On peut imaginer 2 types de missions :

Les droits de l’Homme en France et les droits de l’Homme ailleurs !

En France, nous avons la chance d’avoir une législation et un système politique qui protège les droits de l’Homme d’une manière assez efficace même si la vigilance doit être toujours de mise. A cet effet plusieurs structures françaises et européennes (associations, commissions...) ont comme rôle d’assurer cette veille.

De plus, vouloir préserver les droits de l’Homme est le type même de la considération transversale.

Les droits de l’Homme font partie des principes de base sur lesquels tous les ministères et de manière générale toutes les autorités politiques doivent bâtir leur action.

Je ne pense pas que le rôle de Rama Yade soit de s’assurer que le pouvoir politique qu’elle représente respecte bien ces principes. A cette fin, et pour peu qu’elle soit utile, une institution indépendante aurait été beaucoup mieux adaptée.

L’objectif d’un secrétariat d’Etat pour les droits de l’Homme est donc bien de porter la bonne parole à l’extérieur de nos frontières. Sur le principe, on peut s’étonner qu’il y ait besoin d’une telle structure. Face à l’extérieur, la France dispose déjà de représentants qualifiés pour parler en son nom avec en tête de liste le Ministre des affaires étrangères.

Alors, soit Rama Yade est là pour introduire officiellement la question des droits de l’homme dans les relations de la France avec l’extérieur, ce qui voudrait dire qu’elle en était absente jusqu’à présent. Soit cette répartition des rôles avec Rama Yade pour les droits de l’homme et Sarkozy/Kouchner pour la diplomatie et le commerce, est une manière d’isoler le sujet des droits de l’homme et de permettre ainsi aux autres représentants de la France de se dédouaner de cette préoccupation.

Mais de toute façon, de 2 choses l’une, ou on laissait à Yama Rade sa liberté de parole en prenant le risque que ses positions soit en contradiction avec le discours diplomatique ce qui n’aide pas à rendre cohérente la parole de la France, ou on continuait à privilégier la realpolitik et le commerce et cette nouvelle fonction n’est qu’une manière de se donner bonne conscience à peu de frais.

Et à l’usage, que constate-t-on ?

On constate que, dès lors qu’il s’agit d’aller accabler quelques dictateurs d’Asie, d’Afrique ou de Corée du Nord desquels nous n’attendons rien, Rama Yade a pu s’exprimer tout à fait librement mais dès qu’il fut question de critiquer des clients potentiels et même s’il s’agissait de régimes fort contestables alors là, elle fut soit absente (Chine) soit officiellement désavouée (Kadhafi).

Le dernier épisode en date étant les conditions énoncées par Rama Yade à la participation de Nicolas Sarkozy à la cérémonie d'ouverture qualifiées de "bourde " par Bernard Kouchner !

La comparaison avec l’attitude de l’Allemagne vis-à-vis de la Chine est particulièrement révélatrice.

Angela Merkel n’a pas eu besoin de ministre des droits de l’Homme pour condamner fermement l’attitude de la Chine au Tibet alors la France a mis du temps à exprimer par une voix officielle une molle réprobation.

Contrairement à ce qui devait être probablement sa vocation, la création d’un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme a eu uniquement le mérite de mettre en évidence ce que l’on devinait déjà, c'est-à-dire le peu de cas qui était fait des droits de l’Homme dès lors que des intérêts financiers sont en cause.

Même si on peut comprendre qu’en matière de relations internationales tout ne soit pas aussi simple que certains candides se plaisent à le dire, vouloir faire croire que l’on peut et veut changer nos pratiques en matière de droits de l’Homme sans une réelle volonté de le faire, relève de la pure hypocrisie. L’habit ne fait pas le moine même si il est (bien) porté par Rama Yade !

En conclusion, et pour répondre à la question posée dans le titre de manière nette et précise, ce Secrétariat d’Etat aux droits de l’Homme n’est rien d’autre qu’une grosse tartuferie et dans ce cadre, Rama Yade ne sert à rien !