Cela fait également plus de 23 ans que je tiens ce blog et j’apprécie d’en relire les premiers billets, le style n’a pas évolué, toujours un peu lourd et laborieux, mais rares sont ceux que je regrette d’avoir écrit. Certains en concluront que c’est le signe d’une certaine constance dans mes idées et opinions et d’autres que cela révèle une difficulté à évoluer, je ne sais pas, probablement qu’il y a un peu des 2 !

En tout cas, malgré les contraintes que cela implique pour quelqu’un comme moi qui n’a pas trop de facilités pour écrire, cela a toujours été un plaisir dont je ne me suis, 20 ans après, toujours pas lassé.

Cela dit, si je fais un rapide état de mon environnement, vu par le petit bout de ma petite lorgnette, qu’y vois-je ?

Je suis toujours émerveillé par les progrès de la technologie, du moins ceux dont nous profitons directement. Mon ordinateur qui pendant longtemps m’obéissait surtout au doigt, m’obéit maintenant à l’œil et à la voix. Plus besoin de tapoter laborieusement mes textes avec deux gros doigts gourds, je les dicte, il corrige, il suggère, il met en forme, il me cherche des références et il va même jusqu’à critiquer mes formulations sur la base des quelques règles que je lui ait donné !...ce que j’apprécie particulièrement, c’est sa capacité à la fermer lorsqu’il détecte à mes yeux et au ton de ma voix, qu’il commence sérieusement à me courir sur le haricot et que ce n’est pas une machine qui va faire la loi chez moi !

Bref, écrire devient beaucoup plus facile, ce qui explique ma production un peu plus fournie que jadis.

Je devrais bientôt obtenir ma (maigre) retraite, ce qui va me laisser plus de temps pour écrire. Enfin, je dis théoriquement, parce que les gens comme moi qui ont fait quelques études, qui ont un revenu un peu au dessus de la moyenne et dont le travail n’a pas été considéré comme pénible, ont été les dindons de la farce de la réforme des Socialistes de 2013. Evidemment, une fois arrivés au pouvoir, ils se sont crus obligés de satisfaire à toutes les revendications qu’ils avaient bien imprudemment appuyées à l’occasion de la réforme de 2010. Le problème c’est que déjà que la réforme de 2010 ne finançait pas retraites après 2020, imaginez ce que ça a donné lorsqu’on permit à 2/3 des français de partir plus tôt ou avec une pension plus conséquente !...du coup, et même si l’âge légal de départ à le retraite a été supprimé, pour tous ceux qui ont été considérés à tort ou à raison comme les vrais privilégiés, l’alternative a été simple, soit attendre 75 ans et partir avec une pension tout juste honnête soit partir plus tôt mais avec une pension de veuve de guerre !

Certes, les gouvernements suivants sont revenus sur un certain nombre de ces avantages, mais sans pour autant toucher à la situation de gens comme moi, difficultés budgétaires obligent.

Les difficultés budgétaires, justement parlons en.

Faute d’avoir su s’adapter à la nouvelle donne mondiale, faute d’avoir su réformer son système éducatif, l’économie française ne repose aujourd’hui que sur les services, l’industrie ayant déserté son sol. Une des conséquences en a été la continuation d’un taux de croissance durablement faible. Pour ne pas renoncer à son fameux et couteux modèle social, les gouvernements qui se sont succédés, n’ont pu que gérer une situation sans vraiment de marge d’action. Une fois ôtés les salaires des fonctionnaires, même si leur nombre a régulièrement baissé, les dépenses de fonctionnement irréductibles et les intérêts d’emprunt, il ne reste qu’un déficit !...et ne parlons pas du budget de la sécurité sociale…un gouffre sans fonds !

Le pire, c’est que malgré ces déficits, les jeunes, nos enfants et petits enfants vivent beaucoup moins bien que nous. Des revenus plus bas, un taux d’imposition plus élevé, des perspectives d’emploi plus faibles, une société de plus en plus faite pour les vieux dont il faut financer les retraites, les problèmes de santé, la dépendance, pas étonnant que les révoltes étudiantes et lycéennes soient de plus en plus nombreuses et de plus en plus violentes, pas étonnant non plus que les banlieues se soient transformées en poudrières !....il n’est pas rare de croiser dans la rue des groupes de jeunes qui me regardent d’un œil torve qui semble dire « Dire que tous ces salopards de vieux il s’en sont mis pleins les fouilles, ils ont vécus comme des coqs en pâte sans se préoccuper de ceux qui viennent derrière, et nous on se démerde maintenant avec la société pourrie qu’ils nous ont laissé, bandes d’égoïstes » !

Sur le front de l’Europe ce n’est guère brillant non plus. L’idée d’une Europe fédérale a définitivement été abandonnée et on a finis par suppléer la qualité par la quantité. Malgré un attrait qui a considérablement diminué, beaucoup de petits pays sont venus frapper à la porte et ont été acceptés ou sont en passe de l’être, sous prétexte que tout pays qui aura été intégré dans l’Europe est un pays qui n’ira pas taper sur la tronche de son voisin. C’est tout juste si la Communauté européenne n’a pas fait une campagne de pub internationale sur le thème « engagez vous, engagez vous » ! « venez nous rejoindre dans ce grand marché commun, on vous aidera à vous développer à l’aide de subventions bien grassouillettes et en échange vous nous apporterez vos consommateurs ». Bien évidemment, l’Europe est devenue un gros boxon ingérable, qui politiquement ne pèse pas plus à 38 que lorsqu’elle n’avait que 6 membres ».

