On a beaucoup écrit sur le sujet depuis 1 an et l’idée de ce billet n’est pas de relancer le débat mais de l’éclairer très très légèrement en considérant les épisodes Kadhafi et Chinois avec quelques mois de recul.

Si je caricature un peu, sur ce sujet, on trouve 3 grandes lignes de conduite :

Il y a les partisans d’une position ferme et sans concession, qui privilégient l’éthique, ce sont ceux qui prônent le boycott des jeux olympique et d’une manière générale un embargo diplomatique et si possible économique de ces pays là.

Il y a ceux qui considèrent que pour faire avancer la cause des droits de l’homme, il ne faut pas isoler les pays « défaillants » et surtout pas s’ériger en donneurs de leçons au risque de braquer à la fois les dirigeants et leur population. Ceux là prônent le dialogue avec les dictateurs et l’intégration de ces pays dans un processus diplomatique international avec l’espoir que la force de l’exemple les fera évoluer.

Et il y a ceux pour qui nous n’avons pas à nous immiscer dans les affaires de pays étrangers et souverains et qu’il ne faut surtout rien faire qui puisse nuire aux échanges commerciaux avec ces marchés. C'est d'ailleurs la position affichée des pays comme la Russie, la Chine ou la Lybie (encore récemment la Russie et la Chine ont bloqué un projet de résolution de l'ONU visant à sanctionner Mugabe)

En apparence, peu de différence entre la deuxième et la troisième sauf l’intention et donc le résultat escompté. La frontière est ténue, et c’est justement cette apparence peu différentiante qui permet à des adeptes de la troisième de se faire passer facilement pour des partisans de la seconde.

L’accueil en grandes pompes de kadhafi, les félicitations adressées à Poutine, les visites en Chine ou en Tunisie ou encore la présence de Bachar al-Assad sur les Champs-Elysées le 14 juillet laissent à penser que Nicolas Sarkozy entre soit dans la deuxième soit dans la troisième catégorie.

Si on en croit ses promesses de campagne et ses propos lors de son discours d’investiture, faisons lui le crédit de penser qu’il appartient à la deuxième:

« Je veux être le Président de la France des droits de l’homme.(...) Je ne crois pas à la « realpolitik » qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats.
(...) Je n’accepte pas le sort que l’on fait aux dissidents dans de nombreux pays. Je n’accepte pas la répression contre les journalistes que l’on veut bâillonner.
Le silence est complice. Je ne veux être le complice d’aucune dictature à travers le monde. »

Considérons donc que l’idée de Nicolas Sarkozy est de feindre une apparente complicité pour mieux dénoncer et surtout pour faire évoluer les pays concernés.

Cette démarche est certainement la plus délicate à mettre en oeuvre car si elle ne fonctionne pas, si cette attitude ne provoque pas de changement chez le dictateur avec lequel on a fait copain, copain, et bien il ne reste plus dans les esprits que l’apparente complicité et le diplôme de respectabilité qui va avec !

Compte tenu de l’objectif annoncé par Nicolas Sarkozy lui même: « Je ne veux être le complice d’aucune dictature… » Comment en considérer les résultats ?

Si on reprend les cas de Kadhafi et de la Chine, que constate-t-on ?

En 2007, le dictateur terroriste et preneur d’otages Kadhafi a été accueilli à bras ouverts par Nicolas Sarkozy. Or, 1 an après qu’observe t’on ?

Outre que les pseudos faramineux contrats déjà dans le principe très discutables (armes, nucléaire) s’avèrent beaucoup moins importants qu’on à bien voulu le dire (et beaucoup moins importants que ce dont ont bénéficiés les espagnols), on constate que l’attitude de Kadhafi n’a pas changée d’un iota.

Non seulement il n'a pas évolué d'un pouce mais par dessus le marché, il fait tout pour casser le projet d’Union pour la Méditerranée » de Sarkozy en refusant d’y participer, en le qualifiant de « projet dangereux » et en prédisant un « échec complet …à cette salade absurde » !

Il apparait clairement que Kadhafi a empoché le brevet d’honorabilité sans rien donner en échange.

Dans le cas de la Chine, les conclusions sont identiques :

Nicolas Sarkozy a pris la décision, après moult vraies ou fausses hésitations, de participer à la cérémonie d’ouverture des JO. Cette décision est d’autant plus importante que Sarkozy y portera la double casquette de Président de la république française et de Président en exercice de l’Union européenne.

Rappelons quand même que Gordon Brown et Angela Merkel ont, eux, décidés et faits savoir qu’ils n’y seraient pas !

Pourtant Nicolas Sarkozy avait subordonné sa présence à la cérémonie à la reprise du dialogue entre les autorités chinoises et le Dalai Lama.

Or, non seulement ce dialogue n’est pas engagé mais, à peine eut-il confirmé au président chinois son intention de se rendre à la cérémonie d'ouverture, que l’ambassadeur de la Chine à Paris lance devant la presse qu’une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama ( à l'occasion de sa visite en France en Août), "serait contraire au principe de non-ingérence des Etats dans leurs affaires intérieures" allant même jusqu’à dire qu'il s'opposait "fermement" à une telle rencontre !

En clair, il faut se rendre à l’évidence, les chinois se moquent des amicales pseudos pressions de Sarkozy comme de leur première baguette.

Là encore, la France et l’Europe seront présentes à la cérémonie d'ouverture des Jeux sans avoir rien obtenu en échange.

Que conclure de ces 2 exemples particulièrement significatifs ?

Et bien que l’attitude de la France qui consiste à faire copain copain avec les dictateurs de tous poils en espérant qu’ils se disent « tiens, mon copain Nicolas a raison, c’est pas bien ce que je fais, je devrais arrêter d’emprisonner mes opposants politiques, d’assassiner les journalistes et de m’en mettre plein les fouilles sur le dos de mon bon peuple » …n’a pas franchement fait la preuve de son efficacité !
Que de tout cela, il ne reste que le brevet de respectabilité octroyé par Sarkozy et le sentiment que cela laisse d'une complicité avec beaucoup de dictatures à travers le monde ….

Faut-il pour autant remettre en cause la démarche, je ne le pense pas, mais peut être faut-il l’appliquer avec un peu plus de fermeté et un peu moins d’ambigüité que ce dont ont fait preuve, jusqu'à présent, Nicolas Sarkozy et la diplomatie française. Sinon, on va finir par croire que Nicolas Sarkozy, malgré ses belles déclarations, appartient plutôt à la troisième catégorie qu'à la seconde !