Cette petite précision préambulesque me parait importante car elle signifie que le modeste avis que je vais vous asséner dans les lignes qui suivent s’appuie sur une écoute de première oreille et non pas sur les propos tronqués passés à la moulinette réductrice des journalistes.

Or, justement, qu’est ce que reprennent les journalistes, d’un entretien qui a bien duré 1 heure ?....réponse : un passage de 25 secondes au cours duquel Manuel Valls parle de « déverrouiller les 35 heures » !

Ce n’est pas que l’information ne soit pas intéressante mais comme tout lecteur un brin perspicace (et tout mes lecteurs sont bien évidemment d’une perspicacité diabolique) doit s’en douter, Valls a dit beaucoup d’autres choses avant et après !

Tout d’abord, il a quand même un petit peu justifié son propos, notamment en expliquant qu’on ne pouvait se contenter de mener en 2012 une politique …du siècle dernier !

Manière de dire qu’on ne peut plus considérer les 35 heures en 2012 comme dans les années 90 lorsqu’elles ont été imaginées, et également qu’il faut savoir faire un bilan objectif des grandes réformes, fussent-elles symboliques !

Il a également rappelé que la loi initiale avait déjà été largement tripatouillée par les gouvernements de Droite successifs, sous-entendu qu’au point ou elle en était, il valait mieux l’achever une bonne fois pour toute et évacuer définitivement cette fausse bonne idée d’un travail qui ressemblerait à un gâteau dont on diminuerait le volume de chaque part pour en faire plus (des parts) !

Il aurait pu, également, dire un tas d’autres choses comme le fait que beaucoup de français ne profitent pas des 35 heures qu’ils financent néanmoins en partie par leur impôt (indirectement du fait des réductions de cotisations patronales de Sécurité sociale liées aux 35 heures), que la réduction du temps de travail s’est faite au détriment des hausses de salaires, que le nombre d’emplois créés par cette mesure (souvent estimé à 350 000 entre 1998 et 2001) est significativement plus faible qu’attendu par ses concepteurs et que sur le long terme en pesant sur la croissance, le solde serait bien plus faible, que cette mesure à complètement foutu le bordel bazar dans les hôpitaux etc etc !

Il aurait pu enfin relever l’absurdité très couteuse pour l’Etat, d’une situation ou d’un côté celui-ci finance la réduction du temps de travail (cout estimé grosso modo à 10 milliards d’euros par an) et de l’autre il finance les heures supplémentaires.

Bien, je ne vais pas faire un comparatif des avantages et inconvénients des 35 heures, ce qui signifie que je reconnais qu'elles ont eu aussi des effets bénéfiques, mais simplement relever que la question de la remise en cause des 35 heures peut tout à fait légitimement se poser. ..même pour un Socialiste et je dirais même surtout pour un Socialiste !

Pour ma part, je trouve que la manœuvre serait politiquement habile. En effet, en proclamant clairement, qu’au pouvoir, le PS abolirait les 35 heures, il couperait l’herbe sous le pied de tous ceux qui ne manqueraient pas de les envoyer brutalement dans les bobines de Martine Aubry ou de DSK, initiateurs de la chose. Ils affirmeraient ainsi, qu’ils ne sont pas les irresponsables dispendieux que d’aucun se plaisent (à juste titre) à dénoncer.

Et, pour faire passer la pilule auprès des gauchistes invétérés et du bon peuple (ou du moins des « privilégiés » qui en profitent) qui verrait d’un fort mauvais œil le passage à la trappe de ses RTT, il suffirait d’expliquer tout d’abord que les 35 heures ont déjà été largement rabiotées par la vilaine Droite et qu’en échange on va augmenter substantiellement le pouvoir d’achat de tous les travailleurs !

Or, c’est justement ce que Valls à dit. Il a beaucoup parlé de l’augmentation du pouvoir d’achat, notamment à travers l’augmentation des salaires (hausse du SMIC, négociations salariales obligées …)…mais ça, personne n’en parle !

