Au placard les cumulards
Par Nicolas le jeudi 31 mai 2007, 21:38 - Humeur politique - Lien permanent

La campagne présidentielle avait laissé espérer qu’un vent frais allait
enfin souffler sur le paysage politique français. Bien entendu je ne parle pas
des « jury populaires » de Ségolène Royal à propos desquels j’ai déjà
exprimé tout le mal que j’en pensais (ici).
Non, je parle des diverses propositions relatives au cumul des mandats
évoquées à la fois par Ségolène Royal et François Bayrou mais malheureusement
pas par Nicolas Sarkozy.
Donc le vent frais est tombé, ramassé, mis en boite bien étanche et avec lui
l’aération, le dépoussiérage de la Politique française qu’il aurait pu
provoquer !
Pire encore, non seulement les velléités de limitation drastique du cumul
des mandats sont mortes et enterrées mais à peine nommé, le nouveau ministre
d’Etat Alain Juppé s’empresse d’en faire l’apologie.
Voilà ce que l’on peut trouver sur le site alain-juppe.com :
« Par le passé, j’ai exercé d’importantes fonctions nationales, et j’ai pu
mesurer l’importance d’une étroite synergie entre Bordeaux et Paris. J’ai pu
donner à l’époque l’impulsion à notre projet urbain ambitieux dont nous voyons
les résultats. Je suis conscient qu’il reste beaucoup à faire, et je suis
certain que mon portefeuille ministériel sera positif pour Bordeaux et son
agglomération ».
Difficile d’être plus explicite !
Voilà un des personnages les plus éminents de l’Etat qui va dire, sans aucun
scrupule, à ses électeurs « élisez moi parce que je profiterai des
prérogatives que me donne mon mandat national pour favoriser vos intérêts
locaux ».
Stupéfiant, non !
Mais il n’est pas le seul, cette confusion des rôles est tellement ancrée
dans les esprits qu’elle en devient un argument électoral !
Par exemple, j’entendais hier matin, à la radio, que Arno Klarsfeld qui se
présente dans la 8ème circonscription de Paris avait été interpellé par des
opposants sous prétexte qu’il ne connaissait pas le 12ème arrondissement.
J’entendais également que la candidate Socialiste face à laquelle il se
présente, souhaitait organiser un débat pour démontrer qu’il ne connaissait pas
le 12ème arrondissement !
Et la réaction d’Arno Klarsfeld est encore plus étonnante puisqu’au lieu de
dire quelque chose comme « je n’irai pas à l’Assemblée nationale pour
représenter les intérêts du 12ème arrondissement mais pour soutenir le projet
de Nicolas Sarkozy qui concerne tous les français », il répond «C’est ridicule,
je ne suis pas un expert du 12e arrondissement mais je suis Parisien»
!
Cette réponse n’a pas de sens !
En quoi le fait de connaître le 12ème arrondissement de Paris fait-il un bon
député ?
En quoi le fait d’habiter Paris fait-il un bon député ?
Par dessus le marché, Arno Klarsfeld frise le grotesque lorsqu’il va jusqu’à
préciser à propos du 12ème arrondissement : «Je l’ai traversé quand j’ai
couru le marathon de Paris» et il s’enfonce encore un peu plus en
ajoutant : «enfin, j’habite dans le 8ème arrondissement, ce qui n’est pas
si éloigné que ça».
On le voit bien dans cet exemple, tant Arno Klarsfeld que ses opposants
amalgament joyeusement mandat national et intérêts locaux.
Vous me direz que prendre Arno Klarsfeld comme exemple c’est un peu facile,
que ça frise même la malhonnêteté et que l'on peut espérer qu’il ne soit pas
représentatif de la classe politique française.
J'admets avoir pris un cas extrême, pourtant, cette confusion des genres est
très répandue et plus particulièrement chez ceux qui cumulent à la fois une
responsabilité locale et nationale. Or c’est le cas de la très grande majorité
de nos parlementaires.
Un député bien qu'élu dans le cadre géographique de sa circonscription, est
l'élu de la Nation ! il doit juger et voter pour ou contre les
propositions de lois proposées par l’exécutif, il doit veiller à leur bonne
application et tout cela au nom de l'intérêt général !
Or le cumul des mandats est par essence source de conflits d'intérêts !
Comment ne pas penser que les parlementaires et les membres de l’exécutif
préfèrent privilégier les intérêts locaux par rapport à l’intérêt général
!
Comment ne pas penser que les lois sont évaluées, jugées, votées à l’aulne des
intérêts des collectivités locales les mieux représentées aux parlements
!
