Pourtant, dans un contexte de grave crise économique mondiale, devant la montée en puissance de la Chine et de l’Inde, devant l’état d’esprit extrêmement nationaliste de la Russie, devant la pression de plus en plus forte de l’Islam, devant les grandes problématiques mondiales auxquelles nous sommes confrontées comme le réchauffement climatique, les risques de pandémies, l’immigration, les ressources en eau insuffisantes, la hausse inéluctable du prix de l’énergie et des matières premières ou encore les questions qui se posent sur notre modèle économique, qui peut prétendre que nous n’avons pas besoin d’une Europe forte et unie !

Compte tenu de tout cela, on pourrait s’attendre à un intérêt fort pour les élections européennes tant de la part des partis politiques que de la population, on pourrait s’attendre à ce que ces élections soient l’occasion de débats enflammés sur ce que l’on veut faire de l’Europe, sur la manière de la rendre plus forte, plus influente, plus protectrice mais aussi plus efficace et plus démocratique !

Certains la veulent plus sociale, d’autres plus libérale mais qu’importe du moment qu’il y a débat, décision et qu’on se donne les moyens de la faire avancer !

Toutes les conditions sont réunies pour que l’Europe soit au cœur des débats et pourtant que constate-t-on:

  • Un taux de participation estimé extrêmement faible alors que nous sommes à1mois du scrutin !

Pensez que selon un sondage européen réalisé en Mars, moins de 20% des polonais étaient certains d’aller voter et la France et l’Allemagne faisaient figure de bons élèves (parmi les pays pour lesquels le vote n’est pas obligatoire) avec des taux d’abstention supérieurs à 50% !!!

  • Un débat franco-français, entre le PS qui n’a comme seule ligne directrice le vote sanction contre Sarkozy, entre l’UMP qui n’a à la bouche que le formidable bilan de Sarkozy à la présidence de l’Union Européenne, 80 % du maigre nombre de votants seront appelés à le faire pour conforter ou contester Sarkozy.
  • De nombreuses listes de nationalistes de toute obédience qui ne sont là que pour casser l’Europe, parmi lesquelles ont peut citer en vrac le NPA, Front de Gauche (avec le PCF et Mélenchon), Lutte Ouvrière, le FN, le parti de la France de Carl Lang, Libertas (alliance du MPF de de Villiers et du CPNT de Nihous) et même un Parti Breton *, c’est pour dire !
  • Des listes qui n'ont rien à faire dans le cadre de ces élections, le summum étant atteint avec la liste poubelle que veut monter l’antisémite Dieudonné avec comme seul thème de bataille l’anti-sionisme (voir ici) !
  • Même ceux qui ont toujours affirmé leurs convictions européennes font des alliances douteuses comme Cohn-Bendit acoquiné avec Jose Bové, ou ne se font pas entendre sur le sujet tel François Bayrou, trop occupé à s’afficher comme le meilleur opposant à Sarkozy pour faire une vraie campagne sur l’avenir de l’Union Européenne !
  • Des listes incomplètes, comme par exemple celles de l’UMP qui n’a même pas désigné le second de liste pour un certain nombre de régions.
  • Une désignation des candidats qui semble répondre à des préoccupations de petite politique (ménager tel ou tel courant ou tel parti inféodé) ou de copinage. L’élection européenne étant dans ce cas, utilisée pour recaser un tel ou une telle qui n’a pas pu se faire élire aux élections nationales ou que l’on souhaite écarter de son poste de ministre, plus que par soucis de désigner ceux qui porteront le plus efficacement la parole de leurs électeurs.
  • Enfin, cerise sur le gâteau, des eurodéputés français qui, à quelques exceptions notables près, trompent leurs électeurs en n’assumant pas le rôle pour lequel ils ont pourtant été élus. Selon un récent classement établi à partir de données fournies par l’Union Européenne, les députés français ne brillent ni par leur présence, ni par leur activité au sein du parlement européen. Deux exemples, Vincent Peillon candidat PS, tête de liste pour la région Sud-est et Marine et Jean-Marie Le Pen respectivement tête de liste pour le FN pour les régions Nord-Ouest et Sud-est, figurent parmi les moins actifs au parlement européen !

Quand à Philippe de Villiers, il détient la palme en matière d'absentéisme, ce qui ne l'empêche pas de briguer un 4ème mandat comme tête de liste de la région ouest pour Libertas.

Nos chers élus laissent ainsi la place aux représentants d'autres pays qui n'ont pas forcément la même vision que nous de l'Europe et notamment l'Angleterre dont les eurodéputés figurent parmi les meilleurs élèves et dont le lobbyisme est particulièrement efficace !

Tout cela est particulièrement significatif de cette grande illusion largement répandue dans toute la classe politique française et hélas parmi nos concitoyens, que notre fameuse exception française est si exceptionnelle que nous n'avons pas besoin de l'Europe et que de toute façon, elle se propagera tout naturellement dans l'Europe entière voire dans le monde entier !

Cela dit, pour être tout à fait honnête, et sans que cela constitue une quelconque excuse, on trouve bien pire chez nos voisins transalpins !
En effet, non contents d’être la lanterne rouge en matière d’assiduité au parlement européen, leur grotesque Président du Conseil, Silvio Berlusconi, a considéré qu'il serait électoralement payant d’agrémenter ses listes de quelques starlettes extraites de son empire cathodique aux mensurations largement supérieures à leur compétences (voir ici) !

Pauvre Europe, quoi que l’on puisse lui reprocher, elle n’a pas mérité ça !

Soutenons la, elle en a bien besoin, allons voter....et tant qu'à faire pour ceux qui la respecte !

Ajout le 26 mai : Suite à un commentaire sur Cozop, je me dois de préciser que j'ai fait une erreur en assimilant le Parti Breton aux listes nationalistes "qui ne sont là que pour casser l'Europe". En fait c'est tout le contraire, le Parti Breton est un parti régionaliste très favorable à une Europe fédérale. Néanmoins comme je l'ai exprimé dans ma réponse à ce commentaire, du fait de ses préoccupations exclusivement bretonnes, je ne peux mettre le Parti Breton dans la catégorie des Partis qui font avancer l’idée de l’Europe en France.