Sur un fond clair et extrêmement dépouillé, on y voit une femme et un homme cote à cote, l’air mi-sérieux mi-sinistre, avec une sorte de question/slogan: « Notre travail a-t-il la même valeur ? » !!

Et en dessous, un message appelant à réduire l’inégalité entre les rémunérations des hommes et des femmes !

J’ai du mal à comprendre l’intérêt de cette campagne d’affichage !

Telle qu'elle est formulée, la question « Notre travail a-t-il la même valeur » est censée nous amener à répondre tous, hommes, femmes et hybrides, dans une belle unanimité « mais bien sur que notre travail à la même valeur !!!! » ...pourtant, ma première réaction est plutôt de répondre « je n'en sais rien puisque je ne connais pas la qualité de votre travail ! »....comme si il était évident qu'un même travail réalisé par 2 personnes différentes devait avoir "la même valeur" !!!! !

Au delà de ça, le problème est que cette affiche semble poser la question de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes sur le plan purement moral en focalisant sur la responsabilité des entreprises !

Comme si les décideurs en matière salariale étaient tous de gros machos misogynes qui pratiqueraient une odieuse discrimination vis-à-vis des femmes qui, par essence, seraient considérées comme étant dans leur activité professionnelle beaucoup moins compétentes que les hommes !

La question ne se pose évidemment pas en ces termes et il est absurde d’essayer de faire culpabiliser les employeurs en leur envoyant à la figure un slogan accusateur !

Il ne faut pas prendre les conséquences pour les causes !

Le niveau de rémunération est la résultante d’un grand nombre de facteurs et laisser sous-entendre, voire dire explicitement, que le sexe de l’employé est un élément déterminant, est soit stupide soit malhonnête !

Même si certains employeurs peuvent malheureusement mal/surestimer l’impact de l’arrivée d’enfants sur la qualité ou la quantité du travail des femmes, l’écart moyen de rémunérations hommes/femmes ne peut certainement pas être réduit à ce simple facteur.

Evacuons tout d’abord les comparaisons incohérentes de choux et de navets, en excluant les conditions spécifiques de l’emploi féminin, globalement plus précaire (plus de temps partiel) et moins qualifié (plus faible proportion de cadres que chez les hommes) qui explique évidemment que la moyenne de leurs rémunérations est plus faible que celle des hommes.

De nombreuses études ont été faites sur le sujet et même si elles confirment que, sur une base comparable, le salaire moyen des femmes progresse moins vite que celui des hommes, elles présentent tout d’abord une situation beaucoup plus nuancée que cette affirmation péremptoire et surtout elles en exposent les raisons.

Notons par exemple que la progression salariale des hommes et des femmes ne s’opère pas au même rythme selon la catégorie socioprofessionnelle et selon les tranches d’âges. Par exemple, pour les salariés du secteur privé travaillant à temps complet, les évolutions de salaire sont très favorables aux hommes avant 25 ans, puis équivalentes entre 25 et 30 ans, enfin plutôt en faveur des femmes après 30 ans et ce jusqu’à la fin de la carrière (Etude Cereq voir ici).

Autre élément explicatif, la mobilité professionnelle.

En effet, à caractéristiques identiques, les hommes et les femmes voient leur salaire évoluer de façon équivalente lorsqu’ils restent chez le même employeur, alors que la progression est plus sensible pour les hommes lorsqu’au sein de son parcours professionnel il a changé d’emploi ou de qualification.

Or, pour un certain nombre de raisons, les femmes changent moins facilement d’entreprises !

En résumé, ce n’est pas le fait d’être une femme qui est le facteur discriminant mais les caractéristiques des carrières professionnelles des femmes !

Evidemment, il n’est pas question de nier que, souvent, le partage des rôles au sein du couple et notamment vis-à-vis des enfants, nuit à la carrière professionnelle des femmes.

Lorsqu’on évoque la mobilité par exemple, souvent source d’augmentation de rémunération, il est plus fréquent de voir la femme s’adapter aux évolutions de carrière de son mari que l’inverse.

Lorsqu’il y a séparation d’un couple et que la femme se retrouve seule avec ses enfants à « gérer », ce qui est le cas le plus fréquent, il est évident que sa vie professionnelle s’en trouve largement perturbée.

Mais faire comme si la différence de rémunération moyenne entre les hommes et les femmes n’était que le résultat d’une discrimination de la part des employeurs, est absurde !

C’est toute la Société qui doit s’interroger et évoluer, à commencer par une grande partie de la gente masculine.

Imposer aux entreprises, comme le propose l’UMP par la voix de l’inénarrable Lefebvre, de respecter une stricte égalité salariale entre hommes et femmes (à compétence et qualification égales) sous peine de sanctions et d’une démagogie sans nom !

Outre le fait que c’est considérer de manière simpliste que l’écart de rémunération homme/femme est le fait d’une abusive discrimination sexiste de la part des entreprises, cette règle serait extrêmement difficile à mettre en œuvre (L’UMP doit s’imaginer que l’entreprise privée fonctionne comme l’administration : un statut = un salaire) et perturberait de manière absurde la politique salariale de l’entreprise !

Faire de la grossière discrimination positive, ne règlerait absolument rien !

Ce genre de proposition est comme la campagne d’affichage, elle pointe du doigt la pointe émergée de l’iceberg afin d’éviter à poser les véritables questions qui dérangent !

Ce sont les mentalités qu’il faut faire évoluer, aidé en cela par quelques mesures afin de permettre aux femmes et aux hommes qui en auraient besoin de concilier au mieux leur vie familiale et leur vie professionnelle. La question est celle de l’organisation au sein d’un couple, de la répartition des rôles, des tâches et des revenus.

Il est trop facile de reporter sur les entreprises ce qui n’est que la conséquence d’une somme de comportements individuels !

D’ailleurs comment s'étonner qu'en réponse à un sondage de l’Eurobaromètre, 61% des français considèrent comme mesure prioritaire, l’augmentation des revenus féminins pour que les femmes gagnent autant que les hommes. (Page 13 de ce document). Evidemment personne ne précise qui va payer.