Le droit au baptême
Par Nicolas le mercredi 25 février 2009, 21:43 - Humeur interrogative - Lien permanent

J’aurais bien classé manu militari cette
histoire du prêtre qui refuse de baptiser un enfant de 6 mois dans la
rubrique faits-divers sans intérêt, mais ayant moi même des enfants que j’ai
fait baptiser, je me suis sentis un peu concerné par cette histoire.
J’avoues que mon premier reflexe a été de me dire « mais il est c.. ce
prêtre, il refuse de baptiser ce pauvre gamin sous prétexte que ses parents ne
veulent pas que sa grande sœur (7 ans) participe à « une petite
célébration d’éveil à la foi » (sic) !!! …Il n’y est pour rien ce gamin,
pourquoi lui interdire l’entrée dans l’Eglise ? …encore un curé obtus,
traditionnaliste, élitiste !!!
Mais avec un peu de recul, j’en viens à comprendre l’attitude de ce prêtre
et pourquoi pas, à souhaiter qu’il soit une sorte de précurseur de ce que
pourrait-être un nouveau mode de fonctionnement de la part de l’Eglise
catholique.
En effet, cette histoire m’amène à me poser plusieurs
questions :
Quel sens cela a-t-il d’être catholique de naissance (cela vaut également
pour toutes les autres religions)?
Quel sens peut avoir l’appartenance à une Eglise qui n’est pas le résultat
d’une adhésion volontaire, d’une démarche réfléchie ?
A quoi sert de baptiser des enfants sinon à reproduire, mécaniquement la
plupart du temps, un rituel ancestral ?
Certes, on pourrait considérer que les parents agissent par procuration,
d’une certaine manière qu'ils devancent le souhait de l’enfant !
Mais outre que ce genre de décision devrait relever d’une profonde conviction
personnelle difficilement compatible avec une quelconque délégation, dans ce
cas, si on veut être cohérent, il faut faire la démarche d’initier cet enfant à
la religion à laquelle on l’a « inscrit » !
Il faut, au moins, lui expliquer le sens de ce que l’on fait à sa place sans
lui demander son avis !
Or, justement, c’est bien ce que reproche ce prêtre aux parents, c’est
d’inscrire leurs enfants à l’Eglise catholique sans leur donner les moyens de
contester ou de confirmer ensuite ce choix !
Bien évidemment, ceux-ci protestent, crient au scandale, probablement de
bonne fois, considérant le baptême comme un droit ! D’ailleurs la réaction
de la mère de l’enfant est éloquente :
« J’éprouve un grand sentiment d’injustice et je voulais que cela se
sache, … Je me suis mariée à l’Église, mes deux aînés sont baptisés et je ne
comprends pas qu’on le refuse à mon petit bonhomme de 6 mois. »… d’autant plus
qu’une « autre famille de trois enfants, similaire à la (sienne), a pu
faire baptiser son petit dernier ».
J’ai été baptisée, je me suis mariée à l’Eglise donc il n’y aucune raison de
refuser le baptême à mon enfant…et puis les voisins ils y ont eu droit pourquoi
pas nous !!!....c’est sur la base de cette même logique que l’on revendique la
nationalité française, l’admission à un Club fermé ou l’inscription de son
enfant dans une école… mais ou est la conviction, ou est l’adhésion
?...
Et pourquoi pas une loi pour le droit au baptême pendant qu'on y est, comme
il y en a une sur le droit au logement ?
Le baptême est une forme d’engagement vis-à-vis de l’Eglise que les parents
prennent à la place de leur enfant, si le prêtre a des raisons de penser que
cet engagement n’est pas sincère, qu’il ne sera pas suivi d’effets, il fait
bien de refuser le baptême sinon celui-ci perd toute sa valeur !
Un baptême systématique et automatique ne veut rien dire !
Tiens, une idée, et si on arrêtais d'être catholique, protestant, orthodoxe
ou même Juif ou musulman de père/mère en fils/fille pour la seule raison qu'on
est né dans une famille catholique, protestante, orthodoxe, Juive ou musulmane
mais parce qu'on l'a réellement choisi !!!
J’apprécierais que l’Eglise Catholique, comme toutes les églises d’ailleurs,
aient le courage de n’accueillir en leur sein que ceux qui font la démarche de
le demander après avoir été formés ou du moins informés sur ce à quoi ils
adhèrent. Plus de baptêmes (ou équivalent) à 6 mois mais à 18 ans, 25 ans 45
ans 95 ans !
C’est sur qu’en agissant ainsi, l’Eglise catholique perdrait les 8/10èmes de
ses ouailles mais en échange, elle redonnerait probablement beaucoup de sens à
l’engagement des 2/10èmes restants !
Commentaires
Hello,
Mais c'est le baptême a points qui se prépare ! S'il faut des preuves pour bénéficier du baptême quand il est tout petit (jeune), l'enfant court-il le risque de perdre cette bénédiction à chaque "péché" ?
C'est un peu normal que les parents choisissent pour leur enfant, ils ont leur conviction, et à priori, la confiance est réciproque. Si je comprends ce prêtre, il faut manifestement pratiquer pour être reconnu croyant.
