L'avenir du MoDem passera par la chute de la Maison Socialiste ou ne sera pas !
Par Nicolas le samedi 29 mars 2008, 22:26 - Humeur politique - Lien permanent

Partout, la bipolarisation s’impose dans les paysages politiques
nationaux.
Elle est largement justifiée par la nécessité, dans le cadre d’une démocratie,
d’avoir une majorité de gouvernance stable.
Cette majorité impose que le paysage politique soit architecturé autour de 2
pôles, chacun regroupant ceux qui se reconnaissent dans un socle idéologique
commun …plus ou moins large.
Du fait de la bipolarisation et moyennant un certain nombre de concessions,
des tendances assez différentes peuvent se retrouver alliées par obligation
autour d'un minimum de « valeurs » ou références communes.
Dans ce schéma, il est difficile d’imaginer ce que peut être le
positionnement d’un centre indépendant.
Y a-t’il réellement de la place pour quelque chose au milieu de la Droite et
de la Gauche voire même au milieu du PS et de l’UMP ?
En France, le « Centre » a toujours été inféodé à un des 2 grands
partis dominants. C’était le cas de l’UDF avant et du « Nouveau
Centre » actuellement comme c’est le cas des multiples mouvances
« radicales ».
Tout ceci amène à la conclusion logique que Bayrou et le MoDem n’ont un
avenir politique que s’ils s’inscrivent dans ce schéma comme l’a fait le
Nouveau Centre.
Mais la différence entre le Nouveau Centre et le MoDem, entre un Morin et un
Bayrou, pourtant alliés pendant la présidentielle, c’est que le premier a
considéré qu’il pourrait s’exprimer dans le cadre d’une majorité complètement
maîtrisée par l’UMP, ce qui est loin d’être prouvé, et que le second considère
qu’il ne pourra pas s’exprimer dans les espaces que constituent le PS et l’UMP
et que pour le faire il lui faudra créer lui-même son propre cadre.
La démarche de François Bayrou et du MoDem s’appuie sur un constat, qui est
que le bipolarisme à la française, tel qu’il existe, est obsolète et qu’il est
devenu pénalisant pour la collectivité.
Dans ce contexte, il ne me semble pas que la démarche de François Bayrou
soit de remettre en cause le bipolarisme en tant que tel mais …tel qu’il
est.
J’ai le sentiment qu'il est conscient qu'il n'est pas possible de remettre
en cause fondamentalement le bipolarisme mais que son objectif est de le faire
évoluer.
Il existe, depuis des décennies, entre le PS et l’UMP pour ne pas parler de
la Gauche et de la Droite, une muraille qui est, d’une part mal positionnée et
d’autre part trop haute.
Mal positionnée parce qu’elle sépare 2 camps qui ne sont pas homogènes (cf.
le PS au sein duquel cohabitent des antilibéraux, des réformistes, des
européens, des anti-européens etc.) et trop haute parce que tout échange
constructif entre ces 2 camps est impossible.
Ce système est non seulement handicapant pour la France mais en plus
complètement bloqué.
Pour ce faire, paradoxalement, François Bayrou a fait le choix d'inscrire
une troisième voie dans le paysage politique français. Celle-ci étant destinée
à se substituer, à terme, à l'un des 2 pôles existants.
Son but ne serait donc pas de pérenniser un troisième pôle qui s’allierait
une fois avec la Gauche et une fois avec la Droite en fonction des
circonstances mais plutôt de reconstruire une autre bipolarisation plus ouverte
et plus cohérente. Plus ouverte parce que moins dogmatique et plus cohérente
parce que composée de courants de pensées plus homogènes.
Son but ultime, à terme, serait de faire exploser la muraille pour déplacer
la frontière et la rendre moins hermétique.
