La vieille règle de la faiblesse de l'écologie politique
Par Nicolas le mardi 29 décembre 2009, 21:06 - Humeur politique - Lien permanent

Lu dans les Echos, un bref mais intéressant entretien de Cohn-Bendit, je le
livre texto et intégralement:
« J'ai longtemps eu l'impression que l'écologie politique devait
représenter davantage que sa faible réalité électorale : les élections
européennes du mois de juin m'ont donné raison. Notre résultat illustre
également le fait que notre rassemblement d'écologistes appartenant à des
mouvances différentes a marqué l'opinion. Nous avons surmonté nos divergences,
ce que le Parti socialiste n'est pas capable de faire. Le débat télévisé avec
François Bayrou, juste avant le vote, a été un épiphénomène. Il a montré
cependant que (le président du MoDem) s'est trompé de campagne. Son programme
se résumait en un mot: l'antisarkozysme. A l'inverse, j'étais persuadé qu'une
partie de l'électorat ne voulait pas que l'on se positionne exclusivement en
négatif, c'est pourquoi nous avons eu un discours très européen. Le PS, pour
avoir fait la même erreur d'analyse que lui, c'est-à-dire, croire au vote
sanction, a payé le même prix. Désormais, les écologistes doivent poursuivre
aux élections régionales la bonne séquence ouverte avec les élections
européennes. Ce n’est qu'à l'issue de ce futur scrutin que nous pourrons
vérifier le niveau réel de notre poids dans '’opinion. Si nous ne faisons que 6
ou 7 %, alors les précédentes élections n'auront été qu'une exception qui
confirme la vieille règle de la faiblesse de l'écologie politique ! Dans
le cas contraire, si nous dépassons une nouvelle fois la barre des 15 %, alors
nous serons devenus un élément incontournable du paysage politique français. Et
si nous gagnons une région, tant mieux ! Ce serait un tremblement de
terre ! Mais ne rêvons pas trop. Prendre une région n'est pas impossible,
c'est juste improbable. Obtenir 15 % en revanche, est un objectif ambitieux
mais réaliste. »
Daniel Cohn-Bendit pour Les
Echos le 29/12/2009
DCB fait une analyse qui n’est pas inintéressante même si, à mon sens, il
est loin d’aller au fond des choses.
Il a évidemment raison lorsqu’il explique les déconfitures du MoDem et du PS
par le fait que ni l’un ni l’autre n’ont réellement parlé d’Europe trop occupés
qu’ils étaient à taper sur Sarkozy.
Il a probablement également raison lorsqu’il explique une partie du succès
d’Europe Ecologie par le fait que ce mouvement constitue un rassemblement de
courants jusqu’alors très dispersés.
Néanmoins, dire « J'ai longtemps eu l'impression que l'écologie
politique devait représenter davantage que sa faible réalité électorale »
sans expliquer les raisons de cet état de fait et pourquoi, soudain, aux
Européennes tout a été différent, c’est quand même bien dommage !
Puisque DCB n’a pas voulu la donner cette explication, je vais le faire
moi-même.
J’explique cette soudaine vigueur de l’écologie politique par la conjonction
de 3 phénomènes :
Le premier, le plus évident, c’est bien que l’écologie est plus que jamais
un sujet d’actualité, une préoccupation de plus en plus généralisée et pas
seulement en France. Paradoxalement, ce ne sont pas les représentants de
l’écologie politique a proprement parler qui ont été à l’origine de ce
phénomène mais plutôt des scientifiques ou des personnalités issues des médias
comme Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand.
Les écolos politiques, dont les Verts sont les principaux représentants, ont
bénéficiés du mouvement sans vraiment l’avoir initié.
Le second phénomène, qu’évoque en creux DCB, c’est son implication forte
dans cette campagne et sa capacité à rassembler sous une même étiquette le
petit monde hétérogène de l’écologie française et des personnalités pourtant
très différentes qui sont soit à la marge de l’écologie traditionnelle (José
Bové) soit même en dehors de la mouvance écolo (Eva Joly).
Sans lui comme catalyseur et comme très médiatique tête de liste, tout
aurait été différent. D’ailleurs, la meilleure preuve c’est que c’est la
première fois que la liste n’était pas au nom des Verts et qu'on ne les a
quasiment pas entendus lors de la campagne….coïncidence ?
