Il est vrai que la nuance est subtile, le discours de la majorité consiste à contester l’appellation arguant du fait que les mesures, annoncées n’incluent pas d’augmentation d’impôts !

Bien évidemment c’est jouer sur les mots, certes il n’y a pas d’annonce d’augmentation du taux des impôts (IRPP, TVA, IS, CSG……….) mais on parle d’en élargir l’assiette (Tickets resto, Chèques vacances…), d’en réduire les … réductions (les fameuses niches fiscales), sans compter ce que nous amènera la réforme des retraites !

Donc, appelons un chat … un chat et la diminution en euros constants des dépenses de l’Etat pendant 3 ans accompagné de l’augmentation du taux moyen de prélèvements obligatoires …la rigueur !!!

Etonnante, cette incapacité qu’ont les politiques à exprimer clairement à la population qu’il y a des moments ou un pays doit faire des efforts, que rien n’est acquis, qu’il faut mériter le modèle social que l’on a choisit ou tout simplement que l’argent que l’on dépense, il faut au préalable l’avoir gagné !

C’est parce que la classe politique grecque a toujours fait dans la surenchère populiste, c'est-à-dire qu’elle n’a fait que dire à ses citoyens ce qu’ils avaient envie d’entendre, que tout allait bien dans le meilleur des mondes et que pour ce qui n’allait pas la solution était simple : dépenser l’argent public, que le pays se trouve dans cette situation !

En France, faire de « rigueur » un mot tabou est également tout à fait révélateur d’un état d’esprit comparable.

Pourtant, la rigueur dans la gestion publique devrait-être un souci permanent pour ceux qui nous gouvernent, même si cela passe par des mesures impopulaires !

Cela dit, il y a rigueur et rigueur, toutes les politiques de rigueur ne se valent pas.

En gros, l’échelle de la rigueur va de la rigueur à la grecque, lourde, façon bourrins, celle que l’on se fait imposer lorsqu’on est au fond du trou, à une rigueur maitrisée, c'est-à-dire celle qui laisse encore la place à des choix politiques !

Or ne nous y trompons pas, nous sommes clairement, mais de justesse, dans le 2ème cas de figures, et ce qu’on nous propose ne fera que nous permettre d’éviter de nous retrouver dans le premier.

Il y a 2 ans déjà, j’avais eu l’occasion d’écrire que le laxisme en période de vaches grasses était de la négligence et de l’imprévoyance mais qu’en période de vaches maigres c’était carrément de l’inconséquence et de l’irresponsabilité !

2 ans plus tard, les vaches qui n’étaient déjà pas bien épaisses, sont devenues carrément faméliques et la petite marge de manœuvre dont nous disposions a fondue comme beurre au soleil.

Il devient plus que temps d’exiger une politique de rigueur que nous puissions maitriser un tantinet avant que nous n’ayons plus de choix !

Une politique de rigueur que nous aurons encore la capacité de doser afin qu’elle casse l’engrenage vicieux de nos déficits sans casser nos espoirs d’une déjà bien maigre croissance.

L’annonce de François Fillon, bien que tardive, va donc dans le bon sens. Diminuer les dépenses de l’Etat en euros constants d’environ 10%, en 3 ans est somme toutes, à la fois raisonnable ( n’oublions pas ne sont pas concernées par ce chiffre les dépenses de la Sécu et des collectivités locales) et un bon signal pour tout le monde !

Pour les français d’abord, même si il faudra probablement du temps pour que certains s’en rendent compte, pour les marchés qui pourront continuer à prêter à la France tout l’argent dont elle a besoin à un prix raisonnable, et pour nos partenaires européens auprès desquels il sera plus facile de prôner la discipline budgétaire si on se l’applique à soi même !

Evidemment, et comme d’habitude, beaucoup essayerons de nous faire croire que rigueur n’est que synonyme de libéralisme pur et dur et que la seule motivation d’une telle politique est de casser les services publics et de faire plaisir aux marchés.

Ce sont les même qui vont jusqu’à manifester (dans tous les sens du terme) sur place, leur solidarité avec le peuple grec.

Gageons d’ailleurs, qu’on va les voir rabouler dare dare d'Athènes, en criant haut et fort dans un amalgame excessif, qu’après les grecs c’est au tour de français d’être les victimes des mêmes gros vilains marchés.

Malgré tout, proclamer la rigueur pour la rigueur ne peut évidemment suffire.

Tout d’abord, il faut que les actes soient en concordance avec les paroles, or l’expérience montre que ce n’a pas toujours été le cas, loin de là ; La France a fait beaucoup de belles promesses en matière de réduction de ses déficits qu’elle n’a jamais tenu !

Il est également important qu’enfin le Gouvernement fasse preuve d’un peu de pédagogie pour expliquer que nous n’avons plus le choix que de faire un effort collectif. Même si sa crédibilité est au plus bas, il est indispensable qu’il essaye et il me semble que la meilleure des pédagogie serait de reconnaitre ses erreurs (notamment la loi TEPA inefficace et couteuse)et de revenir dessus !

De plus, il ne suffit pas de dire qu'il faut diminuer les dépenses, encore faut-il bien choisir celles que l’on va amputer. Or, en la matière on peut avoir des doutes sur la pertinence des choix du Gouvernement. Une des critiques du dernier rapport de la Cour des Comptes portait non pas sur la volonté du gouvernement de diminuer les dépenses mais sur la manière de le faire et notamment dans cette application d’une règle rigide du non remplacement d’1 fonctionnaire sur 2, érigé en dogme, sans nuance et sans autre considérations que budgétaires !

Enfin et surtout, si on ne souhaite pas que les mesures dites temporaires s’éternisent, elles doivent s’accompagner de réformes de fond (c’est d’ailleurs la critique qui est faite par beaucoup au plan grec). Or, à l’exception notable de la réforme des retraites qui s’annonce, il semble qu’il y ait un eu un statu quo d’annoncé sur tout le reste. Il est donc à craindre que sans être inutiles, ces mesures ne soient pas à la hauteur des enjeux et que les 3 ans annoncés se transforment en 30 ou 300 ans !

En conclusion je dirais que la mésaventure des grecs et les menaces qui pèsent sur plusieurs pays européens constituent une conjoncture idéale pour enfin réhabiliter la notion de rigueur, espérons que le Gouvernement ne va pas gâcher l’occasion parce qu'il ne faut pas compter sur son opposition pour cela, et dans ce cas, comme dirait l'autre, ce pays est foutu !