Je ne disserterai pas sur le cas très précis des banlieues et des agressions violentes de certains de ses membres envers les représentants de l’autorité que l’on ne doit ni justifier ni excuser (cf. mon précédent billet).

Mais plus généralement, cette dégradation me semble avoir 2 causes essentielles :

La première est que la Police qui devrait être irréprochable, ne l’est pas !

Outre les quelques évènements fortement médiatisés qui ont défrayés la chronique (cf. un précédent billet), on assiste à une multiplication des plaintes contre les policiers pour des comportements brutaux et irrespectueux.
Selon son rapport annuel, le nombre de plaintes déposées auprès de la « Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS) », a grimpé de 30 % en 2006 par rapport à 2005. Rappelons que la CNDS est une instance administrative indépendante chargée de veiller au respect de la déontologie par les personnes chargées d'une mission de sécurité.
62 % de ces plaintes concernent la Police Nationale.

Dans les 2 cas les plus récents (devant le collège Rampal et Gare du Nord) il semble que le point de départ ait été la « rudesse » dont ont fait preuve les policiers pour procéder aux arrestations même si elles étaient probablement légitimes au regard de la loi.

Le travail de la Police n’est pas facile, par nature leur métier la soumet à de fortes pressions renforcées par les exigences de « résultats » imposées par Nicolas Sarkozy.
De plus, elle est confrontée à un nombre croissant d’actes d’incivilités de la part de beaucoup de citoyens dont notamment le manque de respect vis à vis des représentants de la collectivité.

Face à ce contexte difficile, force est de constater que la police ne réagit pas toujours comme devrait le faire un représentant de l'autorité publique. Elle semble ne réagir qu’en affirmant un peu plus son autorité et sa force quitte à franchir la frontière de l’abus de pouvoir.
Sur ce point, je citerai une formule puisée dans un très bon article trouvé sur TELOS (ici) et qui me semble tout à fait pertinente : « Une police dont l'autorité est fondée (uniquement) sur la force est une police faible… » et je prolongerai en disant qu’une Police faible n’est ni efficace ni respectée !

La seconde cause est essentiellement révélée par l’histoire qui s’est déroulée devant l’école Rampal. Elle ne concerne pas principalement l’attitude des policiers mais elle remet en cause la légitimité de leurs actions.

En effet, plusieurs personnes qui n’étaient pourtant pas de la « racaille de banlieue » ont spontanément réagit face à l’arrestation probablement un peu « musclée » d’un « grand-père » de nationalité chinoise, sans papiers et donc en situation irrégulière. Face à ces réactions, il semble que les policiers aient employés des moyens disproportionnés dont des gaz lacrymogène alors que les enfants sortaient avec leurs parents de l’école primaire.

Il est intéressant de constater que dans ce cas, se sont mêlés 2 éléments déclencheurs de la crise qui s’en est suivi.
Le premier, concerne la forme, c’est à dire la manière dont les policiers ont procédé pour mener l’action qu’ils avaient à mener. Probablement que, fait différemment et/ou à un autre moment, il n’y aurait pas eu un tel mouvement de solidarité spontanée vis à vis de l’interpellé.

Le second élément pose une question de fond !

Des personnes dont ce n’est probablement pas l’habitude ont verbalement interpellé la police et physiquement contrecarré son action pour en contester le bien fondé !
Or, en interpellant un étranger en situation irrégulière, les policiers font leur travail qui est de faire appliquer la loi. Il semble, de plus, que dans ce cas, et contrairement à ce qu’ont pu prétendre certains, la cible des policiers ne fut pas précisément cette personne mais la clientèle du bar dans lequel elle se trouvait au moment de l’interpellation.

Des personnes ont ainsi entravé le bon déroulement d’une action policière sous prétexte qu’ils ne la considèrent pas légitime au regard de leurs propres opinions !

Si nous contestons le bien fondé d’une loi, demandons à ce qu’elle soit revue ! (Je remarque d’ailleurs que sur ce point aucun des principaux candidats ne parle de régulariser tout étranger qui en ferait la demande).

Sinon, c’est ce qu’on appelle le respect de la loi à géométrie variable !

Les bonnes consciences de tous poils justifieront ce type d’actions par des considérations morales et ferons référence aux grands mouvements de résistance qui ont su défier l’autorité et les lois iniques qui leurs étaient imposées.
Certes, mais que je sache nous sommes en démocratie, les lois sont votées par des députés que nous avons élus. Il n’y a pas eu de coup d’état ou d’invasion étrangère et nos dirigeants ne sont pas des dictateurs d’extrême droite ou d’extrême gauche.

Et dans ce cas, comment contester la réaction de celui qui ne comprend pas pourquoi il a été condamné alors qu’il n’avait fait « que » tabasser sa femme, participer à une « tournante » ou brûlé quelques voitures ! …au vue de sa propre morale, ces actes ne méritaient pas un tel châtiment !

Ainsi, même si il n’est pas question de faire un amalgame avec les actes de délinquance, ces actions participent également au dénigrement de l’autorité de la Police.
La collectivité n'a rien à gagner à ce que sa Police ne soit pas respectée, cela ne peut que faire le jeu de ceux qui ne la respectent pas elle même.

Petit aparté : même si mon billet ne porte pas précisément sur l’immigration clandestine et les sans-papiers qui vivent en France et sans m’exprimer sur le fond, il me semble que lorsqu’un sujet provoque de telles réactions de rebellions contre l’autorité, on ne peut pas faire l’économie d’un grand débat national à l’issu duquel une décision collective doit être prise ….et respectée par tous !