Le bouc (émissaire) et l'anchois
Par Nicolas le mercredi 25 juillet 2007, 21:05 - Humeur exaspérée - Lien permanent

L'affaire des anchois du Golfe de Gacogne est particulièrement significative
à la fois d’un état d’esprit et d’une manière, pour les grands médias français,
de traiter l’information.
Un état d’esprit d’abord parce que, encore une fois, l’irréductible gaulois,
seul contre tous, a tenté de faire passer ses propres intérêts à court terme
(ou du moins ceux de quelques uns) au détriment d’un intérêt beaucoup plus
général.
Le comité scientifique de la Commission européenne a estimé à 30.000 tonnes
la quantité de poissons adultes dans le stock d'anchois, soit « bien en
dessous du niveau auquel la pêche commerciale pourrait reprendre sans danger
pour le stock ».
Evidemment, la France conteste ces chiffres, estimant que le stock d'anchois
dans le Golfe de Gascogne est remonté à 35.000 tonnes et qu’en conséquence, une
« petite pêche » devrait être autorisée pour les pêcheurs
français.
La commission européenne a refusé suivant ainsi l’avis du comité
scientifique.
Disons le clairement, la Commission a bien fait !!!!
Il faut arrêter de faire dans la demi-mesure !
Il faut arrêter de céder aux pressions partisannes des uns et des autres
!
Depuis des décennies la pêche « industrielle » contribue
inexorablement à vider les mers de leurs poissons !
70 % des espèces les plus recherchées sont menacées : les sardines en
Californie, les anchois au Pérou, les morues à Terre-Neuve ou le hareng en mer
du Nord et le nombre de flétans et de thons rouges a diminué de 90 %.
Le cas du thon rouge est significatif.
Devant la baisse inquiétante du stock de thons, la Commission internationale
pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta) a établi, en Novembre
2006, de nouveaux quotas.
Sous la pression des pêcheurs industriels, les quotas sont passés seulement de
32 000 à 29 500 tonnes en 2007 puis 25 000 tonnes en 2010.
En tenant compte de la pêche illégale, le niveau de prise réel estimé à 45 000
tonnes par an.
Pourtant le comité scientifique de la Cicta avait considéré que pour assurer la
pérennité du thon rouge dans la zone est de l'Atlantique et en Méditerranée, il
aurait fallu limiter les prises à 15 000 tonnes par an !
Autre exemple, celui de la morue des bancs de Terre Neuve et du Labrador
dont le stock a été épuisé en seulement quarante ans de pêche industrielle
!
En 1993, le gouvernement canadien a bien interdit la pêche à la morue pour
préserver l'espèce mais il était trop tard !
Treize ans après le moratoire, les stocks ne se sont toujours pas
reconstitués.
Le cas de l’anchois dans le Golfe de Gascogne est aussi révélateur que celui
de la morue. Jusqu’à la fin des années 80 et depuis une quarantaine d’années
les pêcheurs Espagnols et Français capturaient 40 000 tonnes d’anchois par an,
en utilisant le filet tournant une méthode de pêche sélective. Mais dès le
début des années 90, aidés par des subventions, les Français utilisèrent le
chalut pélagique dont l’ouverture verticale atteint 50 mètres.
Du coup, le stock d’anchois est maintenant à la limite de
l’effondrement.
L’attitude Française à propos des anchois est malheureusement un grand
classique avec, d'un côté la Commission qui propose de restreindre les prises
sur les stocks de poissons les plus décimés sur la base d'avis scientifiques
alarmants pour la survie de certaines espèces et de l'autre, le ministre,
aiguillonné par les pêcheurs qui tente d'arracher le maximum
d'autorisations.
La manière dont cette affaire a été traitée par les grands médias est
également un grand classique.
A écouter les radios et regarder les télévisions suite à la décision de la
Commission européenne d’établir un moratoire dans la pêche aux anchois,
l’impression que l’on en retire est claire :
L’Europe a encore frappé !
Des technocrates européens ont décidé d’empêcher des marins pêcheurs, des
travailleurs de la mer, Français de surcroît, de pratiquer leur métier !
Ils ont brutalement condamné à l’inactivité, des flottilles entières de
pêcheurs d’anchois mettant ainsi en péril l’activité de toute une région. Ils
ont rejeté, sans même l’envisager sérieusement, la proposition d’un quota de
pêche raisonnable avec le mépris qui caractérise ses instances supra nationales
!
Même Michel Barnier pourtant européen convaincu, n’a pas pu s’empêcher de
tenir un discours à la limite de la démagogie, se demandant si les motifs de ce
refus étaient "seulement scientifiques" ou bien "politiques".
Ainsi, comme d’habitude, l’Europe sert de bouc émissaire !
Pourtant, en matière de sauvegarde de notre environnement, l’Europe dans
beaucoup de domaines (eau, déchets, nitrates…) a du se substituer à la
défaillance des Etats.
Dans le domaine des ressources maritimes, comme dans beaucoup de secteurs,
les professionnels n’ont pas su s’auto-discipliner et les états n’ont pas eu le
courage politique de leur imposer des contraintes trop fortes. Alors,
heureusement pour nous, pour notre avenir et pour celui de nos enfants,
l’Europe a pris le relais.
Respectons donc ses décisions et ne lui faisons pas porter le chapeau d’une
situation dont nous sommes seuls responsables !