Et elle continue sa formidable intervention par un magnifique cocorico : « Le taux de l'inflation en France est "hélas" supérieur à 2% pour 2007 alors que nous avancions à un rythme de 1,6% mais "même avec ce chiffre-là nous sommes plutôt mieux que la moyenne de nos partenaires européens ».

Bien, bien, bien ….et ? …….et voilà, et maintenant démerdez vous !!!

J’aurais tendance à dire que c’est un peu court.
Ce que dit madame Lagarde n’est pas obligatoirement faux (même si en cas de récession mondiale, le prix du pétrole peut légèrement baisser sur 2008) mais (très) insuffisant.

Lorsque les Français se plaignent du prix de l’énergie qui pèse sur leur pouvoir d’achat, aller suggérer de prendre un peu plus souvent son vélo et de comparer les prix à la pompe, n’est pas digne d’un Ministre de l’Economie et des Finances.

Il faut aller plus loin, indiquer comment on va faire face à cette contrainte, comment on va faciliter l’adaptation du pays à la hausse du coût de l’énergie et comment on va aider, par des mesures intelligentes, les plus démunis à passer la phase de transition.

De même, que Madame Lagarde nous prévienne que l’inflation sera plus forte en 2008 qu’en 2007, pourquoi pas, mais cette information n’a que peu d’intérêt si elle n’est pas accompagnée d’une explication pertinente. Et on ne peut pas considérer comme pertinent un commentaire qui se contente de nous dire ce que tout le monde sait c’est à dire que le prix du pétrole et de certaines matières premières risque d'augmenter en 2008.

Et enfin, annoncer fièrement qu’en 2007, la France a eu un taux d’inflation inférieur à la moyenne de ses voisins constitue un sommet en matière d’information inutile si elle n’est pas commentée. Ce commentaire aurait pu consister à nous expliquer notamment pourquoi le taux d’inflation a été plus faible en France ? Quel est l’intérêt pour la France et les français d’avoir un taux d’inflation de quelques dixièmes de pourcent inférieur à celui de nos voisins ?...

En bref, Madame Lagarde aurait pu faire un peu de pédagogie en indiquant clairement quelles seront les conséquences d’une hausse de l’inflation sur l’économie et sur le budget du pays, ça n’aurait pas été du luxe et il me semble que cela fait partie du rôle d’un Ministre de l’Economie et des Finances !

Mais la pédagogie n’est décidemment pas le fort de nos hommes/femmes politiques, ni à droite ni à gauche !

La réaction du Parti Socialiste est à la hauteur de l’annonce.

«Nous avons un gouvernement passif qui commente l'inflation plus qu'il ne la combat», a déclaré Bruno Le Roux.

Qu’est ce que ça veut dire ? …qu’est ce que devrait faire le gouvernement pour limiter l’inflation ? Empêcher les chinois de boire du lait, envahir le Koweit pour leur piquer leurs réserves de pétrole ou interdire aux entreprises d’augmenter les salaires de leurs employés ?...ça, Bruno Leroux ne le dit pas ! Pourtant cela aurait rendu sa réaction intéressante, alors que là ...!

Et Bruno Le Roux d’insister : «les Français se rendent compte que les perspectives pour 2008 sont très dures» avec «un pouvoir d'achat en baisse pour tous» et l'instauration des franchises médicales.

Dans cette phrase extraordinaire de perversité on entretien délibérément la confusion en réunissant 2 sujets qui n’ont pourtant que peu de rapport : la hausse du pétrole et les franchises médicales réunies par le Gouvernement pour faire baisser le pouvoir d’achat des français !

Ces discours simplistes ont des objectifs uniquement politiques :

D’un coté le seul but de l’annonce est de bien faire comprendre que ce sont des éléments purement exogènes qui expliquent la montée de l’inflation et de l’autre on veut montrer que le Gouvernement avec les mesures qu’il prend (franchise médicale) ou qu’il ne prend pas (baisse de la TIPP) contribue volontairement à la baisse du pouvoir d’achat des Français.

Madame Lagarde et Monsieur Le Roux ne cherchent qu’à faire passer une idée simple, facile à retenir et à l’impact politique immédiat.

Dans le même ordre d’idée, une phrase de Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de Presse n’a, malheureusement, pas eu le succès qu’elle aurait mérité :

"S'agissant du pouvoir d'achat, qu'est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ? Qu'il faut que je donne des ordres à des entreprises à qui je n'ai pas à donner d'ordres ».

La encore, ce qui est dit est vrai, mais pourquoi a t’il eu besoin de balancer une telle évidence sinon parce qu’on a laissé croire l’inverse et lui le premier (voir à ce sujet un précédent article) !

Le discours politique ou du moins le discours des politiques est d’une pauvreté affligeante.

Lorsqu’il s’agit de discourir avec emphase, sur des grands concepts, des beaux principes ou des bons sentiments, il n’y a pas de problème, les hommes politiques sont extrêmement prolixes ; mais pour expliquer les causes et les effets de l’inflation, les contraintes qu’imposent la mondialisation, l’intérêt d’une Europe forte, les conditions d’une hausse du pouvoir d’achat, les raisons de la crise du logement, les interactions entre inflation et pouvoir d’achat, entre pouvoir d’achat et commerce extérieur ou les conséquences d’un endettement excessif il n’y a plus grand monde !

Pour certains, cette pauvreté du discours est tout à fait volontaire et obéit aux règles de la communication politique qui impose un message simple, facile à retenir et présenté comme une évidence a des citoyens par essence incultes et simplets.

D’autres n’ont pas besoin de se forcer, car pour eux, elle est quasi naturelle tant l’idéologie voire le dogmatisme guide leur pensée et leurs propos. Pour ceux-là, l’économie doit se plier aux exigences de l’idéologie au point d’en nier la réalité et ses règles élémentaire.

Dans les 2 cas, le résultat est le même, on assène aux citoyens des affirmations péremptoires généralement totalement à l’opposé de celles de ses opposants, sans leur donner les clés pour en juger la pertinence !
On laisse croire que tout est simple, que tout est évident et que tout est politique en occultant toute incertitude, contrainte et interaction entre les sujets !

Il ne faut pas s’étonner ensuite du succès que connaissent les populistes et les baratineurs de tous bords avec leur langage simple, carré et bourré d’évidences. Il ne faut pas s’étonner non plus de la réticence des français face à toutes les réformes qui leurs sont soumises puisqu’on ne leur donne pas les moyens d’en appréhender les tenants et les aboutissants !

Mais une telle démarche pédagogique et explicative n’est pas facile à mettre en œuvre. Elle ne l’est ni pour les politiques pour lesquels savoir rime trop souvent avec pouvoir, ni pour les citoyens dont les réactions sont plus souvent dictées par les tripes que par la tête, ni pour les médias qui considèreront toujours plus vendeur une petite phrase sortie de son contexte qu’un long discours qui explique le dit contexte.

On n’est pas prêt d’en finir avec ces « voilà, et maintenant démerdez vous » !