Si on ajoute à cela sa stratégie payante consistant à faire une campagne
d’élections européennes et non pas nationales et sa légitimité à parler de
l’Europe, on tient là des éléments d'explication tout à fait
recevables.
Le troisième phénomène, c’est le vide laissé par les déçus de l’UMP (ou de
Sarkozy) d’un coté et du PS de l’autre. Un vide politique qui aurait pu, dans
d’autres circonstances, et moyennant une campagne plus adaptée et une identité
politique plus affirmée, bénéficier au MoDem. Malheureusement, pour les raisons
que j’ai déjà évoquées ici, celui-ci n’a pas su en profiter. Ce troisième
élément d’explication coïncidant avec les 2 premiers explique parfaitement
pourquoi l'écologie politique a enfin représenté davantage que ce qui était sa
faible réalité électorale !
Maintenant, la question est de savoir si ces 3 phénomènes sont durables
comme le développement ou si « les précédentes élections n'auront été
qu'une exception qui confirme la vieille règle de la faiblesse de l'écologie
politique » ?
Mon avis, tout de suite maintenant, c’est qu’ils seront au moins
suffisamment durables pour tenir jusqu’aux Régionales ...après c'est pas
certain.
En effet, après Copenhague l’écologie est plus que jamais une préoccupation
des français, et le vide politique laissé par les déçus de l’UMP et les déçus
du PS est toujours présent sans que malheureusement le MoDem n’ait encore fait
la preuve qu’il puisse le remplir.
Par contre, ces paramètres risquent de ne pas durer très
longtemps.
Les autres partis vont prendre une part de plus en plus importante dans le combat écologique et le PS peut difficilement tomber plus bas et on peut espérer qu'il finisse par remonter la pente. Si on ajoute à cela la moindre visibilité de DCB qui à priori, ne sera pas candidat à une élection nationale et à contrario la mise en avant des vieux Verts tout excités par le succès aux Européennes qu’ils se sont attribués à tort, on peut penser que malgré un probable bon score aux Régionales, l'écologie politique ne reste pas très longtemps "un élément incontournable du paysage politique français" !

Commentaires
très bonne analyse ! Pourtant écolo (pas vert), je me lèche déjà les babines pour le spectacle comique et puérile des verts se jettant sur le bifteck qu'ils se croient posséder. On verra à ce momment s'ils agissent comme des carnivores égoïstes qu'ils ne veulent pas être ou de placides herbivores qui partagent le carré d'herbe fraiche... Je parie que pour le gateau électoral ils ne sont pas végétariens !
OK les sondages les confirment dans les chiffres des européennes, mais sont plutôt en légère baisse, alors attendons la suite. Je m'étonnes que DCB avec 15% ne soit pas plus ambitieux au niveau des présidences de régions, il faudra que je l'envoie vers mon blog pour lui donner des idées, mais peut être préferre t-il ne pas révéler sa stratégie.
Attention, avec la nouvelle mouture de la taxe carbonne, pour lutter contre les émissions de CO2 ils parlent de taxer les vaches ou de les éliminer!!!!
@LGV
Je crains que les Verts ne soient plutôt à mettre dans la catégorie vautours, ils se bâfrent d'un gâteau acquis par d'autres !
@André
Il ferait effectivement bien d'aller lire ton blog !
Attention, pas question de toucher aux vaches, par contre arrêtons de les bouffer ces pauvres bêtes et contentons nous de les élever dans les champs !
De toute façon j'ai lu que des scientifiques avaient trouvé un moyen pour qu'elles génèrent moins de méthane quand elles pètent ou elles rotent. Même Mac Do s'est lancé dans la recherche sur l'alimentation animale pour réduire les pets et rots de vaches...Attention Sarko, touche pas à mes vaches sinon c'est la révolution qui t'attends !
Bonjour, contrairement à cette analyse et aux commentaires, les Verts et les écologistes non encartés ont fait Europe Ecologie ensembles. Les idées ont été fabriquées en commun. Et il y a plus d'accords politique que de désaccords. D'ailleurs Dany est lui-même un vert allemand. Il partage la quasi intégralité du programme des Verts. Cependant ce qui change avec Europe Ecologie c'est la façon de faire de la politique, la façon de se présenter. Sur le fond il serait complètement aberrant de vouloir opposer cette famille politique. A part leurs adversaires qui essaye de faire croire à des divisions, personne de sensé ne croie à vos balivernes.
