MoDem – PS, l’alliance à hauts risques !
Par Nicolas le lundi 24 août 2009, 19:45 - Humeur politique - Lien permanent

L’initiative du Modem, à travers
Marielle de Sarnez, de tendre la main au Parti Socialiste pour
« construire ensemble » est clairement un tournant dans la démarche
politique du Modem.
Un tournant à prendre avec beaucoup de prudence à mon sens.
Comme le rappellent certains et notamment
Bob dans un billet repris par
l'Hérétique, ce qui a fait l’originalité et le succès du message de
François Bayrou c’est bien ce « ni Droite, ni Gauche », c’est l’idée d’une
voie originale qui ferait fi de cette dichotomie archaïque entre la Gauche et
la Droite.
En mars 2008 à l’occasion des élections municipales, beaucoup avaient traité
le MoDem de parti d’opportunistes lui reprochant de « s’acoquiner »
au cas par cas avec des personnalités locales plutôt que de choisir
« clairement » et tant qu’à faire « définitivement » son
camp à travers une alliance nationale avec l’UMP ou le PS.
A l’époque, j’avais pris ma plus belle plume pour exprimer tout le
mal que je pensais de ces critiques.
Je me permets de reprendre quelques extraits de ma prose de
l’époque :
« …Pourtant, quoi de plus cohérent que la STRATEGIE de François
Bayrou et du MoDem !
Quoi de plus cohérent que de dire nous ne sommes inféodés ni à l’UMP ni
au Parti Socialiste qui n’ont ni l’un ni l’autre le monopole des candidats et
des projets de qualités !
Quoi de plus cohérent que d’envisager, surtout dans le cadre de
municipales, les alliances au cas par cas sur la base des projets proposés plus
que sur la couleur politique de tel ou tel candidat !!!
Quoi de plus cohérent pour un parti qui s’est construit sur cette idée
forte que l’on pouvait dépasser les vieux clivages Droite-Gauche, que l’on
pouvait s’exprimer politiquement sans sectarisme !!!
Qu’aurait signifiée une telle alliance sinon la remise en cause,
quelques mois après sa création, de ce qui constitue l’essence même du
Mouvement Démocrate, c'est-à-dire le refus de s’enfermer dans un camp
!!!!!!
Et qu'auraient dit les vilipendeurs du MoDem à ce moment là ?
»
Certes ces propos datent d’il y a 18 mois, le MoDem était alors tout juste
revenu des fonds baptismaux, encore dans l’euphorie des 18% de François Bayrou
à la présidentielle à peine refroidie par des législatives décevantes. Ces
législatives, justement, qui ont révélées, pour ceux qui en doutaient encore,
la force d’écrasement du scrutin majoritaire à 2 tours pour les Partis qui
veulent porter un message différent de celui des Cadors de Droite ou de
Gauche.
Mais depuis, il y a surtout eu le traumatisme des européennes !
Au-delà du score décevant des listes MoDem, pour toutes les raisons que nous
avons déjà eu l’occasion d’évoquer, il me semble que ces élections ont sans
doute sonné le glas d’une certaine idée de ce que devait-être le MoDem, cette
fameuse troisième voie qui est à la base de son message original.
Autant le scrutin majoritaire interdisait tout espoir de briller aux
législatives, même si elles suivaient de peu l’élection présidentielle, autant
les Européennes qui se jouaient dans des conditions idéales avec un PS
affaiblis, sur un sujet maitrisé et surtout sur la base d’un scrutin de listes
à 1 tour, étaient l’occasion ou jamais de s’inscrire définitivement comme une
force qui compte dans le paysage politique français.
Au lieu de cela, le MoDem n’a même pas été capable de faire mieux que les
Ecologistes !
La déconfiture des Européennes a probablement été l’élément déclencheur
d’une prise de conscience que le MoDem ne s’en sortirait pas tout seul. A
partir de là, l’anti-sarkosisme des dirigeants du MoDem ayant considérablement
réduit le choix des alliances possibles, il a été choisi de tendre une main
secourable au Parti Socialiste.
Evidemment, rien ne dit que cette main tendue sera empoignée avec un
fraternel enthousiasme par le PS, mais imaginons qu’elle le soit, que se
passera t’il ?
Je n’envisage sérieusement que 2 scénarios :
En effet, j'élimine d'entrée, le rapport de force équitable, le jeu
d'alliances d'égal à égal.
Dans le premier, le MoDem, via un jeu d’alliances régulières et nationales
avec les PS, s’inscrit définitivement à Gauche et le rapport de force étant ce
qu'il est, devient une composante, non majoritaire de cette Gauche. Petit à
petit, scrutin majoritaire oblige, le MoDem deviendra le « Nouveau
Centre » de la gauche, c'est à dire un Parti croupion du PS obligé de
quémander des places sur les listes PS/MoDem pour obtenir quelques élus, une
sorte de gros parti radical !
