

Pour gouverner, François Bayrou devra s’appuyer sur une majorité de députés.

Au delà du cas Bayrou, à ce jour très théorique, se pose, plus généralement, la question de l’élection présidentielle.
L’élection présidentielle nous permet d’élire une femme ou un homme sur la base d’un projet. On s’attend donc à ce que cet homme ou cette femme, une fois élu (e), mette en œuvre ce projet. Or, cela lui sera possible, uniquement, si la majorité des députés élus dans le cadre de l’élection législative le permet.
Les élections législatives qui suivent sont donc une manière de valider l’élection présidentielle, elles en constituent donc bien le troisième tour !

De ce point de vue, le quinquennat qui suppose que dans l’élan de l’élection présidentielle les électeurs voteront de manière évidente pour le parti qui soutient le Président, est tout à fait cohérent avec nos institutions.

Ce fonctionnement s’imagine très bien si c’est Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy qui est élu(e) respectivement au nom du Parti Socialiste ou de l’UMP.
Mais quid si c’est François Bayrou au nom de l’UDF ?

L’UDF c’est, à ce jour, 29 députés !…ça fait pas énorme ! il en manque quand même 260 pour arriver à la majorité !

Alors dans ces conditions, que peut faire François Bayrou ?

1ère option – Rassembler derrière son panache blanc des députés de différents horizons qui adhéreraient à son projet. Cela signifie, convaincre un nombre significatif de députés du Parti Socialiste et de l’UMP de se rallier à lui sans pour autant qu’ils renoncent à leur appartenance politique.

C’est son thème favori, dépasser les traditionnels clivages droite/gauche !

Alors là, je n'y crois pas trop !

Coté Socialistes, il pourrait y avoir débat.
Certains pourraient être tentés de le suivre avec 2 arguments :

  • Après la claque ramassée aux présidentielles, le Parti Socialiste n’a rien à espérer des législatives alors plutôt que de repartir sur une longue période d’opposition stérile pourquoi ne pas tenter d’influer sur la politique de la France via François Bayrou. D’autant plus que François Bayrou aura besoin de nous, ce qui nous met en position de force pour négocier et faire passer nos propositions. C’est une manière de gouverner sans être élu.
  • Un certain nombre d’électeurs traditionnels du parti Socialiste ont voté Bayrou, montrons leur que nous avons compris le message.

Malgré tout, je pense que la grosse majorité des Socialistes refusera et qu’après avoir mis Ségolène Royal et François Hollande au rancart, ils mettront la barre à gauche toute !

Coté UMP, et comme d’habitude, il n’y aura pas débat : « Puisque François Bayrou a voulu faire le malin et bien maintenant qu’il se démerde ! ».

En conclusion, les appareils verrouilleront au maximum leurs partis. Gare à celui qui aurait des velléités de passer à l’ennemi !

2ème option – Présenter des députés sous l’étiquette Bayrou, UDF ou non, dans toutes les circonscriptions.
Il faut les trouver les 577 candidats et malheureusement pour François Bayrou ça ne se trouve pas sous les sabots d'un cheval un candidat !
Ce n’est pas avec les effectifs de l’UDF qu’il va y arriver. Les transfuges de l’UMP et du Parti Socialiste devraient être rares. Alors même si c’est l’occasion de mettre en avant de nouvelles têtes, je vois mal comment François Bayrou pourrait présenter un candidat dans toutes les circonscriptions !
De plus, face à ces candidats, il y aura presque systématiquement un UMP et un Socialiste dont l’un sera le député sortant. Dans cette situation que feront les électeurs ?
Il est très loin d’être certain que le député étiqueté Bayrou soit dans les 2 premiers du premier tour des élections.
Pour plusieurs raisons, le schéma qui aura prévalu au niveau national pour la présidentielle ne se répètera pas circonscription par circonscription et notamment à cause de l'influence des personnalités locales bien implantées (ce qui, à mon sens, pose le problème du mélange des genres entre une élection Nationale et des préoccupations locales).

Alors, sauf à ce qu’il y ait un exceptionnel élan national pour le projet de François Bayrou et une véritable volonté des électeurs de dépasser ce clivage droite/gauche, il est peu probable que celui-ci obtienne une majorité pour appliquer son projet.

L'instauration d'un scrutin proportionnel, comme il le souhaite, ne changera pas grand chose puisque même avec en face de lui une assemblée plus morcelée qui se prête probablement mieux à des alliances de circonstances, il sera obligé de faire des concessions qui ne lui permettront pas de respecter ses engagements.
De toute façon, même dans ces conditions le Parti Socialiste + l’UMP garderont largement la majorité.

C’est pourquoi, à la place de François Bayrou, si les sondages lui restent aussi favorables, j’annoncerai clairement la couleur avant le premier tour !
Peu de temps avant le premier tour je dirais quelque chose qui devrait ressembler à ça : « Cette élection ne se déroule pas en 2 rounds mais en 3. Voter pour moi à la présidentielle ne peut avoir de sens que si vous me donnez les moyens d’appliquer mon projet. En avoir les moyens suppose une assemblée législative qui me soutienne. En conséquence, il vous faudra, dans votre circonscription, voter pour le candidat qui se présente en mon nom. Cela fait partie du contrat passé entre vous et moi. » …sous entendu, « c’est tout ou rien, c’est pas la peine de voter pour moi si vous me lâchez derrière sans moyens ».

Pas évident comme discours mais il aurait le mérite de l’honnêteté et de la cohérence !