Le comité scientifique de la Commission européenne a estimé à 30.000 tonnes la quantité de poissons adultes dans le stock d'anchois, soit « bien en dessous du niveau auquel la pêche commerciale pourrait reprendre sans danger pour le stock ».

Evidemment, la France conteste ces chiffres, estimant que le stock d'anchois dans le Golfe de Gascogne est remonté à 35.000 tonnes et qu’en conséquence, une « petite pêche » devrait être autorisée pour les pêcheurs français.

La commission européenne a refusé suivant ainsi l’avis du comité scientifique.
Disons le clairement, la Commission a bien fait !!!!
Il faut arrêter de faire dans la demi-mesure !
Il faut arrêter de céder aux pressions partisannes des uns et des autres !

Depuis des décennies la pêche « industrielle » contribue inexorablement à vider les mers de leurs poissons !
70 % des espèces les plus recherchées sont menacées : les sardines en Californie, les anchois au Pérou, les morues à Terre-Neuve ou le hareng en mer du Nord et le nombre de flétans et de thons rouges a diminué de 90 %.

Le cas du thon rouge est significatif.
Devant la baisse inquiétante du stock de thons, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta) a établi, en Novembre 2006, de nouveaux quotas.
Sous la pression des pêcheurs industriels, les quotas sont passés seulement de 32 000 à 29 500 tonnes en 2007 puis 25 000 tonnes en 2010.
En tenant compte de la pêche illégale, le niveau de prise réel estimé à 45 000 tonnes par an.
Pourtant le comité scientifique de la Cicta avait considéré que pour assurer la pérennité du thon rouge dans la zone est de l'Atlantique et en Méditerranée, il aurait fallu limiter les prises à 15 000 tonnes par an !

Autre exemple, celui de la morue des bancs de Terre Neuve et du Labrador dont le stock a été épuisé en seulement quarante ans de pêche industrielle !
En 1993, le gouvernement canadien a bien interdit la pêche à la morue pour préserver l'espèce mais il était trop tard !
Treize ans après le moratoire, les stocks ne se sont toujours pas reconstitués.

Le cas de l’anchois dans le Golfe de Gascogne est aussi révélateur que celui de la morue. Jusqu’à la fin des années 80 et depuis une quarantaine d’années les pêcheurs Espagnols et Français capturaient 40 000 tonnes d’anchois par an, en utilisant le filet tournant une méthode de pêche sélective. Mais dès le début des années 90, aidés par des subventions, les Français utilisèrent le chalut pélagique dont l’ouverture verticale atteint 50 mètres.
Du coup, le stock d’anchois est maintenant à la limite de l’effondrement.

L’attitude Française à propos des anchois est malheureusement un grand classique avec, d'un côté la Commission qui propose de restreindre les prises sur les stocks de poissons les plus décimés sur la base d'avis scientifiques alarmants pour la survie de certaines espèces et de l'autre, le ministre, aiguillonné par les pêcheurs qui tente d'arracher le maximum d'autorisations.

La manière dont cette affaire a été traitée par les grands médias est également un grand classique.

A écouter les radios et regarder les télévisions suite à la décision de la Commission européenne d’établir un moratoire dans la pêche aux anchois, l’impression que l’on en retire est claire :

L’Europe a encore frappé !
Des technocrates européens ont décidé d’empêcher des marins pêcheurs, des travailleurs de la mer, Français de surcroît, de pratiquer leur métier !
Ils ont brutalement condamné à l’inactivité, des flottilles entières de pêcheurs d’anchois mettant ainsi en péril l’activité de toute une région. Ils ont rejeté, sans même l’envisager sérieusement, la proposition d’un quota de pêche raisonnable avec le mépris qui caractérise ses instances supra nationales !

Même Michel Barnier pourtant européen convaincu, n’a pas pu s’empêcher de tenir un discours à la limite de la démagogie, se demandant si les motifs de ce refus étaient "seulement scientifiques" ou bien "politiques".

Ainsi, comme d’habitude, l’Europe sert de bouc émissaire !

Pourtant, en matière de sauvegarde de notre environnement, l’Europe dans beaucoup de domaines (eau, déchets, nitrates…) a du se substituer à la défaillance des Etats.

Dans le domaine des ressources maritimes, comme dans beaucoup de secteurs, les professionnels n’ont pas su s’auto-discipliner et les états n’ont pas eu le courage politique de leur imposer des contraintes trop fortes. Alors, heureusement pour nous, pour notre avenir et pour celui de nos enfants, l’Europe a pris le relais.
Respectons donc ses décisions et ne lui faisons pas porter le chapeau d’une situation dont nous sommes seuls responsables !