Comment ne pas penser que la France est appréhendée par nos assemblées à la
façon d’un puzzle composé d’une multitude de territoires côte à côte plutôt que
comme une entité à part entière.
Comment ne pas penser également que certains arbitrages se font au détriment
des territoires moins bien lotis en élus locaux à l’assemblée.
Le cumul des mandats constitue une des pires plaies du système politique
français pour d’autres raisons encore.
La première qui apparaît la plus évidente, est la qualité du travail fourni
sur l’un ou l’autre des mandats. Comment est-il possible d’assurer pleinement
et simultanément la fonction de député et celle de maire d’une ville importante
?
Il y a là, une sorte d’escroquerie vis à vis des électeurs !
Le député/maire aura tendance à privilégier son travail dans sa bonne ville
au détriment de son rôle de parlementaire puisque c’est sur celui-ci qu’il sera
jugé par les électeurs !
Comment alors s’étonner de voir des bancs vides à l’assemblée, de voir que de
nombreux textes ont été votés par quelques députés au nom de tous les
autres !
Et cet absentéisme n’est que la face visible de l’iceberg puisque, faute de
temps, les élus se désintéressent également d’un autre aspect extrêmement
important du rôle du parlementaire qui est le travail en commission.
Une autre conséquence importante du cumul des mandats est qu’il contribue à
scléroser la vie politique.
C’est l’effet boule de neige puisqu’un élu déjà implanté localement va pouvoir
utiliser sa notoriété et une argumentation qui s’appuie sur sa politique locale
pour se faire élire à l’Assemblée Nationale et je ne parle même pas du Sénat
dont le mode d’élection en fait une vrais usine à cumulards.
Ainsi, la rente de situation que le cumul induit, permet à quelques
professionnels de la politique de monopoliser les responsabilités, bloquant par
la même le renouvellement de la classe politique française et, en corollaire,
son ouverture vers des catégories peu représentées.
Si on ajoute à cela, la non limitation du nombre de mandats successifs, on
obtient des (vieux) potentats à double, triple, quadruple casquette,
indéboulonnables, qui exercent en solitaire une autorité que peu osent
contester et dont le nombre de redevables augmente parallèlement à leur
longévité politique.
Malgré toutes ses tares et malgré un début de limitation en 2000, le cumul
des mandats est encore bien vivace et constitue une des causes du fossé qui se
creuse entre les citoyens et leurs représentants. Cette pratique très française
n’est malheureusement pas prête de disparaître.
Il ne faut pas attendre une quelconque initiative de l’ex-roi du cumul
qu’est notre nouveau Président et il y a tant d’élus qui en usent et qui y
trouvent un intérêt (le leur) qu’une réforme dans ce sens a peu de chance
d’aboutir !
La seule solution serait que les électeurs imposent aux élus de se consacrer à un seul mandat en refusant de voter pour eux lorsqu’ils prétendent à en exercer un autre. Mettre au placard les cumulards me semble du simple bon sens et pourtant !!!

Commentaires
pa mal ton blog mici d'ètre passer sur le mien on pouré faire un échange de lien si tu ve ?
Ok avec plaisir !
Ps : stp 1 efor sur l'ortografe ;o))
bonjour, bien votre exposé, de tout coeur avec vous, j'ai une position politique de gauche, et comme de nombreux électeurs, j'attendais de Sarko qu'il fasse bouger tout ç'a, mais lui comme les autres, malgré ce qu'il avait dit dans sa campagne, il va dans le sens de ce cumul des mandats.CQFD aux prochaines je vais peut être voter ultra gauche ! j'ai 60 ans
Bonjour, merci de votre passage.
Effectivement, comme il fallait s'y attendre, Sarko n'a rien changé en matière de cumul des mandats.
Je ne suis pas certain, pour autant, que le vote ultra gauche (qui d’ailleurs ne se présentent pas) ou extrême gauche soit la bonne réponse …je préfère encore un cumulard à un contestataire professionnel, pseudo révolutionnaire de surcroit ! ;o)
Sans aller chercher la Gauche extrême ou ultra, il y a des candidats aux présidentielles qui se sont prononcé contre le cumul des mandats, faisons en un critère de choix déterminant !
Et si on est assez nombreux à le considérer comme tel, nous pourrons faire pression sur les candidats et exiger de leur part qu’ils ne cumulent pas !...
Faisons pression tous ensemble pour que les élus parisiens qui se moquent des electeurs soient sanctionnés financierement ou démissionnent !
Tous dans le groupe Facebook "Sanction financière ou démission des élus Parisiens absentéistes !"
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