Pâles municipales
Par Nicolas le lundi 17 mars 2008, 22:52 - Humeur politique - Lien permanent

Difficile de trouver un quelconque motif de satisfaction dans ces élections
à commencer par leur enjeu dévoyé !
Malgré leur nature, malgré ce que prétendent les enquêtes d’opinion faites
sur le sujet, l’ampleur de la « vague rose » et l’interprétation qui
en est faite démontrent bien que ces élections ont pris un caractère fortement
politique.
Là ou on est censé élire le meilleur gestionnaire pour une ville voire un
département, on a élu celui ou celle qui s’oppose à Nicolas Sarkozy auquel on
reproche son comportement et à un gouvernement auquel on ne sait pas
précisément ce qu’on lui reproche sauf à ne pas avoir amélioré de façon
spectaculaire le pouvoir d’achat des français !
Un vote sanction donc, mais surtout pas un vote d’adhésion puisque le Parti
Socialiste principal bénéficiaire de ces élections n’a toujours pas de projet
!
Et par-dessus le marché, un vote sanction tellement difficile à interpréter
que les uns en concluent que de manière évidente c’est une demande au
gouvernement de changer sa politique, sans que personne ne sache laquelle il
faut lui substituer, et que les autres en déduisent qu’au contraire c’est une
demande d’aller plus vite dans les réformes promises au moment de l’élection
présidentielle !!!
Autre motif d’insatisfaction, qui est malheureusement une constante dans la
vie électorale française, c’est le nombre de ministres qui se sont présentés.
C’est le nombre de députés également maires de villes importantes.
Le cas d’Estrosi, nouveau maire de Nice, est un peu particulier puisque
c’est essentiellement sous la pression à la fois de Patrick Devedjian et de son
concurrent socialiste qu’il a, pour des raisons purement électorales, et
probablement à son grand regret, renoncé à son secrétariat d’Etat… mais
certainement pas à son mandat de député.
Le cumul des mandats dans toute sa splendeur !…une des principales tare du
système politique français !
Encore une raison de mécontentement et autre constante, c’est la capacité
des français à voter et revoter pour les « indélicats » pourtant
condamnés par la Justice ou dont le dossier est en cours
d’instruction :
Jacques Mellick (battu de peu), Patrick Balkany (élu), Estrosi (élu), Tiberi
(élu), Jacques Masdeu-Arus (battu mais de peu), et bien d’autres encore !
Pas de quoi non plus être emballé par les résultats.
Non pas que la déconfiture de quelques maires UMP me dérange beaucoup mais
une des conséquences la plus évidente de cette élection est d’avoir ravigoté le
PS. Ravigoté à la façon d’un produit dopant sur un marathonien unijambiste,
juste de quoi faire illusion quelques dizaines de mètres !
Evidemment, fondamentalement rien n’a changé pour le Parti Socialiste, il
suffit de les écouter nous expliquer le caractère extrêmement antisocial d’un
gouvernement qui a mis en place la franchise médicale, qui ne veut pas baisser
la TIPP et augmenter substantiellement le SMIC.
Il suffit également de voir ses différents leaders se tirer joyeusement dans
les pattes chacun essayant tirer la couverture à lui …ou à elle.
Il faut espérer que les Socialistes arrêteront rapidement les flonflons et
les cotillons pour se consacrer à leur projet.
Une autre conséquence, c’est la montée de l’extrême gauche et plus
particulièrement du parti du gentil facteur celui qui a le talent de donner un
visage avenant à des idées sectaires.
Ce même Besancenot qui lors de la soirée électorale du premier tour
agressait Eric Woerth en lui assenant la situation effectivement scandaleuse
des caissières d’un Carrefour de Marseille qui s’étaient battues pour obtenir
une augmentation substantielle de 3,05 à 3,50 euros de la valeur de leurs
tickets restaurant.
Comme si le ministre du budget y était pour quelque chose !
Très révélatrices ces manières de donneur de leçons qui consistent à
profiter d’une situation réellement choquante mais tout à fait hors sujet dans
le cadre d’élections …municipales, pour se mettre en valeur comme le seul et
unique défenseur de la veuve et de l'orphelin !
Cette exceptionnelle audience d’un pur parti de contestation, à plus forte
raison à l’occasion d’élections locales pour lesquelles on est censé
privilégier le gestionnaire à l’idéologue, constitue une preuve de plus, s’il
en fallait, d’un mélange des genres extrêmement préjudiciable.
Préjudiciable non seulement parce qu’il amène à confier des responsabilités
importantes à quelqu’un ou à une équipe sur des critères qui ne sont pas
obligatoirement pertinents, mais également parce que ces élections importantes
au niveau local ne servent pour certains qu’à remettre en cause la légitimité
d’un président et d’une assemblée pourtant élus pour 5 ans !
Pour finir sur une note plus joviale, et sans pour autant exprimer une
excessive allégresse mais plutôt de la saine jubilation voici quelques
plaisants résultats, essentiellement parisiens pour cause de
proximité :
Tout d’abord dans le VIIIe arrondissement de Paris avec la défaite de Pierre
Lellouche.
Généralement les élections locales dans cet arrondissement sont sans imprévu
et sans grand intérêt mais cette année, heureuse surprise, nous avons eu droit
à un peu de sport !
Certes c’est du sport façon VIIIe arrondissement de Paris, 3 petits tours du
Parc Monceau le dimanche, on ne risque pas le claquage, mais néanmoins on a eu
de l’animation et c’était inespéré !
En résumé, il faut savoir que depuis des années, le maire en place est un
UMP du nom de François Lebel. Or, surprise, voici que le candidat désigné par
l’UMP pour les municipales 2008 s’avère être Pierre Lellouche déjà député du
coin mais candidat battu aux précédentes municipales dans le IXe
arrondissement.
En fait, il s’avère, selon l’évincé François Lebel, que Pierre Lellouche a,
d’une part, prétendu aux instances de l’UMP, auprès desquelles il est bien
introduit, que François Lebel n’avait pas l’intention de se représenter et
d’autre part, au dit Lebel, que l’UMP n’avait pas l’intention de lui renouveler
sa confiance pour la prochaine mandature.
Le rusé Lellouche a pu ainsi obtenir sans peine l’investiture de
l’UMP.
Evidemment, apprenant cela, le sieur Lebel en a été quelque peu contrarié et
a décidé de faire le dissident en présentant sa propre liste.
Ce n’est pas toujours le cas, mais il y a une morale à cette histoire
politique puisqu’à l’arrivée, c’est Lebel (48,55%) qui a été élu largement
devant Lellouche (31,82%).
Autre motif de satisfaction dans cette triste municipale c’est la défaite
cuisante de Jean-Marie Cavada (34%) dans le XIIe arrondissement de Paris.
Rappelons que Jean-Marie Cavada fait partie des nombreux qui ont lâché François
Bayrou en rase campagne en échange d’une récompense sous la forme d’une tête de
liste aux municipales (en tandem avec Christine Lagarde) et de la promesse d’un
maroquin ministériel.
Ce même Cavada avait essayé de justifier sa désertion en prétextant avoir
« épuisé tous les recours de la loyauté » à l'égard de François
Bayrou. Probablement que son stock de loyauté ne devait pas être
énorme.
Inutile de vous dire que l’auteur n’est pas un fan de ce genre de
personnages qui troquent leurs idéaux contre quelques honneurs et manifestement
les électeurs du XIIe non plus, à sa plus grande satisfaction.