Comme, dans la foulée, notre hyper président devait se rendre aux Etats-Unis, il a laissé le soin à Michel Barnier de poursuivre les négociations.

Or, qu’apprend-t-on le lendemain, eh bien tout simplement que les pécheurs ont obtenu ce qu’ils demandaient (en plus du reste) c'est-à-dire un gasoil garanti à 30 centimes du litre.

Certes, on ne peut que se réjouir qu’une aide soit apportée aux marins pêcheurs qui font un rude métier certainement pas rémunéré à sa juste valeur, mais derrière ces beaux sentiments il parait nécessaire de se poser des questions sur l’opportunité de telles mesures et sur la manière dont l’affaire a été traitée.

Voilà une profession qui nous dit : avec un gasoil à 53 centimes le litre nous ne pouvons plus vivre de notre métier !

Et la réponse, quasi immédiate est : qu’à cela ne tienne, dorénavant et jusqu’à la fin de vos jours vous ne payerez le gasoil que 30 centimes le litre et de plus vous ne payerez plus de charges sociales ni salariales ni patronales !

Et voilà !...le problème est réglé !…clic clac Kodak c’est dans la boite !...et maintenant on attend les prochains qui vont se manifester.

Cette manière de traiter un problème est révélatrice d’un mode de fonctionnement qui privilégie le court terme et l’impact politique immédiat !

Pourtant cette mesure est à la fois une aberration économique, une aberration écologique et une aberration politique.

Une aberration économique puisqu’on s’engage à assurer un cout du litre de gasoil à 30 centimes sans savoir comment va évoluer le prix du pétrole ou plus exactement sans savoir jusqu’où et à quelle vitesse il va augmenter !

Une aberration écologique puisque même si elle s’accompagne d’une aide à l’achat de moteurs moins consommateurs en carburant, on peut craindre qu’un gasoil à 30 centimes n'incite pas vraiment les marins pêcheurs à investir.

Cette mesure est en totale contradiction avec les résolutions du Grenelle de l’environnement visant à alourdir le cout de la consommation d’énergie afin d’inciter les consommateurs à l’économiser.

Une aberration politique puisque c’est ouvrir la boite de Pandore. Déjà les agriculteurs sont en passe d’obtenir une baisse de la TIPP et parions que rapidement viendront s’engouffrer dans la brèche toutes les professions qui subissent l’augmentation du prix du pétrole sans pouvoir la répercuter facilement. On peut citer en vrac, outre les agriculteurs, les transporteurs routiers, les ambulanciers, les taxis etc.

Quand à l’exonération de charges sociales, elle pose le même problème en créant également un précédent. Elle consiste à créer de nouveaux « régimes spéciaux » à un moment ou le gouvernement prône l’équité des situations.

La réaction de la CNAV me parait à ce propos fort pertinente : son conseil d’administration estime en effet que « les cotisations sociales ne doivent pas servir de variable d'ajustement au règlement des conflits sociaux ou des difficultés économiques rencontrées par certaines entreprises ou professions » et rappelle que « ces régimes, dans leur ensemble, constituent à travers les prestations qu'ils servent, des éléments fondamentaux dans la cohésion et la solidarité nationale et sont des vecteurs essentiels du développement économique de notre pays ».

Enfin, la CNAV constate par ailleurs « qu'aucune garantie de compensation, au profit des régimes de protection sociale, des exonérations annoncées n'est à ce jour apportée par l'Etat ». En clair cette mesure n’est pas financée.

On pensait pourtant (on espérait) ce genre de procédé révolu !

On pensait qu’avec Super-Sarko, on allait voir ce qu’on allait voir c'est-à-dire qu’il ne serait plus question de céder à tous ceux qui réclament, fini les faiblesses coupables qui consistent à faire des cadeaux pour avoir la paix, souvent au détriment de la collectivité et sans traiter le problème de fond !

Car dans le cas des marins-pêcheurs, le problème de fond n’est pas résolu puisque, manifestement, telle qu’elle est organisée, cette profession ne peut pas subsister sans aides importantes de l’Etat.

Sans même se poser la question de la position de l’Europe sur ce sujet, cette situation ne peut pas être viable à long terme.

En début d’année, donc sous une autre ère, j’écrivais déjà ceci ici : « A une époque ou la collectivité est endettée jusqu’au cou, alors que les besoins sont importants, une des difficultés de gouverner réside dans la gestion des priorités !

Or, ce n’est pas gérer les priorités que de les attribuer en fonction de la place que prend une personne ou un évènement dans les journaux télévisés ! Outre que cela laisse l’impression que toute demande peut être satisfaite pour peu qu’on lui fasse un peu de publicité tapageuse, cela permet rarement de résoudre le fond d’un problème.

Plus grave, c’est laisser croire qu’à tout type de problème il y a une réponse simple qui consiste essentiellement à attribuer des financements supplémentaires ! ».

Je constate que rien n’a changé et que faire vite est souvent contradictoire avec faire bien.

A vouloir faire tout très vite je crains que notre speedy-président ne fasse rien très bien !