L'éducation "silencieuse", basée sur le modèle est bien aussi efficace que de grands discours et de grands actes peu sincères. Croire, avoir la foi, n'est pas à démontrer, c'est un état d'esprit et la "pratique" ne sert qu'à diviser ce qui n'était (j'espère) qu'une volonté d'utiliser le meilleur du potentiel humain. Pour moi, la religion est symbolique.
Quant à se focaliser sur l'attitude des parents, c'est tout bonnement ridicule, l'enfant pourra toujours choisir, de croire, de ne plus croire ou croire à autre chose. Un conseil aux parents : Allez dans une autre paroisse !
Salut Miss,
Je n'ai pas du tout la même vision que toi:
« C'est un peu normal que les parents choisissent pour leur enfant, ils ont leur conviction… »
Pourquoi, les parents devraient-ils nécessairement imposer leur « conviction » à leur enfant ?
Pourquoi, sur un sujet comme celui-ci, les parents devraient choisir pour leur enfant ? Il y a des églises chrétiennes qui estiment que le baptême doit résulter d'un choix personnel : le baptisé doit être capable de faire ce choix ce qui exclut de faire baptiser un gamin de 6 mois.
Imaginerais-tu d’inscrire, à 6 mois, ton enfant dans un parti politique ? et même si tu le faisais, imaginerais-tu de ne pas lui (faire) expliquer à quoi tu l’as fait adhérer ?...et il me semble que les convictions religieuses relèvent d’une démarche bien plus personnelle que les convictions politiques !
« Si je comprends ce prêtre, il faut manifestement pratiquer pour être reconnu croyant. »
Non, ce n’est pas ce qu’il reproche aux parents du gamin, on peut effectivement très bien vivre sa foi sans pratiquer assidument !
Il leur reproche d’avoir fait baptiser leur enfant, en l’occurrence la sœur du gamin, et de ne pas vouloir ensuite lui donner un minimum d’éducation religieuse. De ne pas faire l’effort, ensuite, de lui donner les clés pour comprendre pourquoi ils ont fait ce choix à sa place !
Je n’accable pas particulièrement ces gens, on est tous pareils, moi le premier, mais le sacrement du baptême est devenu, pour beaucoup, un rite social que l’on reproduit de génération en génération parce qu’il rassure, parce que comme cela on a un peu l’impression de confier son gamin (ou sa gamine) à l’attention bienveillante de notre Dieu tout puissant ce qui ne peut pas faire de mal !
Et puis une fois baptisé, on considère qu’on est quitte !
Or le baptême n’est qu’un début qui est censé marquer l’entrée dans la vie chrétienne !...si on n’explique pas ensuite ce que signifie la « vie chrétienne » à son enfant, il y a là une sorte d’escroquerie morale !
« L'éducation "silencieuse", basée sur le modèle est bien aussi efficace que de grands discours… »
Oui et non !...Oui, la force de l’exemple est bien plus efficace que les discours, je dirais même plus, seuls les actes comptent, mais si on revendique son appartenance à une Eglise, il faut bien expliquer pourquoi ! il faut expliquer ou faire expliquer à son enfant pourquoi on l’a fait adhérer à cette Eglise (via son baptême) et pas à une autre, libre à lui ensuite de juger du bien fondé de ce choix !
Faute d’une telle démarche, je le répète, le baptême n’est qu’une simple inscription dans les registres de l’Eglise et on est bien loin de l’engagement qui est le sens de ce sacrement !
« Croire, avoir la foi, n'est pas à démontrer, c'est un état d'esprit et la "pratique" ne sert qu'à diviser… »
Tu as raison, mais dans ce cas la question n’est pas « pratique » ou pas « pratique », la question est explication ou pas explication ! on peut effectivement, très bien vivre sa foi sans pratiquer comme on peut vivre sa foi sans s’être fait baptiser selon les rites et par un curé de l’Eglise Catholique !
Mais pour ses enfants, si on considère le baptême comme un acte important par rapport à des convictions religieuses que l’on veut partager avec eux, il faut leur donner les moyens de les comprendre et ça passe par la connaissance de quelques bases donc par un minimum "d’éducation religieuse" !!
Bon ... Merci pour l'analyse de texte :o)
Je suis entièrement d'accord avec ce prêtre. Le problème vient des catholiques non pratiquants qui veulent tous les avantages sans les inconvénients (en ce domaine comme en d'autres). L'éducation humaine et religieuse d'un enfant ne peut se passer d'une Loi. La Loi de l'Amour ne vient pas supprimer les lois de toute société mais les transformer de l'intérieur. Un enfant a besoin de tuteurs. Si les parents sont incapables de guider leur enfant sur le bon chemin, ils vont souffrir quand leur cher bambin aura l'âge de l'adolescence. Je les plains grandement. C'est de là que vient la désertification de nos églises. Alors bravo à ce prêtre qui ne fait que remplir son devoir d'éducateur de la foi des chrétiens.
Bonjour,
Le choix du baptème de son enfant est un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et animer de nombreux débats.
