Voilà, j’avoue que Bernard Tapie arrive en tête de liste des personnages que je me plais à imaginer coincé dans un pilori, installé au milieu d’une place public, entouré de stands de vendeurs d’œufs pas frais, de tomates pourries et autres légumes avariés, destinés à servir de projectiles pour ceux qui souhaiteraient gaillardement, avec vigueur mais précision, exprimer tout le mal qu’ils pensent de l’individu ainsi exposé ! …rien de moins !

Alors imaginez ma réaction en apprenant que non seulement Bernard tapie n’a été ni emprisonné ni cloué au pilori, mais qu’un pseudo tribunal lui a attribué la coquette somme de 285 millions (Le Monde parle de 400 millions) à prélever sur les fonds publics !

Le coup de grâce ayant été donné avec l’information précisant que parmi ces 285 million, 45 lui sont octroyés au titre du dédommagement moral !!! ….45 millions !!!! …Arrgh !

Dédommagement moral !!!...mais la morale, Tapie, il a été obligé de regarder dans un dictionnaire pour avoir une vague idée de ce que cela pouvait signifier !

Il a sans doute cru que le tribunal le dédommageait pour le coup qu’il a reçu au moral en constatant qu’il s’était fait avoir par plus arnaqueur que lui !

Voilà un homme qui s’est fait une fortune sans rien créer, en utilisant les entreprises en difficulté pour se servir sur la bête mourante (Wonder, Testut, Donnay…), sans manquer, au préalable, de baratiner les salariés futurs chômeurs en leur laissant croire qu’il était leur sauveur alors qu’il n’était qu’un fossoyeur.

Voilà un homme qui s’est toujours considéré au dessus des lois, l’essentiel étant d’arriver à ses fins et pour cela tous les moyens sont bons : corruption (affaire OM\VA), abus de biens sociaux (affaire Testut), détournements de fonds (affaire des comptes de l’OM)…

Voilà un homme qui a passé sa vie à frauder le fisc et donc vous et moi !

Le plus stupéfiant étant quand même que cet escroc notoire, qui n’a jamais hésité à marcher sur les autres pour obtenir ce qu’il voulait, qui n’a toujours recherché que son intérêt personnel, soit considéré avec une bienveillante sympathie par une partie non négligeable de la classe politique et même de la population !!!!

C’est donc à cet individu peu recommandable, qu’en tous cas je ne recommanderais pas, qu’un « Tribunal arbitral » a donné 285 millions d’euros et peut être plus si les intérêts de retard y sont ajoutés.

Comment a-t-on pu en arriver là ?

L’historique de l’affaire a déjà été moult fois rappelé mais en voici un bref résumé des derniers épisodes :
Après dix ans de procédure, la cour d'appel de Paris juge, le 30 septembre 2005, que le Crédit Lyonnais a bien floué Tapie lors de la revente d'Adidas. Le CDR, donc l'Etat, chargé d'apurer le lourd et scandaleux passif du Lyonnais, est condamné à 135 millions d'euros de dommages et intérêts.

En Janvier 2006, Thierry Breton, Ministre de l'économie, annonce (après moult hésitations) qu'il autorise le CDR à se pourvoir en cassation pour éviter de payer les énormes dommages et intérêts qu'il doit à Bernard Tapie.
En Octobre 2006, la Cour de cassation décide que Bernard Tapie ne touchera pas les 135 millions d'euros et renvoie les parties devant la même cour d'appel de Paris relançant ainsi le processus judiciaire.

Jusque là tout va bien !

Le problème c’est que, pour une ou plusieurs raisons que l’on ignore, le CDR accepte la proposition des liquidateurs du groupe Tapie de faire appel à un arbitrage !

Et résultat, ce n’est pas 0 ni même 135 millions que le CDR va devoir payer mais 285 millions (minimum) !

Et par-dessus le marché, les 2 parties se sont engagées à ne pas faire appel ce qui rend le jugement définitif.

Alors là je dis bravo !!!!

François Bayrou et les Socialistes crient au scandale insinuant que Tapie aurait été protégé par Nicolas Sarkozy qui serait d’une manière ou d’une autre intervenu pour que le CDR accepte l’idée du Tribunal d’arbitrage.

Difficile à croire, mais malheureusement compte tenu du pedigree (comme dirait Bayrou) des lascars en cause, cette hypothèse ne peut pas être exclue. Il faut espérer qu’il y aura une commission d’enquête sur le sujet qui fera toute la lumière comme on dit.

Quoi qu’il en soit, la conclusion de cette histoire ne peut s’expliquer que par 3 hypothèses :

1 - Soit l’Etat, via le Crédit Lyonnais, a encore dans sa musette quelques affaires compromettantes et que par crainte d’avoir à débourser des sommes encore plus monstrueuses, il a considéré qu’il fallait mieux trouver un compromis à 285 millions.
Cette hypothèse s’appuie sur le fait qu’avec l’arbitrage, les 2 parties renoncent à la possibilité de lancer toute autre procédure, et s'engagent à se désister des principaux contentieux en cours.

2 - Soit le CDR s’est tiré lui-même une balle dans le pied, en gérant cette affaire en dépit du bon sens et en évaluant mal le risque qu’il prenait à utiliser cette procédure. Erreur qui lui nous coute la bagatelle de 285 millions d’euros !
A ce propos, il faut savoir que suite à la sentence de la Cour de cassation qui renvoyait Tapie dans ses 22 mètres, le président de l'époque, Jean-Pierre Aubert, s’était déclaré hostile à tout arbitrage arguant à juste titre du fait que "Quand on a gagné, on ne s'en remet pas à un arbitrage, car on ne maîtrise plus rien" !
Mais le mandat de M. Aubert a expiré en décembre 2006 et son successeur, Jean-Pierre Rocchi c’est empressé d’accepter la proposition d’arbitrage formulée, comme par hasard, dès Janvier 2007 par les liquidateurs du groupe Tapie.

3 - Soit, enfin, il y a effectivement eu intervention à un haut niveau de l’Etat pour favoriser l’escroc Nanard et alors là, les mots de François Bayrou ne sont pas trop forts (extraits de propos tenus sur RTL):
« Oui, c'est une blague de dire tribunal arbitral ! On a justement voulu mettre en place des arbitres qui sont des personnes privées, d'ailleurs lourdement dédommagées. Ils vont toucher chacune plus de 300.000 euros (…) pourquoi ? Pour éviter la décision de justice dont on savait en raison d'une décision de la Cour de Cassation, qu'elle serait défavorable à Bernard Tapie. Pourquoi ? Parce que les plus hautes autorités du pays avaient décidé ainsi de protéger cette personne (…). Il y a toujours eu de tout temps des aventuriers (…) qui jouent avec les banques et jouent avec le FISC pour essayer de faire fortune. C'est la responsabilité de l'Etat de l'empêcher.
(…) Mais est-ce qu'on va, un jour, assister en France à une remise en ordre des choses ? L'Etat n'étant pas le protecteur de ceux qui violent ces lois mais au contraire, étant celui qui fait respecter les lois de la république. »

Je ne sais pas quelle est la bonne hypothèse mais tout ce que je sais, c’est qu’avec cette histoire nous buvons le calice sans fond du Crédit Lyonnais jusqu’à la lie !

Dernière minute: Le ministère de l'Economie a confirmé ce jour à l'AFP avoir donné des instructions pour qu'un tribunal arbitral règle le litige opposant l'Etat à Bernard Tapie...bien, ça a le mérite d'être clair !!!!!