Prix de la bouse de vache

Le prix est remis à tous ces gens, et ils sont nombreux, qui commentent l’affaire de la Société Générale à coup de phrases lapidaires sur le caractère incontrôlable et dangereux d’un système financier qui ne serait qu’un énorme casino mondial qui ne servirait qu’à enrichir les banques et quelques financiers à l’activité douteuse puisque méconnue !

On trouve parmi eux moult politiques, journalistes ainsi qu’une tripotée de pseudo-experts qui en savent autant sur les « dérivés » que moi sur les carburateurs et pour lesquels le mode de fonctionnement d’un back-office bancaire est aussi limpide que la mécanique quantique.

Que de discours faciles !

Sur des sujets auxquels 95% de la population ne connait rien il est facile de laisser croire n’importe quoi !

Mon propos n’est pas de minimiser la gravité de ce qui s’est passé à la Société Générale en sous-estimant le risque qu’il a fait peser sur la 2ème banque française et par ricochet sur le système financier français et encore par ricochet sur l’économie française.

J’aimerais simplement rappeler 2 vérités :

Non, le système financier n’est pas qu’un parasite de l’économie réelle, il lui est indispensable notamment pour en faciliter le financement et pour lui permettre de maitriser un certain nombre de risques !

Non, le système financier n’est pas laissé sans surveillance, ses pratiques sont très encadrées, il est soumis à des règles prudentielles très sophistiquées, il est surveillé et contrôlé par des autorités de tutelle, régulateurs et entreprises de marché !

Pour autant, cet exemple révèle bien qu’il y a des progrès à faire dans le contrôle des risques, malgré les nombreuses sécurités qui existent déjà.

Il y a également, sous certains de ses aspects, un dévoiement de la finalité du système financier avec, à force d’appuyer des instruments financiers sur d’autres instruments financiers, des liens de plus en plus distendus au point d’être quasiment invisibles avec l’économie réelle.

Mais ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain !

Cette affaire de la Société Générale a provoqué, en France en tout cas, un émoi considérable, largement supérieur à celui provoqué par la crise dite des subprime.

Or, la crise des subprime (des crédits hypothécaires à risques) est beaucoup plus grave tant par ses conséquences financières (certains estiment que les pertes pourraient atteindre 400 milliards de dollars pour secteur bancaire mondial) que par les travers qu’elle révèle.

Cette crise me semble révélatrice des dangers que peut faire courir à l’économie mondiale, un excès de libéralisme dans le domaine financier.

Tout commence avec des prêts hypothécaires, fort rémunérateurs, octroyés par des banques à des ménages peu solvables.

Le risque associé a été évalué sur la base d'un postulat pour le moins incertain qui est que l’immobilier augmente sans discontinuer.

Ce qui revient à dire que le risque a été sous-évalué ce qui arrangeait probablement tout le monde, les emprunteurs sans le sou qui obtenaient de quoi payer leur maison et les établissements financiers qui en obtenaient une forte rémunération.

Lorsque les taux ont augmenté, certains emprunteurs n’ont pas pu rembourser et la banque s’est empressée de saisir le bien immobilier mais comme l’immobilier américain à connu une crise, le bien récupéré ne pouvait plus être vendu à hauteur des fonds prêtés. Et c’est ainsi que les prêteurs et les banques ont commencé à perdre de l’argent sur ces prêts et accessoirement que les familles entières ont été jetées à la rue malgré les sommes importantes déjà payées à leur créancier.

Ces prêts ont été titrisés c'est-à-dire qu’ils ont été diffusés à travers des instruments financiers à d’autres établissements financiers dans le monde entier, qui les ont eux même intégrés à d’autres supports financiers (fonds…).

En conséquence, outre les pertes réelles liées à la dépréciation des créances qui se sont logiquement répercutées, en cascade, sur tous les instruments financiers impliqués dans la chaine, la suspicion s’est généralisée quand à la présence ou non de ces morceaux de créances hypothécaires masquées dans les avoirs des établissements bancaires.

Dans le doute, et par crainte d’une ardoise cachée qui rendrait ses contreparties insolvables, les établissements financiers sont devenus réticents à prêter à leurs potentiellement douteux confrères ce qui a provoqué une crise du financement inter-bancaire.

En résumé, si on compare les 2 affaires, on se trouve confronté d’un coté à une faille des systèmes de contrôle interne d’une banque et accessoirement du système de contrôle externe des autorités de tutelle de cette banque, habilement exploitée par un opérateur et de l’autre à l’utilisation massive, abusive et autorisée de crédits trop risqués au vu et au su de tout le monde.

Dans le premier cas, la réaction doit consister non pas à interdire les produits dérivés mais à établir des contrôles supplémentaires autour de leur utilisation et dans le cadre de la règlementation existante.

