Gauche ou Droite choisis ton camp !
Par Nicolas le lundi 19 mars 2007, 22:36 - Humeur politique - Lien permanent

L’autre argument anti-Bayrou (suite du billet précédent) consiste à dire : « il
faut choisir son camp, on est ou à droite ou à gauche, au milieu ça ne veut
rien dire, il n’y a rien au milieu ! »
Cet argument qui consiste à prétendre que hors de la gauche et de la droite il
n'y a pas de salut, me paraît relever d’une idéologie largement
dépassée.
Les faits montrent que la barrière droite/gauche est tout à fait
artificielle. Ce mur de Berlin politique n’est posé là que pour permettre aux
partis politiques d’enfermer leur électorat dans une boite en leur faisant
croire à des différences de fonds là où il n’y a que des différences de
discours !
Cette dichotomie simpliste contribue à appauvrir le débat politique puisque,
par définition, les idées, les propositions, les décisions des partis adverses
ne peuvent être acceptables ni même discutables puisque « de droite »
ou « de gauche ».
Une fois qu’un Socialiste a dit : « il est de droite » ou
« c’est un discours de droite », il a tout dit !…en fait, il n’a rien dit
mais tout est dans le sous-entendu : de droite voulant dire libéral,
réactionnaire, bourgeois, anti-immigrés, anti-social et j’en passe et des
meilleures !
A l’inverse pour l’UMP, tout ce qui vient des Socialistes ne peut relever que
d’une idéologie sectaire, collectiviste, anti-entreprises, laxiste et
irresponsable !
Il n’est pas question de nier qu’historiquement il y ait une idéologie de
gauche et une idéologie de droite mais au fil du temps, et tout à fait
normalement, elles se sont de plus en plus rapprochées !
Il existe bien une gauche et une droite mais il n’y a pas de fossé entre les 2,
comme on voudrait nous le faire croire !
Il y a une ligne discontinue entre les 2 extrêmes avec un milieu dont il n’est
pas facile de déterminer, comme pour toute ligne discontinue, ou il commence et
ou il s’arrête !
En réalité, de chaque « coté » on trouve des personnalités
étiquetées de gauche ou de droite qui se ressemblent étonnamment !
Fondamentalement, si on fait abstraction des propos électoralistes dont le seul
objectif est de se démarquer de ses adversaires en faisant croire qu’il existe
une vraie différence idéologique, qu’est ce qui différencie un DSK, un Delors,
un Rocard ou même une Ségolène Royal d’un Bayrou ou d’un Borloo ?
Chirac ne s’est il pas fait élire sur le thème de la fracture sociale
?…thème de gauche s’il en est !
Ségolène Royal ne reprend elle pas a son compte des sujets habituellement
traités par la droite : l’encadrement militaire des jeunes délinquants,
les obligations auxquelles seront soumis ceux qui perçoivent des
aides,…combien, à droite, se sont fait vilipender par la gauche pour avoir
exprimé les même idées !
D’ailleurs l’élan dont bénéficie François Bayrou de la part d’électeurs de
provenances diverses montre bien que cette pseudo-frontière n’est pas
réellement un obstacle !
La popularité dont jouissait Ségolène Royal il y a quelques mois allait
également bien au-delà des sensibilités de gauche parce qu’elle avait su sortir
du discours classique des Socialistes !
Les faits l'ont également démontré !
Ce sont les Socialistes, avec Pierre Bérégovoy en tant que Ministre des
Finances, qui ont lancé, en 1984, le chantier de la libéralisation financière
en France avec notamment comme résultats, la fin du contrôle des changes, le
renouveau de la bourse, la fin de l'encadrement du crédit…
En matière de privatisations, les Socialistes n’ont rien à envier à la
droite avec une première vague de privatisations « partielles » entre
1990 et 1992 (Renault, Total, Elf, Rhone-Poulenc..) puis à partir de 1997 sous
le gouvernement Jospin avec notamment la privatisation partielle de France
Télécom (1997), du CIC (1998), la privatisation d'Aérospatiale, de la CNP
"assurances", d'Air France (1999) et du Crédit Lyonnais (1999) !
D’une manière générale, tous les gouvernements ont été soumis aux même
contraintes et ont eu une marge de manœuvre extrêmement faible qui les a rendu
dépendants de la croissance et donc de la conjoncture internationale.
Face à ces contraintes, on a pu constater que les uns et les autres, faute
d’avoir eu le courage de réformes impopulaires ont, dans les grandes lignes,
appliqués les mêmes méthodes bonnes ou mauvaises.
C'est peut-être sur les sujets de société que des divergences de points de
vue sont les plus sensibles sans que l’on sache vraiment si elles sont le
résultat de réelles convictions ou une volonté de répondre aux attentes de son
électorat.
En conclusion, dire qu’il n’y a pas de centre est faux ! non seulement
il y a un centre mais il est énorme ce centre, c’est la moitié du PS, la moitié
de l’UMP une part de l’UDF, beaucoup de Radicaux de gauche ou de droite,
quelques Verts !
Cette représentation d’un échiquier politique parfaitement cloisonné entre
la Gauche et la Droite est complètement artificielle, elle sert les Partis
politiques en leur permettant de marquer leur camp et de désigner l’ennemi à
abattre !
Je ne sais pas si fondamentalement Bayrou est de Droite ou de Gauche, si il
est blanc, bleu, rose, vert ou rouge, mais je m’en tape, ça ne m’intéresse
pas ! …j’ai le sentiment d’ailleurs que ça intéresse de moins en moins de
monde !
Ce que j’aimerais entendre des contradicteurs de François Bayrou et d’une
manière générale des contradicteurs de tout candidat(e) c’est une argumentation
un peu plus fournie que la couleur d’une étiquette, une argumentation qui
permette de juger l’homme ou la femme, son programme et ses idées… mais
évidemment c’est moins facile !