Un couple de religion catholique (marié devant Dieu) doit-il faire baptiser son enfant ? Est-ce un devoir de parent ou un choix de l'enfant ?
Je suis française, je mets au monde un enfant et bien je vais lui parler français. Je ne vais pas attendre qu'il est 3 ans pour lui demander qu'elle langue il veut apprendre !!! Il en est de même pour la foi ! Je perpétue ma langue, mes us et coutumes, ma religion, ma foi au travers mon enfant. Rien n'empêche mon enfant, à l'age de raison, de se convertir à une autre religion en connaissance de cause si la religion que je lui ai transmise ne correspond pas à ces convictions personnelles.
Ne pas transmettre sa religion à son enfant me parait être un acte irresponsable qui engendre plutôt l'exclusion d'une communauté.
Pourquoi lui laisser la responsabilité de choisir sa religion ? Les enfants n'ont-ils pas suffisamment de difficulté à choisir leur orientation sans encore en rajouter une couche avec la religion !!
Par contre, faire baptiser son enfant, c'est veiller à son éducation religieuse au même titre que son éducation scolaire ou sportive.
Aussi, j'approuve ce prêtre qui sanctionne ce couple qui aurait baptisé leurs enfants juste pour les dragées !!
Il va de soi que le baptème doit obligatoirement être suivi d'un éveil à la foi.
@Joachim
Je pense également que ce prêtre a raison dans ce sens ou le baptême n'est pas un dû et que l'Église a le droit de considérer que c'est un acte trop important pour le distribuer sans contreparties à tous ceux qui le demandent !
Par contre, je suis persuadé que la Loi de l'Amour peut s'exprimer en dehors de l'Eglise et que l'on peut guider ses enfants dans le "bon chemin" sans nécessairement les faire baptiser ou adhérer à une religion !
Merci pour votre passage.
@Darie
Il me semble que cela fait quelques temps que la baptême n'est plus un facteur d'intégration dans une communauté et à contrario que ne pas être baptisé n'est plus un facteur d'exclusion !
Perpétuer sa foi, certes, mais le baptême en soi n'est pas un moyen essentiel, la meilleure preuve c'est que beaucoup font baptiser leur enfant sans leur donner aucune éducation religieuse ensuite !
Je ne vois aucune incompatibilité entre le fait de perpétuer sa foi et de demander, ensuite, plus tard, à son enfant de faire le choix de se baptiser ou non !
Au contraire, perpétuer sa foi c'est convaincre après avoir expliqué et démontré en quoi sa foi vaut la peine d'y adhérer, pour qu'ensuite l'enfant prenne lui même la décision d'entrer dans l'Eglise.
Alors que là on fait l'inverse, on le baptise à un moment ou il est tout à fait incapable de comprendre quoi que ce soit, ce qui est beaucoup plus facile et beaucoup moins risqué, et comme ça on n'a pas à se casser la tête pour le faire adhérer à quoi que ce soit et on s'exonère de ce travail d'éducation et d'explication !
@Nicolas,
A contrario, je ne vois aucune incompatibilité entre le fait de faire baptiser son enfant dès le plus jeune âge, de lui enseigner le christianisme et de lui expliquer pourquoi nous avons décidé pour lui son adhésion à la communauté religieuse à laquelle on appartient.
Il en est de même pour le judaisme et l'islam. On nait juif, on nait musulman, on appartient de facto à la communauté religieuse de ses aeuix.
Ne pas faire baptiser son enfant c'est en quelque sorte renier sa religion, ne pas être certain qu'elle sera la meilleure pour son enfant.
Voilà , voilà ... à chacun son point de vue !!
@Nicolas, la Loi d'Amour, c'est l'Esprit Saint (selon St Thomas d'Aquin). L'Esprit Saint peut agir en-dehors des sacrements ou de l'Eglise catholique, bien sûr. Ce que je voulais dire, c'est que la plupart des catholiques non pratiquants confondent liberté et laxisme, notamment en matière religieuse. Non, la liberté s'appuie sur la Loi d'amour.Quand on aime vraiment son enfant, on lui montre le chemin en l'influençant forcément, même en matière religieuse.
@Joachim
Je préfère cette formulation là qui ne laisse pas l'impression que l'Eglise à le monopole de l'Amour pour paraphraser une répartie célèbre !
Je suis d'accord, aimer son enfant c'est nécessairement lui montrer le chemin que l'on pense le meilleur et pour en revenir au thème initial du billet, le faire baptiser à 6 mois ce n'est pas ce que j'appelle lui montrer le chemin !
@Nicolas. Bien sûr, l'Eglise n'a pas le monopole de l'amour, bien heureusement ! Quant à refuser le baptême des bébés, je n'irais pas jusque-là. Jésus a bien dit "Laissez venir à moi les petits enfants". Mais aujourd'hui, en effet, le baptême d'adulte serait la meilleure solution pour la plupart, étant donné la situation actuelle.
@Joachim
Eh bien il semble que l'on ait le même avis sur ce sujet !
Merci pour cet échange.