Prix de la bouse de vaches

Même si ça n’a rien d’original au vue des innombrables commentaires qui ont accompagnés la visite du Colonel en France, ce palmarès ne pouvait pas passer à coté de cet évènement et des réactions qu’il a provoquées auprès de son Jury.

Les réactions en question n’ayant pas été particulièrement positives, la visite du Colonel Kadhafi vaut à son hôte, Nicolas Sarkozy, le prix de la bouse de vache.

En l’occurrence, la critique ne porte pas sur la visite elle-même, mais sur ses modalités et sur l’attitude de Nicolas Sarkozy face à son invité.

Tout d’abord, il apparait clairement que cette visite et tout le décorum qui l’a entourée, constituent une des contreparties à la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien. Cela n’a probablement pas été formalisé ou même clairement exprimé, mais la manière dont Sarkozy justifie son attitude vis-à-vis de Kadhafi en répétant : voyez c’est un homme respectable car il a fait libérer les infirmières bulgares, le montre très bien.

Sur ce point, je ne reviendrai pas sur ce qui a déjà été maints fois écrits et que j’ai déjà dit, mais remercier Kadhafi d’avoir libéré des personnes injustement accusées, après les avoir fait torturer et détenues pendant 8 ans dans des conditions déplorables, me semble pour le moins inapproprié…pour le moins !

Cela dit, même si on accepte de mettre cet élément de coté, une visite officielle du Colonel Kadhafi en France trouve un certain nombre de justifications et notamment celle qui est mise en avant par le Président Sarkozy et ses ministres.

Effectivement, accueillir un ancien terroriste repentis, qui semble dorénavant coopérer avec les démocraties pour lutter contre ceux qu’il soutenait il y a encore peu de temps et qui, de surcroit, a officiellement renoncé aux « armes de destruction massives », peut être considéré comme une sorte d’encouragement à continuer dans cette voie.

Surtout si l’ex-terroriste en question se dit près à dépenser quelques milliards d’euros dans nos boutiques de haute technologie.

Mais, fallait-il le faire de cette manière ?

Fallait-il déjà, lors de la conférence de Lisbonne, aller, ostensiblement, saluer « chaleureusement » le Colonel Kadhafi devant tous ses partenaires européens probablement quelques peu surpris sinon désapprobateurs ?

Fallait-il dérouler les tapis rouge, faire péter la garde républicaine et mobiliser toute les ors de la république pour accueillir en grandes pompes le Colonel ?

Parce que ce Colonel, même si on accepte de faire fi de son passé ‘contestable » reste indéniablement un dictateur au sens donné à ce mot par tout bon dictionnaire : « Homme politique qui exerce un pouvoir absolu, sans aucun contrôle » ou « Chef investi, temporairement ou à perpétuité, d'une autorité souveraine et absolue et de tous les pouvoirs politiques » !

Et lorsqu’on écoute le conseiller de l'Élysée, Jean-David Lévitte nous dire avec la fausse candeur d’un diplomate chevronné : « Il n'y a aucune raison de ne pas recevoir à Paris un chef de l'État qui a renoncé aux armes de destruction massive, au terrorisme, et qui, sur le plan des droits de l'Homme, a certes un long chemin à parcourir mais qui a la volonté de parcourir ce chemin ».

On se dit que dans cette phrase il ya une affirmation incontestable « qui, sur le plan des droits de l'Homme, (…) a un long chemin à parcourir… » et une supposition tout à fait discutable : « … qui a la volonté de parcourir ce chemin. » !

D’autant plus que l’invité de notre Président n’a rien fait pour confirmer ce point, mais alors vraiment rien du tout !!!!

A Lisbonne, il a expliqué que les grandes puissances violent souvent le droit international, et il en a déduit que cela pouvait légitimer le recours au terrorisme de la part des plus faibles.

Lors de son discours à l’UNESCO il se permet même de donner des leçons de démocratie aux occidentaux : "Les Européens font de la surenchère sur les droits de l'homme et nous interrogent sur le respect des droits de l'Homme dans nos pays. Les étrangers sont maltraités en Europe, et eux nous demandent de respecter les droits de l'Homme" ou encore : « Nous, Africains, avons été réduits en esclavage et déplacés comme du bétail. Après tout cela, nous sommes envoyés dans des banlieues et nos droits sont violés par la police »….sympa pour l’ex-ministre de l’intérieur qui le reçoit si généreusement !

