En sollicitant un débat avec François Bayrou, Ségolène Royal ouvre une porte qui jusqu’à présent était tellement fermée qu’on la croyait murée.
Il est évident qu’il s’agit là d’une initiative personnelle de sa part qui n’aurait jamais eu lieu si il lui avait fallu attendre la décision d’un quelconque congrès ou même du bureau politique du PS.

Pourtant, les circonstances sont telles que Ségolène Royal n’avait pas vraiment le choix.
Les scores historiquement faibles des différents composants de sa gauche lui imposent d’aller chercher un maximum d’électeurs à sa droite. De plus, parmi les électeurs de François Bayrou se trouve un grand nombre de sympathisants Socialistes qui ont exprimé, de cette manière, leur besoin de sortir des schémas politiques classiques.

Malgré cela, son initiative essuie de nombreuses critiques dans son propre camp. Cet esprit d'ouverture est loin d’être partagé par tous si on en croit les réactions des Mélenchon, Fabiusiens et autres Jospiniens.
Certes, certains caciques du Parti Socialiste appellent de leurs vœux un tel rapprochement (Rocard, Kouchner) mais beaucoup d'autres n'en veulent pas et utiliseront la moindre occasion pour le faire chèrement payer à Ségolène Royal si elle n'est pas élue.

Pourtant, Ségolène Royal fait à sa droite ce que François Mitterrand avait fait à sa gauche avec les Communistes. Elle essaye des associer à son projet pour ensuite les phagocyter lentement.

En quoi une alliance avec François Bayrou serait elle plus condamnable qu'une alliance avec le Parti Communiste ?

Doit on y voir là une « dérive inquiétante » (sic Clémentine Autain) ou un premier pas vers une réforme en profondeur du PS.

L’avenir du Parti Socialiste tient dans ces questions !

Le Parti Socialiste est riche de nombreuses individualités de qualité, il est riche de son histoire et même de ses expériences gouvernementales.
Pourtant, cette richesse, manifestement, il n’en profite pas.
Face à une Droite dont le bilan, à tort ou a raison, est très contesté, la Gauche en général et le PS en particulier n’apparaissent pas comme une alternative crédible pour la majorité des Français. Leur chance de gagner ces élections semble extrêmement faible et si cela devait être le cas, cette victoire devrait être considérée plus comme un rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy que comme une adhésion à un projet.

Au lieu de mettre à profit la diversité des courants qui le compose pour élaborer un projet de société original, cohérent, réaliste et attractif, le PS n’aboutit qu’à des consensus mous, toujours basés sur les vieux schémas d’une Gauche d’il y a 30 ans.

Il a fallu l’initiative personnelle de Ségolène Royal pour élaborer un « programme » (Le « Pacte Présidentiel » ) certainement critiquable et encore emprunt d’une idéologie pleine d’Etat providence mais qui sur de nombreux points se démarque de la « ligne » traditionnelle du Parti Socialiste.
Pour cela, il a fallu que Ségolène Royal s’impose contre la plupart des dignitaires du Parti, qu’elle s’assoie sur le projet officiel du PS et qu’elle mène une campagne seule !

Au risque d’un éclatement, le PS doit maintenant faire un choix clair !
Depuis des décennies, il fait le grand écart entre des courants de pensée trop différents. Cette gymnastique perpétuelle l’empêche d’avancer, elle conduit à des querelles de chef et à des consensus de façade sans cohérence et qui ne satisfont personne.

Le PS doit se débarrasser définitivement des vieux oripeaux idéologiques dont il se couvre depuis trop longtemps.

Sa modernisation passe obligatoirement par l’affirmation sans ambiguïté d’un certain nombre de principes fondamentaux.
Le PS en tant que Parti « de gouvernement » qui aspire à diriger la France, doit afficher clairement quel courant de pensée il représente.
Il doit s’affirmer nettement soit comme un parti de type Sociale-démocrate, réformiste du système capitaliste libéral soit comme un parti de contestation radicale du système tels que le sont les Communiste ou les mouvements Trotskistes !
Il doit exprimer clairement sa préférence entre le programme de François Bayrou et celui d’Olivier Besancenot.

En conséquence de quoi, il devra trancher (dans le vif) en son sein. Trancher entre une ligne réformatrice, pro-européenne, qui considère que la mondialisation est un état de fait auquel il faut faire face et s’adapter, et une tendance nationaliste qui croit ou veut faire croire qu’il est possible de s’en protéger en brandissant comme une barrière infranchissable notre « modèle social » et en psalmodiant « vade retro capitalitas ».

La conjonction des 3 éléments que sont le score historiquement bas de la Gauche, le relatif succès du positionnement de François Bayrou et le caractère indépendant et ouvert de Ségolène Royal, constitue, à mon sens, une occasion exceptionnelle pour conduire le Parti Socialiste à entamer ce processus de rénovation.

Dans le cas contraire, et faute de leur apporter des solutions, je crains que les sympathisants du Parti Socialiste ne finisse par se lasser de soutenir un Parti destiné a rester dans une opposition stérile et qu'ils choisissent à sa place soit de rallier un véritable Parti Social démocrate tel que le propose François Bayrou soit de se radicaliser en rejoignant un des multiples mouvements de la Gauche anti-libérale.