De même il a prôné une réforme de la fiscalité avec, l’idée déjà énoncée par Ségolène Royal (je ne suis pas certain que ça soit bon signe) de réunir l’IRPP et la CSG afin de donner à cette dernière encore plus de progressivité !

Et surtout, il a rappelé qu’il n’était pas possible de tout promettre et qu’on ne pouvait faire comme si les budgets publics étaient florissants !

En clair, Valls a fait ce que tout homme politique de Droite comme de Gauche devrait faire, il a fait des choix !...et un de ses choix est de privilégier le pouvoir d’achat et la solidarité au détriment d'une mesure certes symboliques mais qui est fondamentalement injuste car elle est loin de concerner tout le monde et hors de prix pour le budget de l’Etat et pour l’économie française plus généralement.

Pourtant, ce fut haro sur le baudet Valls avec, évidemment, en première ligne pour ouvrir le feu, un Benoit Hamon qui crie littéralement à l’hérésie !

« J'invite Manuel Valls à revenir dans le droit chemin. C'est mieux pour un socialiste de penser comme un socialiste." !!!!

D’autres sont plus explicites encore et n’hésitent pas à le traiter, injure suprême, d’homme de Droite !

Même des bloggeurs d’ordinaire plus modérés, demandent à ce qu’il soit viré manu militari pour cause de crime lèse 35 heures !

D’autres enfin, lui dénie toute "crédibilité" pour parler au nom des socialistes !

Comme si, ils n’attendaient que ce prétexte pour se débarrasser d’un mouton noir qui a le malheur de ne pas se trouver dans ligne officielle du parti ou du moins de sa gauche la plus dogmatique !

Mais que craignent-ils de Valls pour l’agresser de cette manière ?... que certains sympathisants du PS se disent : enfin, voilà un discours crédible de la part d’un dirigeant du PS ??

En tout cas, je les invitent quand même à s’interroger sur la signification d’une réaction aussi, passionnée et excessive...à moins que ce ne soit le fait d'une mauvaise humeur due aux effets d'une cuite de réveillon qui mettrait un petit peu de temps à s'estomper !

Pourtant, Emmanuel Valls en tant que candidat à la primaire, a non seulement le droit, mais le devoir d’exprimer ses clairement et à haute voix ses intentions, ses choix, son projet !
C'est son rôle d'ouvrir les débats, de poser les questions, en clair de faire avancer la réflexion programmatique du PS qu'on ne peut décemment pas réduire au totalement irréaliste projet sur "l'égalité réelle" d'Hamon !

Après tout, si ses idées ne conviennent pas aux militants et sympathisants socialistes et après de saines discussions, eh bien, ils ne l’éliront pas à la candidature, c’est, me semble t’il de bon fonctionnement démocratique !

A quoi rimeraient des primaires qui mettraient face à face des candidats qui ont tous le même projet ?

Au lieu de ça, c’est l’hallali, la curée, ce Valls qu’on soupçonnait déjà depuis longtemps d‘être de Droite, pensez-donc, un gars qui ose dire « Il nous faut clarifier nos positions sur la fiscalité comme sur les retraites. Sortons des ambiguïtés dans ces domaines-là comme dans d'autres » ou encore « Si nous arrivons au pouvoir en 2012, il nous faudra renouer le dialogue avec les partenaires sociaux dans un contexte économique et budgétaire extrêmement tendu, donc nous ne devons pas aller au-delà de ce que disent les syndicats, ni demander un référendum (sur les retraites) comme l'a proposé Ségolène Royal ou d'autres dirigeants du PS et de la gauche »…ce Valls, virons le, offrons le comme ministre d’ouverture à Sarkozy !

Je comprends mieux maintenant pourquoi DSK la ferme et pourquoi Hollande hésite, ils ont la trouille des grands inquisiteurs du PS, dogmatiques gardiens du temple, seuls habilités à octroyer le certificat de bon socialiste !

Avec Valls, ils ont manifestement décidé de faire un exemple, histoire de dissuader les sociaux-démocrates de s’exprimer, la chasse aux sorcières est ouverte !