Certes la zone euro s’est un peu mieux organisée et ses membres se sont vu imposer de mener une politique la plus proche possible de celle de l’Allemagne. Mais elle s’est réduite, les grecs ont finis par s’en retirer plus ou moins poussés dehors par les autres pays qui commençaient à en avoir par-dessus la tête de palier leur incurie, l’Irlande s’en est retirée, considérant qu’elle pouvait se débrouiller toute seule et qu’elle n’avait pas à se faire dicter sa politique budgétaire et fiscale et le Portugal a préféré abandonner l’euro pour le Yuan.

A propos de Yuan, la Chine préside maintenant à vie le G4 composé de la Chine donc mais aussi du Brésil, de l’Inde et des Etats-Unis. Certes un G22 (y ont été admis récemment l’Iran et le Mexique) est également organisé, histoire de donner le change sur le poids réel des autres pays, mais chacun sait qu’il ne fait qu’entériner les décisions prises par la bande des 4.

Les crises financières sont de plus en plus nombreuses malgré les mesures de régulation qui se sont entassées les unes sur les autres. A chaque fois, c’est le même problème, une bulle éclate, une bulle liée à l’endettement. L’immobilier est revenu plus souvent qu’à son tour avec à chaque fois le même scénario : effondrement brutal des prix lorsque tout le monde réalise que les emprunteurs ne sont pas solvables, mise en difficulté des banques qui ne peuvent récupérer leur mise sur la valeur des biens hypothéqués, à la crise de solvabilité succède une crise de liquidité des banques et boum !...et puis les choses reprennent leur cours, l’immobilier repart à la hausse favorisé par les taux d’intérêt bas que les banques centrales s’imposent pour relancer la croissance, les revenus sont plutôt tirés vers le bas du fait de la conjoncture morose, les acheteurs doivent donc emprunter beaucoup, dans des proportions toujours plus importantes jusqu’au moment ou tout le monde réalise que les emprunteurs ne sont pas solvables ...

Certes, on laisse les banques faire faillite plus facilement mais l’absence de séparation de l’activité de banque de dépôt de celle de banque de marchés, bloquée par les lobbies financiers, ne permet pas de laisser tomber les plus importantes et on attend toujours le testament des banques qui aurait permis aux Etats de restructurer ou démanteler rapidement les grandes banques. Dans la famille les crises, nous avons eu droit également à celle des cartes bancaires, partie des USA, et bien sur, à celles de plusieurs Etats. Il y a eu l'Espagne en 2013 et surtout la Californie en 2015 !...Lorsqu'elle a décrété unilatéralement qu’elle ne rembourserait plus ses créanciers jusqu’à nouvel ordre, ça a provoqué un sacré bazar !

Les marchés ont commencé à éplucher les comptes des 50 états américains, et ont considéré que l’Etat fédéral n’avait pas les moyens d’aider tous ceux qui étaient en difficulté. Du coup, le dollar s’est effondré brutalement avec à sa suite le Yuan qui lui est rattaché, l’euro s’est retrouvé rapidement à 2,20 dollars ce qui a provoqué des faillites en cascade chez les sociétés exportatrices européennes, l’Allemagne a été très touchée et par ricochet tous les pays européens qui commercent avec elle. La France étant évidemment en première ligne.

En résumé, nous vivons dans contexte économique et financier extrêmement instable.

Un peu partout dans le monde éclatent des troubles sociaux souvent violents, on a assisté depuis 10 ans à une montée en puissance du nationalisme et des partis d’extrême gauche et d’extrême droite, en clair de tous ceux qui contestent le Système !

En France, l’élection présidentielle de 2017 a failli voir arriver Mélenchon au second tour, depuis le Front de Gauche fait jeu égal avec le PS, lui et la Droite étant accusés d’être blanc bonnet et bonnet blanc. D’ailleurs, c’est à l’occasion de son congrès de 2018 que le PS a perdu son aile Gauche qui menée par Benoit Hamon a fini par rejoindre le Front de Gauche.

Depuis, la Droite a toujours été reconduite au pouvoir !...tiens, comme un hasard notre actuel président s’appelle….Jean Sarkozy.

Plus grave, des conflits pour bénéficier des ressources naturelles fleurissent de par le monde, l’eau devient dans plusieurs coins du globe, une denrée rare pour laquelle on se bat. Le réchauffement climatique se fait de plus en plus sentir avec de très longues périodes de sécheresse et des phénomènes climatiques de plus en plus violents. Les réfugiés sont violemment repoussés ou parqués comme des bêtes dans les états voisins.

Les religions ont étendu leur influence et sont devenues pour beaucoup une sorte de dernier recours. Les églises évangéliques et l’Islam ont particulièrement profité de ce contexte mouvementé. Ce retour du religieux s’est accompagné d’une radicalisation des pratiques, d’une montée de l’intolérance et des intégrismes et en corollaire d’une certaine forme d’obscurantisme.

Rares sont maintenant les pays ou la religion dominante accepte d’autres cultes. Les massacres inter-religieux sont de plus en plus fréquents. On a assisté à une régression massive des acquis de la fin du 20ème siècle, la liberté de penser en a pris un grand coup dans l’aile, la condition des femmes également et de manière plus générale, l’humanisme !

En résumé, la situation n’est pas brillante et lorsque je regarde avec lucidité ce que notre génération et celle de nos parents ont laissé à nos enfants, je me rappelle du titre ce livre qui comme une prophétie nous annonçait que « Nos enfants nous haïront » et je n’en suis pas fier !

Ps: ce n'est pas un fait exprès mais ce billet est le 300ème de ce blog...bon anniversaire à Humeurs de vaches