La discussion sur l’EPR est significative.

A la question de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy répond, avec force, que l’EPR est un réacteur nucléaire de 4ème génération alors qu’il est de 3ème génération.
Ensuite, probablement encouragée par son premier succès, et pour bien montrer que sur ce sujet elle est plus compétente que Sarkozy, Ségolène Royal lui demande quelle est la part du nucléaire dans la production d’électricité en France. Il répond 50 % !
Alors là, j’entend avec stupéfaction Madame Royal, railler Monsieur Sarkozy en lui balançant en substance « mais vous n’y êtes pas du tout mon pauvre monsieur, vous n’y connaissez rien, ce n’est pas 50% mais 17% » …si, si 17 % ! …et elle d’insister en répétant oui, oui 17 % !
J’imagine qu’en disant cela, Madame Royal voulait démontrer que l’on pouvait relativement facilement se passer du nucléaire en France.
Or, le problème c’est que les 17% correspondent à peu prêt au pourcentage du nucléaire dans la consommation d’énergie en France, ce qui n’est pas tout à fait la question posée. Madame Royal avait lu sa fiche trop vite !

Certes pour un responsable de ce niveau, se tromper d’une génération de réacteur nucléaire est déplorable mais balancer, comme l’a fait Ségolène Royal et en insistant lourdement de surcroît, que le nucléaire ne constitue que 17% de la production d’électricité en France est autrement plus grave pour une prétendante à la Présidence de la république.
17% c’est la part du nucléaire dans le Monde, en France c’est 77% de l’électricité qui est d’origine nucléaire !
Et non seulement, elle proclame, sure d’elle, une grosse ânerie devant 20 millions de spectateurs mais en plus elle se permet de sermonner Sarkozy en lui reprochant de ne pas maîtriser ses dossiers !
Il faudrait que je demande à ma fille qui est en 6ème ce qu’elle aurait répondue.

Je met toutes ces erreurs sur le compte de l’incompétence de l’une ou de l’autre pour ne pas parler de mensonges. Reste à savoir ce qui est préférable.

Quand à son second objectif, il s’est heurté à un Nicolas Sarkozy d’une zenitude exemplaire.
Elle a eu beau répéter 2 ou 3 fois « vous êtes brutal », on sentait bien que ces phrases, manifestement hors de propos, étaient plus lancées pour respecter son cahier des charges que pour convaincre.

Cela dit, il faut reconnaître que Ségolène Royal a plutôt réussie sa prestation là ou beaucoup s’attendaient à la voir se faire manger toute crue par l’ogre Sarkozy !
Elle est apparue pleine de convictions, sincère, spontanée au point que quelques fois ses réactions paraissaient plus guidée par l’émotion que par la reflexion.

Nicolas Sarkozy a été un ton en dessous de son niveau habituel. Je pense que son objectif lors de ce débat n’était pas tellement de convaincre sur le fond mais de rassurer sur sa personnalité en apparaissant, dans toutes les situations, d’un calme olympien.
De ce point de vue il a réussi son coup mais il n’était manifestement pas à l’aise dans ce rôle et ça l’a bridé. Difficile d’aller contre sa nature ! je soupçonne même qu’il ait abusé du Valium avant l’émission.

Nicolas Sarkozy m’a semblé également ferme sur ses convictions mais plus calculateur, chacun de ses propos semblant inspiré par une arrière pensée.
Lui qui d’habitude prend l’initiative de l’attaque, s’est trouvé en permanence en situation défensive et cela ne lui a pas vraiment réussi. Je l’ai trouvé terne et peu inspiré dans ses répliques.

Ce débat a quand même permis de rappeler que, à partir des même constats : peu de croissance, trop de chômage, pouvoir d’achat « faible », endettement trop lourd etc – les solutions proposées par les 2 candidats apparaissent radicalement différentes.

L’approche Sarkozy consiste notamment à « prendre des mesures » précises de nature plutôt libérale :
baisser les impôts, encourager les heures supplémentaires, exonérer les droits de succession, diminuer le nombre de fonctionnaires etc – et parallèlement des mesures visant à restaurer l’autorité de l’état et de ses représentants : respect des professeurs, sévérité contre les multirécidivistes et les jeunes délinquants, lutte contre l’absentéisme dans les écoles etc

L’approche Royal est clairement plus participative, le dialogue social est systématiquement mis en avant et les propositions volontairement imprécises puisque les modalités sont censées être discutées avec les acteurs concernés. Les solutions sont présentées de manière assez globale avec une cohérence affichée du genre : «je redistribue sélectivement les aides aux entreprises pour aider les PME ce qui me permet d’augmenter la croissance grâce à laquelle je finance mon pacte Présidentiel qui consiste à aider les plus nécessiteux, à financer les services publics et distribuer du pouvoir d’achat qui alimente ma croissance etc etc ».
On trouve dans cette approche à la fois des vieilles recettes Socialo-Keynesiennes : L’Etat distribue du pouvoir d’achat par des salaires ou par des prestations ce qui favorise la demande de biens et services et en conséquence la croissance – mais on y trouve aussi une idée nouvelle, du moins dans les programmes Socialistes, qui est que pour distribuer plus, la collectivité a besoin en préalable de créer de la richesse, d’ou la volonté affichée d’aider les PME.

Ce type de débat ne permet pas de traiter les sujets en profondeur et donc de juger de l’efficacité des propositions des 2 candidats et comme on a pu le constater, ce qui s’y dit doit être pris avec précautions puisqu’il peut s’y glisser des mensonges, des inexactitudes ou des approximations pas toujours évidentes à déceler.

Néanmoins il permet de se rendre compte ou de confirmer un jugement sur 2 personnalités et au delà sur 2 modes de gouvernance.

Pour toutes ces raisons, il ne faut pas sur-estimer l'effet de ces confrontations, surtout à 3 jours des élections. Certes, elles sont utiles mais également trompeuses puisqu’elles incitent à juger un candidat sur son habilité à débattre plutôt que sur ses compétences et son programme. Dans le cas précis de celui d'hier, les 2 candidats n'ont été convaincants sur aucun de ces 3 points.