Le Colonel applique ainsi une vieille tactique que l’on trouve dans le manuel du « parfait petit dictateur » qui consiste à combiner 3 vieux préceptes : une bonne proportion de « la meilleure défense c’est l’attaque » avec un gros tiers de « plus c’est gros mieux ça passe » et surtout une grosse moitié de « je peux dire n’importe quoi, de toute façon les démocrates donneurs de leçons n’oseront pas me contredire, ils ont trop besoin (envie) de mon argent » !

Devant cette attitude, on était en droit d’attendre de la part de Nicolas Sarkozy qu’il fasse un tant soit peu illusion, qu’il dise clairement et officiellement ce qu’il pense de tels propos et de l’attitude de son invité qui profite de sa venue en France pour parader, faire de la provocation et tenir des discours inacceptables. On attendait de Nicolas Sarkozy qu’il fasse preuve de fermeté reconnaissant les avancées réelles ou supposées de Kadhafi mais rappelant quelques principes fondamentaux auxquels la France est censée être attachée en matière de démocratie et de droits de l’homme.

Au lieu de cela, Nicolas Sarkozy a probablement essayé, comme il le dit, de caser les droits de l’homme entre 2 discussions d’affaires, mais on ne peut pas dire que l’effet sur le « guide de la révolution » ait été spectaculaire, puisque celui-ci s’est empressé de démentir, à la télévision, toute allusion au sujet.

On imagine assez bien pourquoi Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment insisté, d’ailleurs il le dit lui-même et on pourrait le résumer ainsi : il ya 10 milliards d’euro de contrats à la clé, je préfère m’écraser plutôt que risquer de les laisser passer !...c’est la vérification de la leçon 3 du manuel du « parfait petit dictateur » déjà évoquée plus haut.

Il semble que Nicolas Sarkozy ait été pris à son propre jeu, qu’il n’a pas correctement évalué le caractère incontrôlable de Kadhafi.

Le chantage aux contrats a parfaitement fonctionné, et au petit jeu de « je te tiens par la barbichette » Kadhafi est le plus fort !

Il est même possible que le Colonel soit encore plus fort qu’on ne le croit puisqu’il n’est pas certain que son brevet de respectabilité lui coute les 10 milliards d’euros annoncés.

En effet, parmi les contrats censés totaliser les 10 milliards, beaucoup n’en sont qu’au stade de la négociation et bien entendu à un prix on ne peut plus incertain.

D’autres étaient déjà quasi-signés comme l'achat des 21 Airbus, annoncé lundi 11 décembre, qui n’est que la confirmation de deux protocoles d'accord signés six mois auparavant au Salon du Bourget.

Quand au nucléaire, un porte-parole d’AREVA explique : "Sur le dossier nucléaire, on est dans le temps des politiques. Le temps des industriels viendra après. La vente d'un réacteur nucléaire, a fortiori d'un EPR de troisième génération (3 milliards d'euros), n'est pas pour demain, d'autant que l'intérêt, pour la Libye, d'avoir une centrale aussi puissante (1600 mégawatts), n'est pas avéré.

Sachant tout cela, et maintenant que l’invité encombrant est parti, il est révélateur de reprendre les différents propos de Rama Yade.

Après avoir exprimé un violent « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits … » la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme nous gratifie d’une superbe volte face en nous assénant « C’est par le dialogue que nous souhaitons que la situation des droits de l’homme en Libye s’améliore » (...), « C’est cela la nouvelle politique étrangère de notre pays, fermeté sur les principes, défense de nos intérêts (...) et dialogue avec tout le monde » (...), « Nicolas Sarkozy est le premier président à ériger la diplomatie des valeurs au premier plan … ».

Et bien, dans cette histoire, on a vraiment l’impression que la nouvelle politique étrangère de notre pays c’est surtout la défense de nos intérêts et le dialogue avec tout le monde et que « la fermeté sur les principes » c’est quand on a le temps !

