Oui mais non mais oui....mais non !
Par Nicolas le mercredi 9 janvier 2008, 20:43 - Humeur politique - Lien permanent

C’est peu dire que le Parti Socialiste patauge dans la semoule !
Après un premier épisode au cours duquel le PS s’est prononcé pour le traité
de Lisbonne mais sans se prononcer sur le mode de ratification et tout en
laissant toute liberté à ses membres en la matière de voter et de s’exprimer
comme ils le veulent, voilà le second épisode par le bais d’une déclaration de
Jean-Marc Ayrault Président du groupe Socialiste à l’Assemblée.
« Pour marquer notre refus d’une procédure qui n’est pas conforme à
notre conception de la démocratie, nous n’irons pas au Congrès à Versailles
pour la révision de la Constitution préalable à la ratification. Mais, après,
au moment de la ratification nous prendrons la responsabilité d’Européens que
nous sommes.» (C’est-à-dire de voter la ratification).
Ce qui signifie, pour ceux qui auraient du mal à suivre (mais rassurez vous
c’est normal) que le Parti Socialiste est pour une ratification par référendum
mais qu’il ne va pas s’opposer à la révision de la constitution qui doit
permettre la ratification par voix parlementaire.
Comme d’habitude, la position du PS ou du moins de Jean-Marc Ayrault
(puisque chacun sait que personne ne peut parler au nom du PS) manque
singulièrement de courage et de cohérence.
Cependant, il faut admettre que cette histoire de traité européen n’est pas
facile à gérer du fait que, comme les lessives ou les shampoings, nous sommes
confrontés à du 2 en 1.
Il se pose effectivement 2 questions au parti Socialiste comme aux autres
:
La première: dit-on « oui » ou « non » au traité de
Lisbonne!
La seconde : dit-on « oui » ou « non » au mode de
ratification par voix parlementaire !
Ces 2 questions sont distinctes mais très liées et il y a des combinatoires
plus prisées que d’autres.
Les réponses « oui » – « oui » ou « non » –
« non » ne posent pas de problème.
Par contre les « oui » – « non » et à plus forte raison
« non » - « oui » semblent beaucoup moins courues.
Pour compliquer le tout, il y a des passerelles entre les cases ou devrais-je
dire des souterrains qui permettent de passer discrètement de l’une à
l’autre.
Commencons par les tenants du "non"...au traité.
Ils sont unanimes à réclamer un référendum non pas par soucis de démocratie
mais plutôt avec l’espoir que les français réitèreront leur « non »
de 2005 et surtout parce que le débat qui aurait lieu à cette occasion serait
pour eux une des rares occasions de montrer qu’ils existent politiquement
!
Un référendum serait du pain béni pour tous ceux qui ont fait leur fond de
commerce d'un "non" à une europe politique forte.
Tous ceux-là sont clairement et définitivement installés dans la case
« non »-« non » !
Pour ces même raisons et du fait du rapport de force actuel aux assemblées,
la case « non »-« oui » est destinée à rester désespérément vide
.
Du coté des partisans du « oui » au traité, c’est le raisonnement
inverse.
Coté majorité et à la suite du patron Sarkozy, on affiche clairement son
choix de l'option "oui" - oui". Après l'épisode 2005, on se méfie comme de la
peste du référendum et on le dit.
Ce qui n'est pas le cas des Socialistes favorables au traité, qui eux
clament leur volonté d'un référendum .
On peut penser, qu'effectivement, Ils préfèreraient le référendum mais eux
aussi ont été échaudés par celui de 2005, d'ou leur position en apparence
incohérente.
Ils craignent, comme en 2005, de ne pas avoir le courage politique suffisant
ou la force de conviction nécessaire pour convaincre les français (du moins
ceux qui les écoutent) de voter « oui » et de laisser ainsi les
anti-européens s’exprimer sans contradiction sérieuse.
De plus ils ne tiennent pas à fournir une tribune aux Fabius et autres
Mélenchon.
Du coup, ils adoptent une position bâtarde qui consiste à proclamer qu’ils
sont pour une ratification par voix référendaire tout en faisant en sorte qu’il
n’y ait pas de référendum (cf.la déclaration de Jean-Marc Ayrault citée plus
haut).
Ceux là s’affichent dans la case « oui »-« non » mais rejoignent
subrepticement la case « oui »-« oui » (par le fameux souterrain
évoqué plus haut).
Du fait de cette défection massive, la case « oui »-« non »
s’est bien vidée et on ne devrait plus y trouver grand monde sinon François
Bayrou s’il confirme ses promesses de campagne :
« Je prends devant vous l’engagement - qui est au contraire du choix de
mes concurrents - qu’aucun texte ne sera adopté par la France qui ne le soit
aussi par les Français. Ce qu’un référendum a décidé s’impose tant qu’un autre
référendum n’est pas intervenu. »
A-t-il dit !
Au-delà du traité européen, le peu de fréquentation de cette case devrait
nous amener à nous poser des questions sur le fonctionnement de notre système
politique et notamment sur la place que l’on veut donner au support de
démocratie directe que constitue le référendum
Cette case quasi vide révèle, à l’évidence, une peur du référendum largement
motivée par le résultat du dernier en date. Les quelques expériences passées
ont montrées que manier le référendum était un art difficile.
J’y vois essentiellement 3 difficultés pour les politiques et accessoirement
les médias :
- Savoir ne pas s’écarter de la question posée ni pousser les électeurs à
répondre à une autre question que celle qui est posée. Les partis politiques
doivent arrêter de considérer le référendum comme un plébiscite pour un homme
ou un parti. Le référendum doit être un des moyens, pour le citoyen, de
s’exprimer sur un sujet ! il y a des élections pour s’exprimer sur le
bilan des responsables politique !!!
- Savoir tenir un discours pédagogue sur des sujets complexes c'est-à-dire
qui soit compréhensible pour la majorité des français sans être simpliste. Il
est important de savoir aller au-delà des slogans et des affirmations
péremptoires car à ce jeu là les populistes et démagos de tous poils seront
toujours les plus forts.
- Enfin, avoir le courage politique d’affirmer ses convictions même si les
sondages du moment semblent indiquer que ce n’est pas l’avis de la majorité des
électeurs.
En tout état de cause, pour les partisans d’un « oui », il sera
toujours plus facile de faire voter ses députés que de convaincre la population
interrogée par référendum.
Tant que les hommes/femmes politiques ne seront pas convaincus de la
nécessité de ces pré-requis, je crains que la case « oui
»-« non » ne soit jamais beaucoup fréquentée ce qui est bien dommage
!