Le deuxième scénario, peut-être le moins probable malheureusement, je
l’avais déjà évoqué dans un
précédent billet (eh oui, encore un peu d'auto-promotion !). Dans ce
billet, qui date également de Mars 2008, je développais l’idée, quelques peu
iconoclaste, que dans le cadre de la bipolarisation des paysages politiques
nationaux, il n’y avait pas vraiment de place pour le PS et le MoDem et que ce
dernier pouvait se substituer au premier en tant que parti représentant d’une
Gauche moderne sociale-démocrate.
Evidemment, pour aboutir, ce scénario suppose que certaines conditions
soient remplies et notamment que le PS continue sur sa lancée autodestructrice
et de ce point de vue c'est assez bien parti.
En tout état de cause, et toujours dans l’hypothèse assez improbable à ce jour
d’une alliance avec le PS, je suis persuadé que l’un des 2 contractants y
laissera nécessairement de plumes, espérons que ça soit le ……… (dans le cadre
de ce blog extrêmement interactif, chacun pourra compléter comme il l’entend
sous réserve bien entendu d’avoir imprimé ce billet au préalable) !
PS: Nonobstant la sympathie que m'inspire Marielle de Sarnez, il me semble
quand même qu'il aurait été de bonne attitude démocratique que de demander aux
adhérents du MoDem s'ils sont accord avec cette politique d'alliance. Le débat
sur le sujet dans la blogosphère montre bien que cette question ne fait pas
nécessairement consensus.
PS2: On me rétorquera que Marielle n'a jamais formellement parlé d'alliance, ce
qui est vrai, mais tous ces "nous" et "ensemble", dans son discours sont
suffisamment éloquents pour qu'il ne soit pas utile de prononcer le
mot !

Commentaires
Bonsoir,
Je partage depuis quelques mois déjà (en fait, depuis la présidentielle de 2007) votre idée sur l’impossibilité de co-existence entre le MoDem et le PS, et sur le fait que le meilleur avenir envisageable pour le premier passe par une scission suivie d’une disparition du deuxième, c'est-à-dire ce que vous appeler le second scénario.
Le problème est qu’une explosion du PS n’est envisageable que faisant suite à une déroute électorale de plus grande ampleur que celle des Européennes, par exemple cela serait de perdre la presque totalité des régions aux prochaines élections, privant ainsi ce parti de la seule chose qui lui reste : ces élus locaux.
Cet objectif pourrait être atteint par le MoDem, il lui suffirait de ce maintenir indépendamment aux deux tours de cette élection (quitte à faire gagner l’UMP !), cela nécessiterait cependant de gagner quelques voies pour atteindre les seuil des 10% (condition de l’accès au deuxième tour), en s’associant notamment avec l’Alliance Centriste (bizarrement très attentiste en ce moment, comme si il attendait que l’on les appelles), voire avec le Nouveau Centre (dans lequel la stratégie trop suiviste de Morin commence à être critiquée), ce qui à mon avis suffirait pour créer une « dynamique d’union » de la même veine que celle qu’à pût réussir Europe Ecologie lors des Européennes.
Malheureusement, ce ne semble pas être le choix qui a été présenté à Marseille par Marielle de Sarnez, mais au contraire le choix d’une main tendu au PS qui aurait pour conséquence de permettre à celui-ci de se refaire une santé électorale (alors que celui-ci avait déjà un genou à terre !), ce qui ne pourrait que s’achever que par une situation décrite dans votre premier scénario…
Bonsoir Eric,
Je suis d’accord avec le fait que le PS n’est pas encore suffisamment affaibli pour que ses électeurs se tournent vers le MoDem et le MoDem n’est pas assez fort pour être attractif….d’ailleurs la meilleure preuve c’est qu’aux Européennes les déçus du PS se sont tournés vers la liste de Cohn-Bendit et non pas vers le MoDem.
Mais pour que le MoDem puisse un jour espérer remplacer le PS, il ne faut pas qu’il apparaisse comme son fossoyeur, ce qui ne manquera pas d’arriver en cas de triangulaires systématiques. Il ne faut pas non plus qu’il s’allie avec le Nouveau Centre trop marqué UMP et pro Sarkozy. Il n’y aurait rien de pire qu’une telle alliance qui paraitrait téléguidée par Sarkozy pour abattre le PS. Enfin, il ne faut pas que le Centre ait l’air de ressusciter l’UDF. En cela, j’ai du mal à voir un quelconque avenir à l’Alliance Centriste.
Je pense comme vous, que tendre la main au PS, maintenant, alors que le MoDem est encore sonné par son score aux européennes, est une erreur. Il aurait fallu le faire avec un PS en déclin et un MoDem en position de force pour bien montrer ou se trouve l’avenir …le faire comme cela et maintenant, c’est risquer de se faire phagocyter par le PS ( scénario 1) et de surcroit d’éloigner du MoDem ceux qui se considèrent plus proches de la Droite que du PS, ceux qui n’ont rien à voir avec les archaïques du PS et du reste de la gauche puisque si le PS s’alliait avec le MoDem, il y aurait un pression forte en son sein pour compenser sur sa gauche !