Selon les sondages, les Français sont nettement plus nombreux qu'en 2002 à ne pas être certains de leur vote.
Au vu des ces même sondages, il semble qu’il y ait une frange des votants assez mouvante dans ses intentions de votes !
Alors je me suis demandé, 15 jours avant le premier tours, si cette volatilité pouvait encore créer des surprises. Si alors que les programmes et la personnalité des candidats sont maintenant largement connus, il pouvait y avoir un boulversement de la hiérachie parmi les 4 principaux candidats ! une remise en cause de l'ordre que les sondages font apparaitre depuis plusieurs semaines maintenant : Sarkozy - Royal - Bayrou - Le Pen !

Je pense que l’électorat Sarkozy est assez stable.
Sarkozy on l’aime ou on l’aime pas, il y a peu d’hésitants. C’est un épouvantail pour tous ceux qui sont beaucoup, peu ou prou de sensibilité dite de « gauche » et ceux-ci ne vont pas aller vers lui au denier moment.
Même les sympathisants de Bayrou n’iront pas le rejoindre au moins au premier tours. Il me semble probable, qu’une de raisons de leur soutient à Bayrou c’est le refus de voter Sarkozy. D ‘ailleurs François Bayrou ne se prive pas de casser du sucre sur le dos du candidat UMP dès qu’il en a l’occasion.
Sarkozy l’a très bien compris qui manifestement a abandonné ses tentatives de racolage au centre ou à gauche en se focalisant, au risque de la caricature, sur les thèmes de la droite voire de l’extrême droite. Donc de ce coté là peu de gains à espérer et peu de pertes à craindre sauf à ce que certains se tournent vers Le Pen mais Sarkozy fait tout pour éviter cela.

Coté Royal également peu de mouvements à attendre.
Peu de gains à espérer. Pour d’autres raisons que Sarkozy, Ségolène Royal plait ou déplait. Peu d’avis intermédiaires. Je pense que vis à vis de Ségolène Royal c’est essentiellement une question de confiance et de crédibilité.
Ceux à qui elle n’inspire pas confiance ne vont pas massivement changer d’avis maintenant et ce n’est pas le lot quotidien de promesses nouvelles qui va changer grand chose.

Dans l’autre sens, il me semble qu’il peut y avoir quelques pertes au profit des partis extrémistes ou de François Bayrou.
Certes le syndrome du 21 avril 2002 joue en sa faveur. Les groupuscules Verts, Trotskistes, Léninistes et Lambertistes n’ont plus la cote.
Rappelons nous qu’en 2002, la dispersion des votes de gauche a permis à Le Pen d’accéder au 2ème tours au détriment de Jospin, ce qui montre bien l’inanité du vote dit « contestataire », c’est à dire du vote au profit de partis de contestation qui n’ont pas d’alternative crédible à proposer.

Malgré cela, Madame Royal en sortant du classique discours de gauche a perturbé à la fois les gauchistes purs et durs et les Sociaux démocrates façon DSK. Les premiers lui reprochent de ne pas remettre en cause le système et les seconds de faire des promesses qu’elle ne pourra pas tenir. Les uns pourront se retourner vers Besancenot voire Bové et les autres vers Bayrou.
Le risque est d’autant plus grand que la campagne officielle donne plus de visibilité aux petits partis alors qu’à contrario, les « grands » candidats qui ont commencé leur campagne très tôt, peuvent commencer à lasser.

En résumé, je pense que pour Ségolène Royal l’espoir de progresser dans les sondages est faible et qu’au contraire, elle a tout à craindre de l’arrivée sur le devant de la scène des « petits candidats » pour l’essentiel de gauche.

La cote de François Bayrou, peu encore évoluer.
L’hésitant peut voter Bayrou par défaut. Par refus d’apporter sa voix à Nicolas Sarkozy qui fait peur ou à Ségolène Royal qui agace !
Son positionnement à l’intérêt de permettre à ceux qui traditionnellement votent à droite de ne pas voter Sarkozy sans pour autant voter à gauche et vice versa pour ceux qui traditionnellement vote à gauche et qui ne veulent pas voter Royal.

Cependant, François Bayrou reste avec un gros handicap qui est la perspective des législatives à venir et l’incertitude qui pèse sur les moyens qu’il aura pour gouverner comme il l’entend.
Les données du problème sont connues maintenant du moins par ceux qui le soutiennent et cela ne devraient pas causer trop de défections. Mais à l’inverse, ce problème peut faire hésiter les hésitants !

Reste Le Pen !
Alors là, c’est l’inconnu !
Paradoxalement son silence inquiète. On le voit peu dans cette campagne.
Le Pen bénéficie de toute façon d’un noyau dur important de sympathisants qui voteront pour lui, même si il ne dit rien.
Cependant, par rapport à 2002, 2 facteurs pourraient lui nuire.
Tout d’abord le positionnement de Nicolas Sarkozy sur des thèmes traditionnellement réservés au Front National comme l’immigration, la famille, l’identité nationale et la sécurité.
Sur ces sujets Sarkozy est crédible !

L’autre élément perturbateur c’est François Bayrou qui, lui, emprunte à Le Pen le thème du combat contre l’establishment politique dominant.
Ces éléments peuvent contribuer à le bloquer sur un score certes trop élevé mais plus proche de ses scores de 1995 ou 1988.(aux alentours de 15%).

En résumé de tout cela, je ne crois pas à un changement dans la hiérarchie des candidats à l’issue du premier tours. Je pense que les positions sont maintenant à peu prêt stabilisées.

Néanmoins, il subsiste une incertitude importante quant à la qualité des sondages et à la fiabilité de leurs résultats. De ce fait, en cas de surprise lors de l’élection, il sera difficile de savoir si elle doit être imputée à un revirement de dernière minute des électeurs ou à une mauvaise représentativité de l’opinion par les sondages.

J'avoue que ça m'arrange parce que si je me suis trompé, je pourrais toujours accabler ces grosses nullités de sondages et de sondeurs qui nous ont, encore une fois, raconté n’importe quoi et que, c’est promis, nous ignorerons superbement lors des prochaines élections !....euh ! que nous essaierons d'ignorer superbement !