@gae
Bonjour,
Je veux bien admettre qu’il y a plus de points d’accord que de désaccord entre les Verts et le reste d’Europe Ecologie, ça me parait la moindre des choses, mais pour autant nier les désaccords me semble relever d’une forme d’autisme probablement volontaire !
Ils ont effectivement fait Europe Ecologie ensemble mais sans DCB cela ne serait jamais fait ! …pourquoi ?
Pour la réponse je me permets de vous renvoyer à ce que j’ai écrit il y a déjà plus de 2 ans sur les Verts pour expliquer leur déconfiture à l’élection présidentielle (Rappel : 1,6%).
Extrait d’un de mes billets daté du 25 avril 2007:
« Depuis des années, les Verts n’ont jamais donné l’impression d’aborder l’écologie avec impartialité et sans parti pris idéologique. Au contraire, beaucoup de leurs positions semblent, à tort ou à raison, plus relever d’un dogmatisme gauchisant et d'une contestation systématique que d’une réelle démarche « scientifique ».
De plus, en prenant position sur des thèmes qui n’ont rien à voir avec l’écologie, les Verts semblent perpétuellement hésiter entre un parti « généraliste » de gauche à la traîne du Parti Socialiste et un parti de promotion de l’Ecologie. De ce fait, ils rendent leur positionnement bancal ce qui contribue à brouiller fortement leur image. En conclusion, les Verts n’apparaissent pas comme des experts sérieux et crédibles sur le thème de l’écologie alors que sur les thèmes plus généralistes ils n’ont jamais trouvé leur place sur l’échiquier politique faute d’avoir pu se démarquer des autres partis de gauche.
Si on ajoute à tout cela le jeu très "personnel" de ses leaders et un mode de fonctionnement incompréhensible qui les conduit à des situations grotesques comme le bref épisode Lipietz en 2002 ou les désignations de personnages fantomatiques à la tête de leur parti, on comprend assez bien les raisons de leur décrépitude.
J’avoue que je ne me soucie guère de la perte d’influence du parti des Verts et encore moins de celle de ses porte-parole, non, ce qui me gêne c’est que les Verts par leur attitude desservent la cause Ecologique.
Or, cette cause mérite, sinon un parti politique, du moins un mouvement organisé, fort et influent pour la défendre, en faire comprendre les enjeux et être une force de propositions pertinentes.
Les Verts ont accaparé l’espace politique dévolu à un tel mouvement sans être capable d’en assumer le rôle alors si leur disparition pouvait permettre l’émergence d’un véritable mouvement Ecologique de référence, je serais le premier à m’en réjouir et à m'exclamer joyeusement "les Verts sont morts, vive l'Ecologie !"
Le parti écologique de référence auquel je faisais allusion à l’époque c’est peut être Europe Ecologie !
D’ailleurs, c’est sur la Place publique que les frères Cohn-Bendit ne sont pas d’accord avec les Verts notamment sur la question des alliances, Or, cette question de stratégie électoral cache en fait des dissensions de fond !
Pour ne pas me faire accuser d’être un « adversaires qui essaye de faire croire à des divisions », Je me contenterai de citer un passage de la lettre que Dany a envoyé à plusieurs dirigeants d'Europe-Écologie en Octobre de cette année :
« Il est évident et compréhensible que les Verts s'affirment par leur Bureau exécutif, leur secrétaire nationale ou leur porte-parole, autrement dit, dans le cadre classique de la gauche plurielle. Ceci donne alors le refrain : « A gauche toute et sans MODEM ! »
Or, nous affirmons l'autonomie de l'écologie politique, donc d' « Europe Écologie », en dehors de ce cadre référentiel de la gauche commune plurielle et/ou traditionaliste et rétrograde. »
Pour moi tout est là et c’est Dany lui-même qui le dit …ce ne sont donc pas des balivernes
Ps : Comparer les Verts allemands et les Verts français est un peu osé, ils n’ont réellement de commun que le nom…et encore il faut le traduire !
Dany est désormais le centre-droite vendable. Sa trajectoire "libertaire" et anti-communiste se poursuit en toute cohérence. Ces slogans, sans risques politiques réels, l'animent toujours, pour la galerie
http://ysengrimus.wordpress.com/200...
et il devient graduellement le BHL de l'euro-parlementarisme. Les ententes écolo-capitalistes s'esquissent déjà...
Paul Laurendeau