Certes, il y a clairement un problème de comportements de la part de beaucoup de politiques qui donnent, à tort ou à raison, souvent l’impression de satisfaire une ambition personnelle plus que de vouloir le bien public. Mais ce n’est pas là l’essentiel.

J’y vois deux explications essentielles, qui se rejoignent et qui pourrait se résumer en deux mots : convictions et explications !

En dehors des grands, beaux et souvent grandiloquents principes qui émaillent les professions de foi des uns et des autres, ce que j’attends d’un politique qui brigue un mandat, quel qu’il soit, c’est qu’il nous dise vers quoi il veut nous amener et surtout comment il veut nous y amener ou plus précisément qu’il ne nous dise pas vers quoi il veut nous amener sans nous dire comment !

Il doit exposer sa vision à long terme, la ligne directrice de son action tout en expliquant qu’il ne fera pas de miracles et que les changements en profondeur demandent du temps et des efforts. Il doit également arrêter de prétendre que tout est simple et que si ça n’a pas été fait jusqu’à présent, c’est uniquement par manque de volonté de ses adversaires politiques !

2 exemples très significatifs : le pouvoir d’achat et le chômage.

Inutile de rappeler à tous que Sarkozy s’est présenté comme le président du pouvoir d’achat. Inutile non plus d’insister sur le fait que c’est pour le moins raté ! De la campagne présidentielle de Sarko, les français n’ont retenu qu’une idée générale qui se résumait en un slogan « travailler plus pour gagner plus » et une impression générale qui est que Super Sarko allait par la force de sa volonté permettre aux salaires d’augmenter, aux prix de baisser et aux taxes de s’effondrer.

Nicolas Sarkozy a ainsi laissé croire que son volontarisme allait permettre de trouver des solutions quasi-immédiates.

Or, bien évidemment, la hausse du pouvoir d’achat ne peut être qu’une résultante d’une économie qui crée de la richesse et non pas l’inverse. C’est faute d’avoir réussi à créer les conditions d’une croissance forte en France que Sarkozy a échoué, comme il a échoué à résorber le chômage.

En laissant croire que le pouvoir d’achat pouvait se traiter sans, au préalable, avoir réglé tout le reste, super Sarko n’a fait que donner de faux espoirs et entretenir un sentiment de frustration qui ne pouvait aller qu’en s’amplifiant !

Avec la question du chômage, on est exactement dans la même configuration. C’est d’un coté, Sarkozy qui annonce début 2010 une prochaine baisse du chômage, avec l’air de celui qui maitrise la chose et de l’autre l’opposition qui clame « mais que fait donc le gouvernement, comment peut-il laisser le chômage augmenter comme cela !!! »

Dans les 2 cas, on laisse croire qu’avec un peu de volonté politique on peut résorber le chômage, ce qui est absurde, comme il est absurde de prétendre que l’on va régler les problèmes budgétaires de la France en ponctionnant les riches et les entreprises ou que sortir de l’euro va restaurer la compétitivité de la France !

Le discours politique ou du moins le discours des politiques est d’une pauvreté affligeante.

Lorsqu’il s’agit de discourir avec emphase, sur des grands concepts, des beaux principes ou des bons sentiments, il n’y a pas de problème, les hommes politiques sont extrêmement prolixes ; mais pour expliquer les causes et les effets de l’inflation, les contraintes qu’imposent la mondialisation, l’intérêt d’une Europe forte, les conditions d’une hausse du pouvoir d’achat, les raisons de la crise du logement, les interactions entre inflation et pouvoir d’achat, entre pouvoir d’achat et commerce extérieur ou les conséquences d’un endettement excessif il n’y a plus grand monde !

Pour certains, cette pauvreté du discours est tout à fait volontaire et obéit aux règles de la communication politique qui impose de dire à l'électeur ce qu'il a envie d'entendre, via un message simple, facile à retenir et présenté comme une évidence à des citoyens par essence incultes et simplets.

D’autres n’ont pas besoin de se forcer, car pour eux, elle est quasi naturelle tant l’idéologie voire le dogmatisme guide leur pensée et leurs propos. Pour ceux-là, l’économie doit se plier aux exigences de l’idéologie au point d’en nier la réalité et ses règles élémentaires.

Dans les 2 cas, le résultat est le même, on assène aux citoyens des affirmations péremptoires généralement totalement à l’opposé de celles de ses opposants, sans leur donner les clés pour en juger la pertinence !

On laisse croire que tout est simple, que tout est immédiat, que tout est évident et que tout est politique, en occultant incertitudes, contraintes et interactions entre les sujets …jusqu'à que la réalité leur revienne brutalement dans la figure !

Il ne faut pas s’étonner ensuite du succès que connaissent les populistes et les baratineurs de tous bords avec leur langage simple, carré et bourré d’évidences. Il ne faut pas s’étonner non plus de la réticence des français face à toutes les réformes qui leurs sont soumises puisqu’on leur a toujours fait croire quelles seraient sinon immédiatement bénéfiques du moins indolores et il ne faut pas s’étonner enfin de la perte de confiance dans les politiques créée par toutes ces frustrations et déceptions !