Tout d’abord, il faut bien l’avouer, Nicolas Sarkozy est le grand gagnant de ce 1er tour !
Il a manifestement gagné un double pari :

  • Se faire passer pour un homme « neuf » en se démarquant du bilan des précédents gouvernements auxquels il a pourtant largement participé (et pas simplement comme Secrétaire d’Etat aux anciens combattants) et
  • chouraver un nombre significatif de voix au Front National sans pour autant trop en perdre par ailleurs.

De son coté, Ségolène Royal avec ses 25,87% n’est pas ridicule, loin de là, mais ce score n’est pas énorme compte tenu du peu de réserves de voix dont elle dispose auprès de ses alliés « naturels ».
Pour gagner, elle devra convaincre les électeurs qui ont voté Bayrou au 1er tour en allant bien au-delà de ceux qui traditionnellement votaient Socialiste et qui devraient naturellement retourner au bercail pour le 2d tour.
Ce qui me paraît intéressant, dans cette perspective, c’est qu’il me semble que le Parti Socialiste tient là une occasion idéale pour faire sa révolution culturelle en faisant, enfin, un choix net entre les 2 lignes politiques que sont le réformisme Sociale-démocrate ou la contestation du système.
Il me semble que le gros handicap du Parti Socialiste est bien dans cette ambiguïté permanente révélée par les divergences croissantes entre les différentes courants. La meilleure preuve est son incapacité à tirer les leçons de sa déconfiture de 2002 et d’établir un véritable programme de gouvernement avant que Ségolène Royal n’impose son Pacte présidentiel.

Je reprendrai cette idée dans un prochain billet.

Le score de François Bayrou est comme attendu, sans surprise, ni bonne ni mauvaise.
Il est bon 3ème, loin derrière les 2 premiers mais également loin devant le 4ème.
Malgré une démarche que j’ai trouvé intéressante et originale, il n’a pas réussi à entraîner derrière lui suffisamment d’électeurs pour inquiéter les représentants des 2 partis dominants.
Il faut dire que sa position vis à vis de sa majorité de gouvernement était loin d’être convaincante.
Cela étant, son score est significatif (18,57%) et son électorat est bien la clef du second tour.
On verra comment tout cela va tourner mais si sa candidature peut être le point de départ d’un processus de réorganisation du paysage politique français elle aura été très utile.

Jean-Marie Le Pen avec 10,44% termine sa carrière politique (espérons le) par une déculottée et j’en suis ravi.

Parmi les « petits » candidats, et coté droite, je ne commenterai pas les scores de De Villiers (2,23%) et Nihous (1,15%). Ce sont des scores riquiquis et qui me paraissent tout à fait mérités.

Mais ils ne sont pas les seuls à avoir fait des scores riquiquis.
Coté gauche, Olivier Besancenot est le seul à avoir tiré son épingle du jeu avec 4,08%.
Pour les autres c’est la Berezina puisque Buffet, Voynet, Laguiller et Bové naviguent entre 1 et 2% quand à Schivardi, il ferme la marche avec le score microscopique de 0,34%.

Je ne vais certainement pas plaindre les candidats dits de la gauche "antilibérale". Je trouve déjà qu’un score cumulé de 9% est bien payé compte tenu de la qualité de leur programmes.
Ils n’ont, de toute façon, que ce qu’ils méritent pour n’avoir pas su s’entendre sur une candidature commune.
Le plus gros perdant parmi eux me semble être le Parti Communiste qui continue sa descente aux enfers et pour lequel on peut réellement parler de grandeur et décadence. Les autres ont plus de chance puisque pour eux il n’y a jamais vraiment eu de « grandeur » et donc pas de décadence !

Le cas des Verts (1,57%) me semble un peu différent et je le traiterai dans mon prochain billet.

Cependant, les Communistes et les Verts ont un autre point commun que leur score maigrichon, c’est qu’ils invoquent tous les 2 la même explication à leur faillite : le fameux « vote utile ».
Je ne récuse pas l’explication, le traumatisme du 21 avril 2002 a laissé des traces et nombre d’électeurs qui utilisaient le premier tour pour exprimer une insatisfaction par rapport aux grand partis n’ont pas voulu prendre le risque que la gauche ne soit pas présente au second tour.

Néanmoins, cette explication est à double tranchant pour ces partis.

Cette facilité qu’ont eu les électeurs à voter « utile » montre bien, à mon sens, que tant le Parti Communiste que les Verts ne sont pas (plus) considérés comme essentiels à la vie politique et que l’on peut très facilement se passer d’eux.
Je suis convaincu que le vote « utile » n’aurait pas fonctionné si ces partis avait été considérés comme porteurs d’un projet politique crédible et original.
En conséquence, je considère que le vote « utile » n’a fait qu’accélérer un processus de délaissement, par les électeurs, de partis qui occupent le paysage politique depuis longtemps sans avoir réussi à convaincre de leur capacité à faire réellement avancer les choses.