« Ok pour EDF mais uniquement si je reste à la gouvernance de Veolia » !

Et il faut croire que Sarkozy y tenait parce que cette condition, qui semble quand même bien exorbitante, a été acceptée !

En conséquence, Henri Proglio sera en Novembre PDG d’EDF et en même temps, probablement Président du conseil de surveillance de Véolia !

On savait Nicolas Sarkozy farouche défenseur du cumul des mandats politiques dont il s’était fait une spécialité avant d’accéder au plus élevé d’entre eux et voilà maintenant qu’il favorise cette sale manie dans l’industrie, c'est maladif chez Nicolas Sarkozy, il faut qu'il mette le cumul à toutes les sauces !

On peut porter exactement les mêmes critiques sur ce cumul de responsabilités que sur le cumul des mandats des politiques, avec en résumé :

  • Que le cumul des mandats est par essence source de conflits d'intérêts !

Dans le cas d’Henri Proglio, un élément de risque supplémentaire vient s’y ajouter puisque EDF est détenue à 85 % par l’Etat alors que Véolia est une entreprise privée, le risque du conflit d’intérêt est d’autant plus sensible lorsqu’il implique le public et le privé !

  • Que la qualité du travail fourni sur l’un ou l’autre des mandats ne peut pas être optimum !
  • Que le cumul des mandats contribue à scléroser la vie politique économique, qu’il permet à quelques professionnels de monopoliser les responsabilités, bloquant par la même le renouvellement des élites, bloquant ainsi son ouverture à des catégories peu représentées et notamment les femmes !

D’ailleurs, à ce propos, comme une coïncidence, une récente étude d'Ernst & Young, réalisée en partenariat avec Proxy France a démontré que les conseils d’administration des entreprises du CAC 40 sont plus que jamais l’apanage d’une petite élite. « 98 administrateurs, soit 22%, détiennent 43% des droits de vote » et que ce cumul inquiète de plus en plus les investisseurs, et notamment les fonds d'investissement internationaux qui se plaignent des risques liés notamment à la disponibilité des administrateurs.

Le cumul des mandats de Proglio, tel qu’il est prévu, est une manifestation caricaturale de cette main mise de quelques uns sur la Gouvernance des plus grosses entreprises françaises.

Comment ce fait-il qu’une telle situation ait pu être acceptée ?

Serait-ce que personne d‘autre ne pourrait assumer ces fonctions avec un égal talent ? (argument systématiquement ressortis pour justifier la consanguinité au sein des conseils d’administration)

Proglio serait-il indispensable à la tête des 2 entreprises ?

Dans ce cas, il y a vraiment lieu de s’inquiéter sur la qualité des managers en France !

Le fait que Proglio soit un proche de Nicolas Sarkozy (il était invité au Fouquet’s) a certainement joué mais il y a, semble t’il, une autre raison.

Proglio veut persuader l’Etat d’opérer un rapprochement entre Veolia et EDF sur certaines activités. Manifestement, il aurait réussi à convaincre Sarkozy qui l’aurait, pour cette raison, autorisé à rester à la tête de Véolia après sa nomination à celle d’EDF.

Sans juger de la pertinence d’un tel rapprochement, ce genre de procédé est quand même étonnant !

C’est le PDG d’une entreprise privée, à laquelle manifestement il est attaché, qui va conseiller l’Etat sur un rapprochement avec une entreprise publique !...comment être certain que ces alliances ne se feront pas au profit de l’entreprise privée !

En tout état de cause, sans préjuger des qualités morales de Proglio, il me semble que le conflit d’intérêt est flagrant !

François Bayrou est l'un des rares premiers à s'être exprimé sur ce sujet.

Et je reprendrai bien à mon compte sa conclusion : «c'est une décision qui ne peut pas ne pas poser de questions » ...et je n'ai pas vu grand monde s'en poser des questions !