La manière d’aborder ce qui est un réel problème, en laissant croire qu’il peut être réglé à court ou moyen terme à coup de 2 ou 3 mesures appropriées, ne peut que provoquer une énorme frustration.

Cette question du pouvoir d’achat me semble basée sur un énorme malentendu largement entretenu autant par Nicolas Sarkozy lui-même que par ses opposants.

Super Sarko en se présentant, pendant la campagne, comme le futur Président du pouvoir d’achat, a fait une erreur importante.

Tout d’abord, il a lourdement insisté sur ce sujet, répétant inlassablement que le pouvoir d’achat des français avait baissé.

Dans son programme, à la rubrique « pouvoir d’achat » on pouvait lire :

« Depuis des années, on vous dit que votre pouvoir d’achat augmente. C’est faux. Avec l’euro qui a fait augmenter les prix, les 35 heures qui ont gelé les salaires, le cout du logement qui a explosé et nos impôts qui sont parmi les plus élevés au monde, le pouvoir d’achat baisse en France. »

Accablant au passage l'Euro et les Socialistes à peu de frais, Nicolas Sarkozy a ainsi contribué à amplifier, à l’excès, un sentiment probablement déjà bien présent mais qu’il a exacerbé et qui s’est ensuite auto-entretenu.

On comprend bien les raisons de ce discours destiné à mettre en valeur ses solutions et en conséquence sa candidature.
Le problème c’est que, de ses solutions, les français n’ont retenu qu’une idée générale qui se résumait en un slogan « travailler plus pour gagner plus » et une impression générale qui est que Super Sarko allait par la force de sa volonté permettre aux salaires d’augmenter, aux prix de baisser et aux taxes de s’effondrer.

Nicolas Sarkozy a ainsi laissé croire que son volontarisme allait permettre de trouver des solutions quasi-immédiates.

Or, si on reprend les propositions de son programme de campagne, qu’y trouve-t-on ?

« Les salaires sont trop bas dans notre pays. Je demanderai aux entreprises de faire un effort sur les salaires car l’État fait lui-même un effort sur les allégements de charges… » :

Super-Sarko surestime la taille de son bâton c’est à dire de son pouvoir de persuasion et/ou de pression auprès des entreprises privées et la taille de sa carotte puisqu’il n’a pas les moyens de faire des cadeaux fiscaux incitatifs.

Notons, de plus, qu’il ne parle pas du traitement des fonctionnaires.

Certes il y a la défiscalisation des heures supplémentaires, mais les conditions sont tellement contraignantes que très peu d’entreprises s’y sont essayées. De toute façon, même à supposer que leur mise en œuvre soit simplifiée, elles ne concerneront pas une partie importante des salariés (cadres, salariés des entreprises dont l’activité ne se prête pas aux heures sup, fonctionnaires…).

« Dès le mois de juin, je réunirai une conférence avec les partenaires sociaux afin que l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes soit totale d’ici 2010. » :

Mouai ! C’est un peu la tarte à la crème et on peut faire exactement la même remarque que sur le point précédent. Comment faire changer les habitudes dans les entreprises ? En faisant de la discrimination positive ?

« Je n’augmenterai pas les impôts, mais au contraire ferai tout pour les baisser… » :

Compte tenu de l’état des finances du pays, on n’est pas près de voir les impôts diminuer significativement. D’autant plus, qu’en la matière des mesures discutables ont déjà été prises comme l’allégement de l’impôt sur les successions ou le bouclier fiscal.
Quand à la baisse de la TIPP demandée par les Socialistes, elle est en totale contradiction d’une part avec la nécessité de désendetter la France et d’autre part avec les conclusions du Grenelle de l’environnement pourtant saluées unanimement.

« J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Ces mesures seront financées grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite. » :

Ça c’est très drôle !

Comme c’est parti, la réforme des régimes spéciaux va couter plus cher qu’elle ne va permettre d’économiser….le minimum vieillesse n’est pas près de voir ses + 25 % !!

De toute façon vous remarquerez que l’on n’en a plus entendu parler de cette contrepartie à la suppression des régimes spéciaux !!

« Je veux mener des politiques sociales ambitieuses, lutter contre la pauvreté, notamment celle des enfants, investir dans les équipements et les services publics. Mais tout cela ne sera possible que si, d’abord, nous créons plus de richesses marchandes. Voilà pourquoi je veux vous dire la vérité: nous devons collectivement enrichir notre économie et travailler davantage. :

Ca c’est intéressant, cela signifie qu’avant toute chose il faut créer de la richesse, dit autrement qu’il faut faire de la croissance !

Or, la croissance ça ne se décrète pas et ça ne s’improvise pas du jour au lendemain !

Faire de la croissance en France, suppose d’une part un contexte favorable, ce qui n’est pas vraiment le cas et d’autre part d’avoir réalisé des réformes qui permettent d’en bénéficier pleinement de ce contexte favorable.

Or tout cela ça prend du temps d’autant que chaque tentative de réforme est contestée (voir la réforme sur les universités).

En attendant que peut faire Super Sarko ?
Que peut faire Super Sarko face à un baril de pétrole qui atteint quasiment les 100$ ?
Que peut faire Sarko face à la pénurie de logements sociaux qui contribue à des prix de l’immobilier et des loyers extrêmement élevés ?
Que peut faire Super Sarko face à la hausse du prix du lait du fait d’une demande mondiale en pleine explosion ?
Que peut faire Super Sarko face à des prix de fruits et légumes en hausse du fait de mauvaises récoltes dues à des intempéries ?
Que peut faire Super Sarko pour le salaire des fonctionnaires puisqu’il n’y plus de sous dans les caisses ?
Que peut faire Super Sarko pour le niveau des retraites puisque le régime des retraites est déjà fortement déficitaire et que ce n’est pas près de s’arranger du fait de l’évolution de la pyramide des âges ?

Que peut faire super Sarko ? Mais que peut-il bien faire ?

Réponse : rien ! ou du moins rien qui ait un effet immédiat !

En fait, Super Sarko est victime de son propre discours, il ne pourra pas répondre aux attentes des français sur ce point et sa cote d’amour devrait en pâtir.
Son erreur est d’avoir laisser croire que le pouvoir d’achat pouvait se traiter sans, au préalable, avoir réglé tout le reste !

Or cela n’a pas de sens, le pouvoir d’achat est une résultante d’une économie qui crée de la richesse.

Il faut le dire et le faire comprendre au lieu de suggérer que cela ne dépend que de quelques décisions politiques, au lieu de donner de faux espoirs et d’entretenir un sentiment de frustration qui ne pourra qu’aller en s’amplifiant.
Aujourd’hui tout le monde participe à cette vaste escroquerie intellectuelle, les médias, l’opposition et Super Sarko qui a joué à l'illusionniste pendant sa campagne.
Le sujet du pouvoir d'achat tel qu'on l'entend à longueur de journées, est bâti sur des illusions propagées par certains, à droite comme à gauche, et sur la naïveté de beaucoup d'autres !

Ps : je viens d'entendre Super-Sarko sur le sujet, il ne dit pas autre chose que ce que je viens d'écrire mais n'est ce pas trop tard ! Je parie que dès demain les quidams interrogés dans la rue seront unanimes pour affirmer leur déception !