Il y a d’abord ceux qui ont bâti toute leur réputation sur ce système, les spécialistes reconnus, les vrais professionnels de la « réponse simple à un problème compliqué » qui tel un élixir miracle nous soulage de tous nos maux. Citons parmi ceux-là, un de ses plus méritant représentant, j’ai nommé le docteur que dis-je, le mage Besancenot, qui a réussi l’exploit de bâtir un modèle complet de société sur 2, 3 fausses bonnes idées simples !

Et puis il y a ceux qui cachent mieux leur jeu, ceux de qui on dirait assez bien que ce ne sont pas les derniers des ânes, mais qui ponctuellement mais néanmoins régulièrement, profitent d’un bon gros sujet bien sensible pour exhiber à la face du bon peuple ébahi, La « fausse bonne idée » qui règle tout !

Dans cette seconde catégorie, citons, au hasard, Laurent Fabius !

Laurent Fabius, est un habitué de la bonne idée tellement évidente qu’on se dit après coup « Mais bon sang, mais c’est bien sur, pourquoi n’y ais-je pas pensé avant » !

Il nous avait fait le coup à l’occasion du référendum européen avec son fameux plan B comme….bernés ou bidon, il avait remis ça lors des dernières législatives en substituant à un programme électoral digne de ce nom, un unique slogan « non à la TVA sociale » et voilà que fort de ses précédents succès, il nous revient avec une nouvelle bonne idée, sur le thème du financement des retraites.

Cet homme est vraiment extraordinaire, voilà un sujet qui mobilise, depuis des années les meilleurs esprits de France et de Navarre, voilà un sujet dont on se demande depuis des mois comment la France va bien pouvoir s’en dépatouiller sans tomber dans la guerre civile ou le collectivisme, voilà un sujet présenté comme un test important pour les instances européennes et les marchés financiers, eh bien figurez vous que Super-Fabius a trouvé La solution, il a trouvé La « bonne idée » …si, si, si…j’vous jure !

Afin de ne pas risquer de dénaturer ne serait-ce qu’une once de cette brillante pensée, je vous la recrache texto, telle qu’elle a été énoncée par Maitre Fabius himself sur RMC mercredi dernier.

« Je pense que les banques devront apporter une contribution importante au financement des retraites, plusieurs milliards d'euros par an, sous la forme d'une taxation, d'une augmentation par rapport à ce qu'elles paient sur l'impôt sur les sociétés ».

Voilà une idée qu’elle est bonne !

En écoutant cela, je me dis instantanément que nous avons une chance folle d’avoir un tel génie parmi nos hommes politiques.

Alors que jusqu’à présent, on nous avait proposé de choisir voire pire encore, de cumuler la peste et le choléra, c'est-à-dire de travailler plus longtemps et de payer plus, voilà qu’en fait j’apprends qu’il suffit de taxer les banque pour financer de façon importante les retraites !....ouf !!!
Figurez vous que j’ai crains, un moment, qu’on nous demande de faire des efforts pour pérenniser notre système de retraites…suis-je bête !

Avec cette proposition, Laurent Fabius est largement en tête du concours 2010 de la « réponse simple à un problème compliqué» !

Elle répond parfaitement aux critères : facile à comprendre, elle évite ou au moins limite les efforts qui auraient pu être demandés à ses électeurs et elle tape en plein dans le mille du fort ressentiment ambiant envers les salopards de banquiers qui nous ont foutu dans ma merde et qui se font des c… en or sur notre dos !

Malgré toute l’attraction qu’elle peut exercer sur les pauvres salariés et contribuables que nous sommes, cette « réponse simple à un problème compliqué» est l’exemple type de la fausse bonne idée. C’est parce qu’elle a la couleur de la bonne idée, le gout de la bonne idée mais que ce n’est pas une bonne idée, que cette proposition est particulièrement pernicieuse.

En effet, elle s’appuie sur une base qui peut-être acceptable, c'est-à-dire de faire subir aux banques une taxe supplémentaire. D’ailleurs, le rapport Lepetit (du nom de son auteur Jean-François Lepetit) commandé et récemment publié par Bercy, préconise une telle taxation des banques.

« Certaines activités dégagent (...) des rendements et profits anormaux qui ont pour contrepartie un coût pour la société le jour où le risque systémique se réalise. Autrement dit, ces activités présentent des externalités négatives pour nos économies »

« Il est proposé de taxer ces activités afin de réduire les externalités»

L’idée sous-jacente est claire, il s’agit de faire payer les banques pour le risque qu’elles font prendre aux Etats renfloueurs en dernier ressort en cas de crise globale.

Cette proposition n’est donc pas l’apanage du pseudo post-marxiste-léniniste habillé en Armani que prétend être Laurent Fabius d’autant plus qu’elle est également portée par d’autres pays (dont l’Allemagne) et qu’elle s'inscrit plus généralement dans le cadre des réflexions du G20.

Tout cela pour dire que, l’idée très populaire de taxer les banques est dans l’air du temps, mais certainement pas avec comme objectif et justification de renflouer les caisses de la Sécurité Sociale !

L’idée est de se donner les moyens de faire face à une éventuelle crise de liquidité globale telle que celle que nous venons de connaitre, mais pour cela, il faut affecter ces fonds soit au budget de l’Etat (position des impécunieux français) soit, plus logiquement, à un fonds destiné à financer d'éventuelles restructurations bancaires (position des allemands).

Pourquoi pas, faire payer aux banques le risque qu’elles font peser sur les Etats, mais certainement pas pour tenter de renflouer les gouffres sans fond que sont nos systèmes sociaux !

Si on ajoute à cela, le fait que, même à spolier les banques françaises de l’intégralité de leurs bénéfices (11 milliards en 2009), ce qui n’est guère imaginable, nous serions très loin du compte de ce qui nous est nécessaire pour combler le déficit de financement de nos retraites (estimé à environ 30 milliards le déficit pour 2010 et 70 milliards en 2030), cette « réponse simple à un problème compliqué» apparait comme un modèle de démagogie populiste.

Mais comment s’en étonner de la part de Laurent Fabius !

Comment s’en étonner de la part de quelqu’un qui tente en vain de se faire passer pour un homme de gauche à coup de surenchères et de positions démagogiques.