La conclusion de Xerbias est la suivante : « Le système empêche donc qu'il y ait un centre pur et dur, hier cela consistait uniquement à alterner les alliances frénétiquement, aujourd'hui, les mêmes sont divisés en fonction de leurs préférences d'alliance. Mais lorsque l'on considère qu'aux États-Unis, la gauche américaine correspond à notre droite française, ou même que l'on contemple notre propre histoire politique, on est surtout amené à relativiser l'aspect absolu de tels découpages. »

En effet, relativisons, relativisons !

Sans nier qu’historiquement il y ait une idéologie de gauche et une idéologie de droite, il me semble clair qu'au fil du temps, et tout à fait normalement, elles se sont de plus en plus rapprochées (c'est d'une certaine manière ce que dit Xerbias dans son billet).

Fondamentalement, si on fait abstraction des propos électoralistes dont le seul objectif est de se démarquer de ses adversaires en faisant croire qu’il existe une vraie différence idéologique, qu’est ce qui différencie un DSK, un Delors, un Rocard, un Valls ou même une Ségolène Royal d’un Bayrou, d’un Borloo, d'un Morin, d'un Raffarin ou même d'un Juppé ?

Chirac ne s’est il pas fait élire sur le thème de la fracture sociale ?…thème de gauche s’il en est !

Ségolène Royal n'a t'elle pas reprit à son compte des sujets habituellement traités par la droite : l’encadrement militaire des jeunes délinquants, les obligations auxquelles seront soumis ceux qui perçoivent des aides,…combien, à Droite, se sont fait vilipender par la gauche pour avoir exprimé les même idées !

Les faits l'ont également démontré !

Ce sont les Socialistes, avec Pierre Bérégovoy en tant que Ministre des Finances, qui ont lancé, en 1984, le chantier de la libéralisation financière en France avec notamment comme résultats, la fin du contrôle des changes, le renouveau de la bourse, la fin de l'encadrement du crédit…

En matière de privatisations, les Socialistes n’ont rien à envier à la droite avec les privatisations « partielles » entre 1990 et 1992 (Renault, Total, Elf, Rhone-Poulenc..) puis à partir de 1997 sous Jospin avec notamment France Télécom (1997), le CIC (1998), la privatisation d'Aérospatiale, de la CNP "assurances", d'Air France (1999) et du Crédit Lyonnais (1999) !

D’une manière générale, tous les gouvernements ont été soumis aux même contraintes avec une marge de manœuvre extrêmement faible qui les a forcés a tous faire à peu près la même chose.

Face à ces contraintes, on a pu constater que les uns et les autres, faute d’avoir eu le courage de réformes impopulaires ont, dans les grandes lignes, appliqués les mêmes méthodes bonnes ou mauvaises. C'est d'ailleurs généralement celles qui étaient le plus teintées d'idéologie qui se sont avéré les pires !

C'est peut-être sur les sujets de société que des divergences de points de vue sont les plus sensibles sans que l’on sache vraiment si elles sont le résultat de réelles convictions ou une volonté de répondre aux attentes de son électorat. Tiens, qu'est ce qui différencie les sauvageons de Chevènement de la racaille de Sarkozy ?

En conclusion, dire qu’il n’y a pas de centre est faux !

Et de ce point de vue, je suis parfaitement d’accord avec Malaberg lorsqu’il écrit : « Bref, nous avons donc d’une bonne partie du PS à l’UMP, un grand consensus sur les mesures économiques et sociales qu’il convient de prendre. Le problème, c’est que dans ce grand sac là, on trouve le PS qui est théoriquement de « gauche », l’UMP, qui est quand même bien « à droite », et tous ceux se revendiquant du « centre » (qu’il soit droit ou gauche). Dans le même sac ! Celui des libéraux. »

Il a raison, non seulement le centre existe mais il est énorme ce centre, puisque c’est la moitié du PS, la moitié de l’UMP, beaucoup de Radicaux de gauche ou de droite, quelques Europe Ecologie !

Il a raison Malaberg sauf qu’au lieu d’en conclure assez naturellement que le centre existe et qu’autour de ce centre pléthorique on trouve une Gauche "radicale" qui conteste les fondements du Système et une Droite très conservatrice, qui se rejoignent par de nombreux aspects (ils sont notamment tous anti-européens), il préfère parler d’un gros sac avec plein de libéraux dedans !

Manière très Mélenchonesque de dire qu’il y a une vraie Gauche représentée par le Front de Gauche et le NPA et que tous les autres ne sont que de vils libéraux, ce qui est évidemment plus vendeur que de parler d’un gros sac plein de centristes ! (D’ailleurs je soupçonne Malaberg d’avoir écrit ce billet uniquement pour faire cette démonstration.)

Par contre, il y a évidemment un gouffre entre tous ces centristes et leurs étiquettes officielles.

Parce que ça les arrangent, tous ou presque, préfèrent rester dans une représentation complètement artificielle, d’un échiquier politique parfaitement cloisonné entre la Gauche et la Droite.

Cette séparation, ne sert qu’aux Partis politiques, en leur permettant de marquer leur camp et de désigner l’ennemi à abattre …accessoirement, elle sert également à rassurer les militants des 2 bords confortablement installés sur un bon gros matelas de convictions et de certitudes. Et puis, il ne faut surtout pas perturber ce bon électeur auquel on fait croire depuis 30 ans qu'on peut encore mener une politique de Gauche ou de Droite !

Ce qui fait la différence entre le « vrai Centre », c'est-à-dire le parti politique qui s'assume comme tel en essayant de sortir de la dichotomie largement obsolète de Droite-Gauche (le MoDem par exemple), et les autres, c'est que les autres trouvent plus facile de gagner une élection en s'habillant de rose ou de bleu et en usant d'un discours bien convenu de Socialiste ou d'UMP. D’autant que notre Système électoral fait courir un risque énorme à celui qui ne se rangerait pas clairement sous les couleurs d’un camp.

Pourtant, beaucoup de démocraties ont dépassé ce clivage Droite-Gauche sans pour autant tomber dans le consensus mou et anesthésiant.

Et le fond du problème, il est là, le centre existe, il est même pléthorique, par contre il a beaucoup de mal à s’inscrire dans un paysage politique français sclérosé, qui n’a pas évolué depuis des décennies, qui est structuré de manière tout à fait artificielle autour de 2 camps aux bannières toutes mitées. Dès que l’on veut sortir de ce schéma, en voulant dépasser les vieux clivages Droite-Gauche, en s’exprimant politiquement sans sectarisme, on est accusé de retourner sa veste, d’être mou, sans opinions tranchées, suivistes et par les Mélenchonnistes d'être un libéral.

C’est à la fois, un état d’esprit hérité de la révolution et un mode de scrutin qui font que le centre existe mais qu’il ne veut pas dire son nom. Et le problème de ceux qui veulent se revendiquer centristes c’est d’arriver à se différencier, auprès des électeurs, d’adversaires de Gauche ou de Droite, qui ne sont pas fondamentalement différents !