Et si c’est cela que Rama Yade et Nicolas Sarkozy entendent par « ériger la diplomatie des valeurs au premier plan » et bien je me demande bien ce que ça aurait été si la « diplomatie des valeurs » n’avait pas été mise au premier plan ….peut être que nous aurions offerts nos Rafales gratos à Kadhafi pour le remercier d’avoir bien voulu nous rendre visite !

Prix de la vache d’or

Le Jury a particulièrement apprécié, cette semaine, la décision de l’Etat du New Jersey d’abolir la peine de mort.

C’est le premier Etat américain à le faire depuis que la Cour suprême a rétabli la peine capitale, en 1976.

Le New Jersey devient ainsi le 14e Etat où la peine capitale est abolie.

Il succède à l’Iowa (centre) et à la Virginie de l’ouest (est des Etats-Unis) qui sont les derniers Etats à avoir voté l’abolition de la peine de mort en …1965.

Pourtant, la décision de la chambre est courageuse car 78% des électeurs du New Jersey étaient favorables au maintien de la peine de mort pour les tueurs en série ou les assassins d’enfants, alors que pour les autres meurtriers, 52% penchaient pour la réclusion à perpétuité sans possibilité de liberté conditionnelle.

Evidemment, les débats ont été très animés entre adversaires et partisans de la peine de mort avec, globalement les Démocrates d’un coté et les Républicains de l’autre.

Une députée républicaine, Marcia Karrow, a même longuement évoqué «les monstres qui ont assassiné mes électeurs».

Prix de la Vache qui rigole

Cette semaine, la vache a, encore une fois, bien ricanée en lisant les propos d’un représentant du Nouveau Centre, qui je le rappelle pour ceux qui ne connaitraient pas, est le regroupement des ex-UDF qui se sont inféodés à l’UMP et à Nicolas Sarkozy en échange d’un siège de député ou d’un maroquin.

Ce week-end, André Santini, a livré lors de son premier conseil national, sa propre définition du Nouveau Centre (NC): «Nous ne sommes pas le centre à droite. Nous sommes le centre adroit. Si François Bayrou est au centre de nulle part, nous sommes au centre de l’action», a-t-il expliqué pour justifier le ralliement de ces ex-UDF à la candidature de Nicolas Sarkozy entre les deux tours de la présidentielle.

De plus en plus pitoyable ce Nouveau Centre mais au moins les lire ou les écouter est toujours hilarant et les occasions de s’amuser ne sont pas si fréquentes après tout, comme quoi pour ceux qui en douteraient, ils ne sont pas totalement inutiles dans le paysage politique !

Dans un autre genre, la Vache s’est également amusée de cette information lue dans Liberation.fr du 14 décembre : « Il ya deux jours, l'Iran annonçait le projet d'une voiture islamique et voilà qu'aujourd'hui la compagnie de téléphonie mobile sud-africaine MTN vient lance une série de «sonneries islamiques» au Nigeria, un pays qui compte environ 70 millions de musulmans.

«Allez-y. Exprimez votre foi», écrit MTN dans une pleine page de publicité pour ses «mélodies islamiques» publiée dans des journaux.

Moyennant 200 naira (1,7 dollar ou 1,16 euro), les fidèles abonnés pourront télécharger des thèmes psalmodiés tels que «la protection d’Allah», «l’exaltation d’Allah», ou encore «la prière contre les ennemis», «la prière contre la pauvreté», «la prière du guide» et «la prière de l’humilité».

Mais dans un bel oecuménisme commercial, notamment du fait que cette année les grandes fêtes chrétiennes et musulmanes tombent à peu près à la même période, MTN propose aussi sur son site internet quelques thèmes chrétiens remixés disco, sous la rubrique «Xmas» (Noël), notamment les inusables «Feliz navidad» et «Douce nuit, sainte nuit».

Précisons que la Vache rigole tant que ces sonneries restent cantonnées au Nigéria, parce que les sonneries de portables à un niveau sonore spécial sourds/dingues n’ importe où et n’importe quand, c’est déjà pénible avec le dernier tube de Jennifer mais avec «la prière contre les ennemis» ou «Douce nuit, sainte nuit» ça deviendrait insupportable !