Le second cas devrait amener, en toute logique, à s'interroger sur les dérives d'un certain libéralisme qui a autorisé des établissements financiers privés, par incapacité à juger du risque pris et par mercantilisme, à faire prendre un risque important à l’économie mondiale, ceci me semble autrement plus important pour le monde entier que les insufisances du contrôle interne de la Société Générale.

En conclusion, il me semble qu’en France on se trompe encore de sujet !

Comme d'habitude au lieu de débattre de l’essentiel on préfère discourir plein d’arrières pensées idéologiques, politiques ou simplistes (rien n’est exclusif) sur un cas bien franco-français.

Prix de la vache d’or

Afin de rehausser légèrement le prestige du monde de la finance qui en a bien besoin ces temps-ci, le prix est encore remis cette semaine à un fonds d’investissement (si, si).

PGGM, le numéro deux des fonds de pension aux Pays-Bas a exercé des pressions sur PetroChina, filiale cotée de la compagnie China National Petroleum Company (CNPC), mais sans succès.

PGGM reproche à la CNPC d'être impliquée dans des violations des droits de l'homme au Soudan, étant le principal acteur du secteur pétrolier dans ce pays et le principal bailleur de fonds du gouvernement local. Comme ses remontrances n'ont pas été écoutées, PGGM a annoncé dans un communiqué avoir liquidé ses actions PetroChina.

Dans un autre genre mais pour des raisons relativement similaires, le prix est également remis à Auchan en France, Carrefour en Italie, Coop en Italie et en Suisse et ICA en Norvège pour leur décision courageuse d'arrêter la vente de thon rouge méditerranéen (sic l’association WWF).

Il faut savoir que le thon rouge est menacé d'extinction par une pêche excessive.

En 2007, sous la pression des pécheurs, la commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), a fixé le quota de pêche du thon rouge à 29 500 tonnes au lieu des 15 000 préconisées par le comité scientifique.

Cette décision a été très contestée par des scientifiques et les écologistes qui considéraient qu’elle pourrait porter un coup fatal à l'espèce en Méditerranée.

En tenant compte de la pêche illégale, le niveau de prise réel en 2007 est estimé à 50 000 tonnes par an en Méditerranée et en Atlantique.

Même la Commission européenne, devant les risques d’épuisement du stock a, en Septembre 2007, interdit totalement cette pêche en Méditerranée et dans l'Atlantique jusqu'à la fin de l'année.

La Commission, dénonçait notamment des "manquements dans la communication des données de captures".

Ne pas acheter de thon parait être le seul moyen de faire pression sur les pécheurs afin qu’ils acceptent d’en limiter la pêche.

Prix de la vache qui rigole

Pas très original cette semaine puisque le prix est encore remis à ……………….Christine Lagarde qui au moment ou les marché boursiers se ramassent joyeusement tente de nous rassurer par des :

« La purge qui est en train de s'appliquer en particulier dans le domaine financier américain (...) me paraît un mouvement sain et salubre »

Ou : « Qu'est-ce qui est redouté aujourd'hui par les marchés, à tort ou à raison, c'est la baisse de la croissance aux Etats-Unis (...) Certains craignent même une récession. Ce qu'on observe en Europe, c'est un taux de croissance autour de 2% et certainement pas la menace d'une récession »,

Ou encore en insistant sur la solidité des « fondamentaux » économiques européens face à la crise financière.

Bon, c’est bien de vouloir éviter un affolement général mais aller balancer sur nos amis américains que ce qui leur arrive est normal, que ce n’est qu’un mouvement sain et salubre et bien mérité, sans expliquer en quoi il est "sain et salubre", c’est quand même limite quand on sait que jusqu’à présent la croissance américaine a toujours été largement supérieure à la croissance européenne et que d’une certaine manière elle a contribué à la tirer vers le haut

De plus, vanter la solidité de nos fondamentaux économiques lorsqu’on a 2 000 milliards de dettes (tout compris), un budget en éternel déficit, un commerce extérieur qui se dégrade d’années en années et un taux de chômage du double de celui des Etats-Unis c’est quand même un peu prétentieux !

Enfin, comparer une possible récession aux Etats-Unis avec un taux de 2% en Europe pour bien faire comprendre que nous sommes dans une bien meilleure situation que les américains est à la limite de l’escroquerie intellectuelle quand on sait que les derniers chiffres publiés par le FMI anticipent une croissance de 1,5 % pour les Etats-Unis et d’un superbe ..... 1,6 % pour l’Europe.

Il est vrai que les américains ne sont pas habitués à des taux pareils alors qu’en Europe et surtout en France cela devient une habitude.

C’est peut être cela ,en fin de compte, qu’a voulu dire Madame Lagarde, qu’un taux de croissance de 1,5 équivaut à une quasi récession pour les américains alors que pour la France avec 1,6 il faut s’estimer heureux !