Le principe même d’un paiement obligatoire, et quel qu’en soit le montant, s’apparente clairement à de la vente forcée...or je n’ai pas envie que l’on me force à payer pour un bien que je n’ai pas envie d’acquérir, du moins sous cette forme !

Certes, il a été proposé de rendre cette licence optionnelle, sachant que ceux qui ne la paieront pas seront passibles de poursuites s’ils téléchargent !...Mais, dans ce cas, on retombe exactement dans la problématique HADOPI, c'est-à-dire d’avoir à monter une usine à gaz peu fiable et liberticide pour identifier les pirates, quel intérêt ?

Et puis, pourquoi 5 euros et pas 10 ou 15 ou 2 ? …comment cette somme évoluera t’elle ? Comment faire la répartition de la somme entre les artistes ? Comment limiter les téléchargements à ceux qui utiliseront les services d’un provider régis par le droit français ou si elle est optionnelle, à ceux qui auront payé ?....en bref, outre le principe d’un prélèvement obligatoire qui revient à faire des artistes, des fonctionnaires, une palanquée de questions restent posée qui font craindre que le système ne soit compliqué sinon confus et pas vraiment équitable !

Ce qui me gêne également dans cette idée de « licence globale » et qu’elles qu’en soient les modalités, c’est qu’elle collectivise les droits d’auteur. On forme un pot commun pour rémunérer les artistes selon des règles nécessairement arbitraires sauf à surveiller l’ensemble des téléchargements ce qui n’a pas de sens. On passe ainsi d’un système ou l’artiste est rémunéré en fonction de son succès, de ce qu’il vend, à un système ou tout le monde peut télécharger tout et n’importe quoi et puisque c’est gratuit, on ne s’en prive pas, noyant ainsi l’artiste réellement méritant parmi tous les autres !

Mais comment en est-on arrivé là ? Comment en est-on arrivé à imaginer des systèmes compliqués et peu équitables pour rémunérer les artistes ?....à cause du piratage bien entendu !

Avec ces tristes histoires d’HADOPI 1 puis 2, on a trop souvent oublié que c’est du piratage que vient tout le mal, ce piratage pour lequel beaucoup ont une indulgence coupable et contre lequel je voudrai m’insurger !

Pour ma part, je n’ai jamais téléchargé illégalement de musique ou de film considérant notamment que cet acte s’apparente à du vol et que, comme toute envie de consommation d’un bien ou d’un service que j’ai envie d’assouvir, soit je le paye soit je réfrène cette envie !

Que tout le monde n’ait pas mes scrupules, ne m’étonne guère, mais ce qui me suffoque c’est que j’ai l’impression que mon mode de fonctionnement est largement minoritaire face à ceux qui ne se posent même pas la question en ces termes et ceux qui trouvent toutes les excuses pour justifier ces agissements.

Parmi les bonnes raisons évoquées pour faire d’Internet un vaste lieu d’échange de produits immatériels gratuits, on en trouve 2 qui me semblent particulièrement spécieuses :

La première, c’est le très fameux « Les maisons de disques et les studios s’en mettent plein les fouilles en nous vendant des disques ou des DVD a des prix exorbitants, ils n’ont qu’à pratiquer des prix raisonnables et on paiera » !

Houai ! … tout est relatif et je suis certain que quel qu’en soit le prix, beaucoup privilégieront toujours l’option gratuite !

Et puis de toute façon, on a tout à fait le droit de juger que le prix d’un service ou d’un bien est trop élevé par rapport à ce que l’on veut et/ou peut y mettre mais dans ce cas on ne l’achète pas, tout simplement !

Sauf à avoir des moyens illimités, on est en permanence obligé de faire des arbitrages entre les biens que l’on aimerait obtenir ! Que je sache, il n’y a pas ceux que l’on peut ou veut payer et les autres ….que l’on vole ! ….pour être encore plus explicite, ce n’est pas parce que je trouve que le prix d’un bon vin est exorbitant que je vais m’autoriser à le voler ….chez Nicolas …non, j’en boirai moins souvent ou je taperai dans un vin moins prestigieux !