En clair, et même si il ne peut pas le dire aussi crûment, il s’agit de
recentrer le paysage politique français avec, d’une part, un grand parti social
démocrate qui réunirait le Centre actuel, la gauche « constructive »
c’est-à-dire la plupart des Socialistes et des écologistes ainsi que des
« Gaullistes chrétiens » de l’UMP et d’autre part, un Parti de droite
qui réunirait les « libéraux à la française » et les
« traditionalistes » ou « nationalistes » qui constituent
l’essentiel des troupes de l’UMP actuelle.
Cependant, pour atteindre cet objectif, François Bayrou et le MoDem sont
confrontés à 2 difficultés majeures.
Tout d’abord, comme l'ont encore démontrées les municipales, il est
extrêmement difficile de faire bouger un schéma et des lignes implantées depuis
des décennies.
D’une manière générale, le MoDem n’a aucune chance de s’imposer dans des
élections qui mettent face à face les 2 partis dominants dans le cadre d’un
scrutin majoritaire.
Les dernières législatives en sont une bonne illustration puisque le MoDem
qui a obtenu globalement 7,7 % des voix au premier tour se retrouve avec 4
députés alors que le PC et ses 4,4 % en a 15 et ne parlons pas du Nouveau
Centre. Sans alliance avec un des 2 gros, pas de salut !
En conséquence, la seule élection qui pourrait servir de détonateur au MoDem
est l’élection présidentielle …pour peu que François Bayrou arrive dans les 2
premiers.
L’autre gros problème pour François Bayrou et le MoDem, c’est qu’ils ne sont
pas vraiment maîtres du jeu.
En effet, s'ils doivent s'imposer, c'est nécessairement au détriment d'un
des grands Partis existant. Plus précisément, au détriment du Parti Socialiste
dont la majorité des sympathisants du MoDem se sentent plus proche et qui est
clairement le plus vulnérable.
En conséquence, le succès de leur ambitieux projet dépend essentiellement de
la capacité du Parti Socialiste à se réformer en profondeur c’est à dire à
définir une ligne idéologique claire sans craindre de perdre une partie de ses
chefs de file, de ses militants et de ses électeurs.
Si le PS reste écartelé entre des réformistes du système, pro-européens et
des antilibéraux, contestataires et anti-européens, il est destiné à s’étioler
lentement au profit du MoDem si celui-ci réussit à s’organiser pour
cela.
Par contre, si le PS sait faire sa mutation en faisant des choix clairs et
en se recentrant et donc en bougeant lui-même les lignes, il récupèrera ceux
qui ont rejoint le MoDem par déception et le videra de l’essentiel de sa
substance et de son intérêt.
Dans ce cas, il n’y aurait plus de place pour le MoDem dans le bipolaire
paysage politique.
En résumé, l’avenir du MoDem passera par la chute de la maison PS ou ne sera
pas, c'est la loi de la bipolarisation, MoDem, Parti Socialiste, 1fauteuil pour
2 !
Ps : L'idée de cet article est largement inspiré d’une discussion que j’ai eue sur le blog de LOmiG (ici)
Commentaires
salut,
merci pour cet article...et pour le lien vers notre discussion, très intéressante !
Je suis d'accord avec ta conclusion : 1 fauteuil pour 2, voilà qui résume très bien la situation...Le problème du MoDem, c'est qu'il se positionne idéologiquement comme ce que devrait être une gauche moderne ; or son électorat historique est de centre droit, et je ne sais pas s'il a suivi (et suivra) Bayrou...
on verra.
à bientôt !
Salut !
Oui, tu as raison, c’est vrai que l’électorat historique de l’UDF est de droite mais la majeure partie de cet électorat est déjà parti et vote maintenant Nouveau Centre ou UMP (c’est pareil). Il en reste quelques uns qui sont fidèles à Bayrou et je suis persuadé que la majorité des électeurs de Bayrou aux présidentielles et du MoDem aux élections qui ont suivies, sont des déçus du PS et d’une manière générale des tendances Centre gauche qui ne se retrouvent pas ou plus dans le PS et pour quelques uns pas ou plus dans l’UMP.