A l'affiche : Sego la tigresse contre Sarkozen
Par Nicolas le jeudi 3 mai 2007, 20:02 - Humeur politique - Lien permanent

Les 2 candidats ont abordé ce débat avec des objectifs différents.
Pour Ségolène Royal, il fallait, d’une part, prouver sa compétence et
d’autre part mettre en valeur le caractère « brutal » de Nicolas
Sarkozy .
A mon sens, ce premier objectif n’est pas vraiment atteint. Outre cette erreur
grossière sur la part du nucléaire dans la production d’électricité en France
ou ces transvasements de personnel des douanes qui dépendent du budget de
l’état aux infirmières qui dépendent de celui de la fonction publique
hospitalière, j’ai eu l’impression que dès que le sujet s’écartait des fiches
qu’elle avait révisées, elle devenait beaucoup plus approximative.
Heureusement pour elle, Ségolène Royal avait mangé du lion, dopée à la vitamine
C elle a su mener le débat en étant beaucoup plus « agressive » que
Nicolas Sarkozy ce qui a empêché celui-ci d’en profiter. De plus, il a lui
aussi, fait preuve de certaines faiblesses dans ce domaine et notamment en
affirmant que la loi Fillon permettait de régler la question des retraites
jusqu’en 2020.
La discussion sur l’EPR est significative.
A la question de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy répond, avec force, que
l’EPR est un réacteur nucléaire de 4ème génération alors qu’il est de 3ème
génération.
Ensuite, probablement encouragée par son premier succès, et pour bien montrer
que sur ce sujet elle est plus compétente que Sarkozy, Ségolène Royal lui
demande quelle est la part du nucléaire dans la production d’électricité en
France. Il répond 50 % !
Alors là, j’entend avec stupéfaction Madame Royal, railler Monsieur Sarkozy en
lui balançant en substance « mais vous n’y êtes pas du tout mon pauvre
monsieur, vous n’y connaissez rien, ce n’est pas 50% mais 17% » …si, si 17
% ! …et elle d’insister en répétant oui, oui 17 % !
J’imagine qu’en disant cela, Madame Royal voulait démontrer que l’on pouvait
relativement facilement se passer du nucléaire en France.
Or, le problème c’est que les 17% correspondent à peu prêt au pourcentage du
nucléaire dans la consommation d’énergie en France, ce qui n’est pas tout à
fait la question posée. Madame Royal avait lu sa fiche trop vite !
Certes pour un responsable de ce niveau, se tromper d’une génération de
réacteur nucléaire est déplorable mais balancer, comme l’a fait Ségolène Royal
et en insistant lourdement de surcroît, que le nucléaire ne constitue que 17%
de la production d’électricité en France est autrement plus grave pour une
prétendante à la Présidence de la république.
17% c’est la part du nucléaire dans le Monde, en France c’est 77% de
l’électricité qui est d’origine nucléaire !
Et non seulement, elle proclame, sure d’elle, une grosse ânerie devant 20
millions de spectateurs mais en plus elle se permet de sermonner Sarkozy en lui
reprochant de ne pas maîtriser ses dossiers !
Il faudrait que je demande à ma fille qui est en 6ème ce qu’elle aurait
répondue.
Je met toutes ces erreurs sur le compte de l’incompétence de l’une ou de
l’autre pour ne pas parler de mensonges. Reste à savoir ce qui est
préférable.
Quand à son second objectif, il s’est heurté à un Nicolas Sarkozy d’une
zenitude exemplaire.
Elle a eu beau répéter 2 ou 3 fois « vous êtes brutal », on sentait bien
que ces phrases, manifestement hors de propos, étaient plus lancées pour
respecter son cahier des charges que pour convaincre.
Cela dit, il faut reconnaître que Ségolène Royal a plutôt réussie sa
prestation là ou beaucoup s’attendaient à la voir se faire manger toute crue
par l’ogre Sarkozy !
Elle est apparue pleine de convictions, sincère, spontanée au point que
quelques fois ses réactions paraissaient plus guidée par l’émotion que par la
reflexion.
Nicolas Sarkozy a été un ton en dessous de son niveau habituel. Je pense que
son objectif lors de ce débat n’était pas tellement de convaincre sur le fond
mais de rassurer sur sa personnalité en apparaissant, dans toutes les
situations, d’un calme olympien.
De ce point de vue il a réussi son coup mais il n’était manifestement pas à
l’aise dans ce rôle et ça l’a bridé. Difficile d’aller contre sa nature !
je soupçonne même qu’il ait abusé du Valium avant l’émission.
Nicolas Sarkozy m’a semblé également ferme sur ses convictions mais plus
calculateur, chacun de ses propos semblant inspiré par une arrière
pensée.
Lui qui d’habitude prend l’initiative de l’attaque, s’est trouvé en permanence
en situation défensive et cela ne lui a pas vraiment réussi. Je l’ai trouvé
terne et peu inspiré dans ses répliques.
Ce débat a quand même permis de rappeler que, à partir des même
constats : peu de croissance, trop de chômage, pouvoir d’achat
« faible », endettement trop lourd etc – les solutions proposées par les 2
candidats apparaissent radicalement différentes.
L’approche Sarkozy consiste notamment à « prendre des mesures »
précises de nature plutôt libérale :
baisser les impôts, encourager les heures supplémentaires, exonérer les droits
de succession, diminuer le nombre de fonctionnaires etc – et parallèlement des
mesures visant à restaurer l’autorité de l’état et de ses représentants :
respect des professeurs, sévérité contre les multirécidivistes et les jeunes
délinquants, lutte contre l’absentéisme dans les écoles etc
L’approche Royal est clairement plus participative, le dialogue social est
systématiquement mis en avant et les propositions volontairement imprécises
puisque les modalités sont censées être discutées avec les acteurs concernés.
Les solutions sont présentées de manière assez globale avec une cohérence
affichée du genre : «je redistribue sélectivement les aides aux
entreprises pour aider les PME ce qui me permet d’augmenter la croissance grâce
à laquelle je finance mon pacte Présidentiel qui consiste à aider les plus
nécessiteux, à financer les services publics et distribuer du pouvoir d’achat
qui alimente ma croissance etc etc ».
On trouve dans cette approche à la fois des vieilles recettes
Socialo-Keynesiennes : L’Etat distribue du pouvoir d’achat par des
salaires ou par des prestations ce qui favorise la demande de biens et services
et en conséquence la croissance – mais on y trouve aussi une idée nouvelle, du
moins dans les programmes Socialistes, qui est que pour distribuer plus, la
collectivité a besoin en préalable de créer de la richesse, d’ou la volonté
affichée d’aider les PME.
Ce type de débat ne permet pas de traiter les sujets en profondeur et donc
de juger de l’efficacité des propositions des 2 candidats et comme on a pu le
constater, ce qui s’y dit doit être pris avec précautions puisqu’il peut s’y
glisser des mensonges, des inexactitudes ou des approximations pas toujours
évidentes à déceler.
Néanmoins il permet de se rendre compte ou de confirmer un jugement sur 2
personnalités et au delà sur 2 modes de gouvernance.
Pour toutes ces raisons, il ne faut pas sur-estimer l'effet de ces
confrontations, surtout à 3 jours des élections. Certes, elles sont utiles mais
également trompeuses puisqu’elles incitent à juger un candidat sur son habilité
à débattre plutôt que sur ses compétences et son programme. Dans le cas précis
de celui d'hier, les 2 candidats n'ont été convaincants sur aucun de ces 3
points.