A ce stade là de l’argumentaire, on me rétorquera que ce n’est pas pareil, qu’accéder à la culture est un droit alors que picoler du vin, pas encore !

Alors là, je dis halte ! … il faudra un jour que l’on m’explique ce qu’est un bien culturel ou plus précisément en quoi tous les biens « culturels » doivent être sacralisés !

Faciliter l’accès à « La Princesse de Clèves » pourquoi pas ! mais au dernier Marc Levy ? …à « Gran Torino », pourquoi pas ! mais à « High School Musical 3 » ? à la discographie de Brel pourquoi pas ! mais à celle d’Obispo ?... en tout état de cause, le « droit à la culture » est une vaste fumisterie qui là encore ne sert qu’à justifier le piétinement du droit d’auteur !

Et c’est là qu’intervient la seconde justification du piratage, et même si elle n’est pas toujours exprimée de cette manière, elle consiste à considérer que puisque la technologie le permet, c’est que c’est implicitement autorisé ! …pire encore, que les maisons de disques n’ont qu’à s’adapter à cette technologie et que si elles sont trop nulles pour ne pas savoir l’empêcher, qu’elles ne viennent pas se plaindre !

Cela signifie t’il que s’il n’y avait pas de caméras de surveillance et de vigiles à la FNAC tous ceux qui téléchargent sans vergogne et sans débours, iraient se servir en livres, en CD et autres DVD et partiraient leur butin en poche sans passer par la case caisse ?

Pourtant quelle différence, si ce n’est le regard des autres auquel on échappe bien caché derrière son écran ou l’effet psychologique qui fait que ce qui ne se voit pas, ne se palpe pas et n’a pas une étiquette avec un prix et un code barre, semble gratuit …et n’allez pas me dire que c’est le coût du boitier et du pressage qui justifie que l’on paye !

Sachant de plus, que si certains éditeurs ont des velléités d’implémenter des systèmes de protection sur leurs CD et autres DVD, ils sont immédiatement détournés par des petits malins (notez la nuance, pas des escrocs, des malins) et pour peu qu’ils provoquent quelques dommages collatéraux (pas de lecture sur auto-radio, pas de copie possible pour usage privé…), ils sont tout de suite attaqués par de zélées associations de consommateurs !

Une attitude qui a également le don de m’exaspérer, et qui paradoxalement est souvent relayée par certains auteurs, consiste à faire le faux fataliste en disant en substance qu'on ne peut pas lutter contre le sens de l'histoire, que les artistes doivent se faire une raison et faire une croix sur leurs droits d’auteurs et qu’ils n’ont qu’à se rémunérer grâce aux concerts et autres manifestations médiatiques !

Absurde !...d’une part, parce que je ne vois pas pourquoi on devrait obliger les artistes à faire des tournées pour se rémunérer ! …dans ces conditions, un Gérard Manset qui n’a jamais fait un concert de sa vie …n’aurait jamais fait de disque !
D’autre part, parce que cela provoquera nécessairement une hausse du prix des places de concert déjà très chères !

Et enfin parce que tous les artistes ne sont pas nécessairement des cadors de la scène, et que leur travail d’artiste c’est avant tout l’œuvre qu’ils produisent et que c’est donc sur l’acquisition du droit de profiter de cette œuvre que l’on doit avant tout les rémunérer !

C’est donc, à cause du vol que constitue le piratage qu’on nous imposera un HADOPI 2 à peine moins pire que le 1 et peut-être une licence globale qui nous obligera à payer pour que certains puissent télécharger toutes les merdouilles pseudo culturelles qu’il voudront…encore une fois, on cède avec une extrême indulgence à l’incivisme de certains en obligeant la collectivité toute entière à payer pour eux…eh bien moi, payer pour que des pillards téléchargent Obispo ou NTM, je le dis tout crument ça me fait mal au cul cœur !