Pour ceux qui ne connaitraient pas, les BASM sont des bombes qui peuvent contenir plusieurs centaines de "bombinettes" qui se dispersent sur un vaste périmètre et en conséquence sans aucune précision, avec un risque de dégâts « collatéraux » importants.

Plus grave encore, on estime qu’entre 30 et 50% de ces bombinettes n’explosent pas ce qui en fait, de facto, des mines antipersonnel, lesquelles sont interdites par la Convention d'Ottawa de 1997. Selon Handicap International, environ 100.000 personnes, dont 98% de civils, ont été tuées ou mutilées dans l'explosion de ces engins à travers le monde depuis 1965. Plus d'un quart sont des enfants qui les confondent avec des jouets ou des boîtes de conserve.

Si je reviens à l’actualité plus immédiate, la bonne nouvelle c’est qu’une centaine de pays ont signé à Oslo, un traité d'interdiction totale de ces bombes à sous-munitions.

Plus précisément, le traité en interdit non seulement la production et l'utilisation mais également le stockage, le commerce et le transfert. Enfin, il oblige les signataires à venir en aide aux pays et personnes victimes des BASM.

En cela, cette nouvelle est vraiment une bonne nouvelle !

Des pays comme la France qui après avoir longtemps trainé des pieds (remercions, à ce propos, Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner et Hervé Morin qui avaient pris position pour une interdiction de ces armes avant leur entrée en fonction), et qui produisait et achetait pour son armée des BASM, s’engage non seulement à les interdire purement et simplement, à ne plus en posséder, mais également à aider ceux qui en seraient victimes !

Le lien avec la mauvaise nouvelle est en conséquence vite fait, si il continue à y avoir des victimes c’est que certains continuent à utiliser ces armes et si certains continuent à les utiliser c’est qu’eux même ou d’autres continuent à les produire et à les vendre.

Effectivement, la mauvaise nouvelle c’est que parmi les pays signataires on ne trouve ni les USA, ni la Chine, ni la Russie, ni l’Inde, ni le Pakistan qui sont pourtant de gros producteurs de ces saloperies.

Les Etats-Unis en sont même les premiers producteurs au monde. En 2007, 8 entreprises ont été identifiées comme produisant et faisant la promotion des sous-munitions ou des bombes à sous-munitions (Cf. Handicap International).

Les américains se sont toujours opposés à un tel traité arguant que ces armes étaient indispensables à son armée. L’administration américaine a même menacé les pays signataires du futur traité de ne plus participer à des opérations conjointes de maintien de la paix ou d’aide humanitaire.

L’attitude des américains n’est guère surprenante lorsque l’on connait leur rapport avec les armes. Ils préfèrent clairement interdire le camembert au lait cru qu’une arme fut-elle particulièrement meurtrière pour les populations civiles.

Cela étant, après une première réaction pas forcément erronée, consistant à se dire « ces américains, ne changeront jamais, le business avant tout, malgré leur prosélyte moralisme, leurs décisions sont toujours dictées par les lobbies militaires et industriels », mais ne voulant pas avoir l’air de faire de l’anti-américanisme primaire, je vais essayer d’exposer leur point de vue.

L’attitude des américains peut s’expliquer de 2 manières:

Tout d’abord, ils considèrent que puisque leur armée semble particulièrement y tenir, il vaut mieux fiabiliser ces armes en diminuant le taux de bombinettes qui n’explosent pas, que de les interdire.
Le Congrès a adopté une loi dans ce sens en 2007, interdisant tout transfert d’armes à sous-munitions ayant un taux d’échec supérieur à 1%.

Il y a également, certainement, l’argument assez classique consistant à se dire « si ce n’est pas nous qui vendons ces armes, ça sera les Russes ou les Chinois qui, eux, ne s’embarrasseront pas de considérations morales ».

Que dire face à ces 2 arguments ?

Qu’effectivement, faire descendre le taux d’échec des bombinettes à moins de 1% réduirait le risque pour les populations civiles et notamment pour les enfants de les voir leur exploser à la figure, plusieurs semaines, mois, voire années après les combats. Néanmoins, 1% sur plusieurs centaines que peut contenir une BASM, cela fait encore trop !

De plus, le manque de précision inhérent à ce type d’arme, reste une source importante de dommages collatéraux d’autant plus que l’on est plus à l’ère des combats en ligne façon guerre de 14 ou guerres napoléoniennes et que les combattants agissent souvent au sein de zones urbaines ou semi-urbaines ou les populations civiles ne sont jamais très loin (l’utilisation de ces armes par Israël lors de son intrusion au Liban en est la parfaite illustration).

Enfin, en en refusant l’interdiction, les Etats-Unis donnent une bonne excuse à des pays qui continueront à produire, utiliser et/ou diffuser des BASM moins « évoluées ». Comment espérer convaincre les chinois, les russes ou les indiens de ne plus produire ce type d’armes, si les USA le font eux même et à grande échelle de surcroit !

En conséquence de quoi, malgré un effort méritant d’objectivité, je persiste à penser que les Etats-Unis, toujours prêts à exporter massivement leur religion, leur morale et leurs beaux principes démocratiques font preuve sur ce sujet d’une belle et hypocrite immoralité.