J’avais déjà quelque peu raillé les sondages téléphoniques portant sur des sujets un peu complexes (voir ici), je ne vais pas remettre ça mais quand même !

Sur un sujet comme celui-ci, autant de réponses pertinentes et argumentées me surprend !

En effet, et à l'inverse de ce que veulent laisser croire les Socialistes, la TVA dite sociale n’est pas un sujet simple. Il oppose les économistes, il est l’objet de moult discussions entre des personnes intelligentes qui n’ont pas forcément toutes des à priori idéologiques. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, il n’y a pas les méchants « pour » qui veulent diminuer le pouvoir d’achat des petits gens pour augmenter le profit des actionnaires et les gentils « contre » qui veulent l’inverse !

A mon sens, et sans préjuger de la conclusion finale, la TVA dite sociale mérite d’être considérée, étudiée, réfléchie, discutée.
La situation de la France nécessite de trouver des idées nouvelles et les idées nouvelles elle ne sont pas légion. Alors il me semble que lorsqu’on en tient une, la moindre des choses c’est de se demander sérieusement si elle est bonne ou mauvaise.

Dans le cas de la TVA « sociale », je ne sais pas si en définitive, l'idée est bonne ou mauvaise, mais le principe sous-jacent qui consiste à vouloir baisser le coût du travail en France en compensant cette baisse par une augmentation de la taxe supportée par tous les produits, apportant ainsi un (petit) avantage aux entreprises Françaises ne me paraît pas scandaleux.
Certes, il est nécessaire d’en estimer l’efficacité et d’en mesurer, afin de les contrecarrer, les effets de bords notamment sur les plus démunis. Il est également important que cette TVA sociale ne serve pas à financer les cadeaux fiscaux accordés à quelques uns mais en tout état de cause, crier au loup à peine l’idée évoquée me paraît on ne peut plus prématuré.

Rappelons quand même que Dominique Strauss-Kahn avait essayé de promouvoir l’idée il y a quelques mois (cf. cet article dans Libération du 7 novembre 2006).
En tout cas, cette idée ne mérite pas que l’on en fasse, à priori, sans connaître le moindre début de détail des modalités qui pourraient être proposées, LE thème de campagne des législatives.
Enfin, je parle de thème de campagne mais je devrais plutôt parler d’une litanie, d’une suite de slogans répétés comme des invocations avec l’un d’entre eux qui revient 1 fois sur 2 : Le 24 juin votez contre la TVA à 24,6 % !

Ca donne quelque chose comme ça : Le 24 juin votez contre la TVA à 24,6 % …non au bouclier fiscal…. le 24 juin votez contre la TVA à 24,6 % …non à la suppression de l’impôt sur les successions … le 24 juin votez contre la TVA à 24,6 % ….
Faute de projet, les Socialistes en sont réduits à faire campagne sur un slogan, et comme dirait l’autre (Nicolas) et accessoirement Cyrano, c’est un peu court jeune homme !

Il y a quelques semaines, je disais du Pacte Présidentiel de Ségolène Royal ceci : « … de nombreuses propositions font du Pacte présidentiel de Ségolène Royal un programme généreux et solidaire le rendant en cela tout à fait honorable ! …
Cependant, exprimer sa générosité et sa solidarité n’a de sens que si on en a les moyens !
Dit autrement, le social ne peut pas être considéré indépendamment de l’économique sous peine de n’être au mieux qu’un beau discours et au pire d’obtenir l’inverse de l’effet désiré en dégradant la situation générale de la collectivité. ».

Je reste persuadé que si le Pacte Présidentiel de Ségolène Royal n’a pas convaincu, c’est justement en grande partie parce qu’il n’était que généreux et solidaire et qu’il ne proposait pas les moyens !

Or, cette histoire de « TVA sociale », me laisse l’impression que les Socialistes n’ont toujours pas compris que pour être crédible dans la générosité, il fallait définir les moyens pour y arriver et que ces moyens on ne peut les trouver qu’en laissant les vieux tabous au placard et en acceptant de considérer sans à priori et avec lucidité et objectivité toutes les pistes qui pourraient permettre d’améliorer la situation de la France.

Cette impression est largement confirmée par les propos de Benoît Hamon qui animait, Vendredi, le point presse du PS : "Le Parti socialiste a montré cette semaine quel était le rôle d'une opposition. C'est grâce aux arguments du PS qu'on a débusqué ce qui se cachait derrière la politique du gouvernement", notamment en matière de TVA sociale, a t’il expliqué.

Certes, au vue du sondage pré-cité, les Socialistes vont probablement en retirer un petit avantage électoral. Mais, si le rôle de l’opposition façon PS c’est, faute de projet alternatif, de faire avorter toute tentative de réflexion sur ce qui pourrait, peut-être, améliorer la compétitivité des entreprises françaises, et bien il me semble qu’ils ne seront utiles ni à la France, ni au gouvernement (qu’on ne leur propose pas) ni dans l’opposition !