Y a-t’il réellement de la place pour quelque chose au milieu de la Droite et de la Gauche voire même au milieu du PS et de l’UMP ?

En France, le « Centre » a toujours été inféodé à un des 2 grands partis dominants. C’était le cas de l’UDF avant et du « Nouveau Centre » actuellement comme c’est le cas des multiples mouvances « radicales ».

Tout ceci amène à la conclusion logique que Bayrou et le MoDem n’ont un avenir politique que s’ils s’inscrivent dans ce schéma comme l’a fait le Nouveau Centre.

Mais la différence entre le Nouveau Centre et le MoDem, entre un Morin et un Bayrou, pourtant alliés pendant la présidentielle, c’est que le premier a considéré qu’il pourrait s’exprimer dans le cadre d’une majorité complètement maîtrisée par l’UMP, ce qui est loin d’être prouvé, et que le second considère qu’il ne pourra pas s’exprimer dans les espaces que constituent le PS et l’UMP et que pour le faire il lui faudra créer lui-même son propre cadre.

La démarche de François Bayrou et du MoDem s’appuie sur un constat, qui est que le bipolarisme à la française, tel qu’il existe, est obsolète et qu’il est devenu pénalisant pour la collectivité.

Dans ce contexte, il ne me semble pas que la démarche de François Bayrou soit de remettre en cause le bipolarisme en tant que tel mais …tel qu’il est.

J’ai le sentiment qu'il est conscient qu'il n'est pas possible de remettre en cause fondamentalement le bipolarisme mais que son objectif est de le faire évoluer.

Il existe, depuis des décennies, entre le PS et l’UMP pour ne pas parler de la Gauche et de la Droite, une muraille qui est, d’une part mal positionnée et d’autre part trop haute.

Mal positionnée parce qu’elle sépare 2 camps qui ne sont pas homogènes (cf. le PS au sein duquel cohabitent des antilibéraux, des réformistes, des européens, des anti-européens etc.) et trop haute parce que tout échange constructif entre ces 2 camps est impossible.

Ce système est non seulement handicapant pour la France mais en plus complètement bloqué.

Pour ce faire, paradoxalement, François Bayrou a fait le choix d'inscrire une troisième voie dans le paysage politique français. Celle-ci étant destinée à se substituer, à terme, à l'un des 2 pôles existants.

Son but ne serait donc pas de pérenniser un troisième pôle qui s’allierait une fois avec la Gauche et une fois avec la Droite en fonction des circonstances mais plutôt de reconstruire une autre bipolarisation plus ouverte et plus cohérente. Plus ouverte parce que moins dogmatique et plus cohérente parce que composée de courants de pensées plus homogènes.

Son but ultime, à terme, serait de faire exploser la muraille pour déplacer la frontière et la rendre moins hermétique.

En clair, et même si il ne peut pas le dire aussi crûment, il s’agit de recentrer le paysage politique français avec, d’une part, un grand parti social démocrate qui réunirait le Centre actuel, la gauche « constructive » c’est-à-dire la plupart des Socialistes et des écologistes ainsi que des « Gaullistes chrétiens » de l’UMP et d’autre part, un Parti de droite qui réunirait les « libéraux à la française » et les « traditionalistes » ou « nationalistes » qui constituent l’essentiel des troupes de l’UMP actuelle.

Cependant, pour atteindre cet objectif, François Bayrou et le MoDem sont confrontés à 2 difficultés majeures.

Tout d’abord, comme l'ont encore démontrées les municipales, il est extrêmement difficile de faire bouger un schéma et des lignes implantées depuis des décennies.

D’une manière générale, le MoDem n’a aucune chance de s’imposer dans des élections qui mettent face à face les 2 partis dominants dans le cadre d’un scrutin majoritaire.

Les dernières législatives en sont une bonne illustration puisque le MoDem qui a obtenu globalement 7,7 % des voix au premier tour se retrouve avec 4 députés alors que le PC et ses 4,4 % en a 15 et ne parlons pas du Nouveau Centre. Sans alliance avec un des 2 gros, pas de salut !

En conséquence, la seule élection qui pourrait servir de détonateur au MoDem est l’élection présidentielle …pour peu que François Bayrou arrive dans les 2 premiers.

L’autre gros problème pour François Bayrou et le MoDem, c’est qu’ils ne sont pas vraiment maîtres du jeu.

En effet, s'ils doivent s'imposer, c'est nécessairement au détriment d'un des grands Partis existant. Plus précisément, au détriment du Parti Socialiste dont la majorité des sympathisants du MoDem se sentent plus proche et qui est clairement le plus vulnérable.

En conséquence, le succès de leur ambitieux projet dépend essentiellement de la capacité du Parti Socialiste à se réformer en profondeur c’est à dire à définir une ligne idéologique claire sans craindre de perdre une partie de ses chefs de file, de ses militants et de ses électeurs.

Si le PS reste écartelé entre des réformistes du système, pro-européens et des antilibéraux, contestataires et anti-européens, il est destiné à s’étioler lentement au profit du MoDem si celui-ci réussit à s’organiser pour cela.

Par contre, si le PS sait faire sa mutation en faisant des choix clairs et en se recentrant et donc en bougeant lui-même les lignes, il récupèrera ceux qui ont rejoint le MoDem par déception et le videra de l’essentiel de sa substance et de son intérêt.

Dans ce cas, il n’y aurait plus de place pour le MoDem dans le bipolaire paysage politique.

En résumé, l’avenir du MoDem passera par la chute de la maison PS ou ne sera pas, c'est la loi de la bipolarisation, MoDem, Parti Socialiste, 1fauteuil pour 2 !

Ps : L'idée de cet article est largement inspiré d’une discussion que j’ai eue sur le blog de LOmiG (ici)