L’année dernière, j’avais déjà réagi à une affiche placardée au cul des bus parisiens, sur laquelle on pouvait voir un homme et une femme, côte à côte, avec une mine pour le moins affligée et la question qui tue « Notre travail a-t-il la même valeur ? »

D’une certaine manière, j’avais accusé cette affiche de tromperie puisqu’elle dénonçait quasi ouvertement les entreprises et uniquement les entreprises d’être les responsables d’une odieuse discrimination vis-à-vis des femmes, cause de tous leur maux !

Or, cette accusation est à la fois simpliste et en grande partie fausse.

Dans mon précédent billet, je reprenais le résultat d’une étude du Cereq sur ce sujet qui présentait une situation beaucoup plus nuancée que cette affirmation péremptoire.

L’étude nous disait notamment que la progression salariale des hommes et des femmes s’opérait soit en faveur des hommes soit en faveur des femmes selon la catégorie socioprofessionnelle et selon les tranches d’âges.

Elle nous disait également que, l’augmentation du salaire était très liée à la mobilité professionnelle, or il est plus fréquent de voir la femme s’adapter aux évolutions de carrière de son mari que l’inverse.

En résumé, si la situation professionnelle des femmes est souvent moins bonne que celle des hommes, c’est avant tout du fait des caractéristiques de leur carrière professionnelle, elle-même étant la résultante des relations hommes/femmes !

Nous sommes dans une société qui considère encore que c’est à la femme d’assumer l’essentiel de la charge d’élever ses enfants et accessoirement les tâches ménagères, quitte à sacrifier ou du moins à perturber sa carrière professionnelle.

Moralité ce n’est pas parce que les entreprises ne veulent pas rémunérer les femmes à leur juste valeur que ce genre de problème existe, mais c’est parce qu’au sein de beaucoup de couples, l’un considère que son rôle est de travailler pour nourrir sa famille (et accessoirement son ambition personnelle) et l’autre que le sien est d’élever les enfants et accessoirement de faire le ménage, la cuisine, les courses, de se taper les réunions parents/profs et d’amener le petit dernier chez le médecin …et si, en plus, elle pouvait travailler pour ramener un peu d’argent dans le foyer, ça serait parfait !

Cette répartition des rôles entre l’homme et la femme n’a rien d’inéluctable, elle est, au mieux, la conséquence d’une perpétuation plus ou moins consciente d’une sorte d’organisation familiale traditionnelle, au pire l’affirmation volontaire de la primauté de l’homme sur la femme !

Cette mentalité machiste apparait encore plus flagrante à l’occasion d’une séparation.

Lorsqu’il y a séparation d’un couple beaucoup de femmes se retrouvent avec les enfants « sur les bras », soit parce que l’homme, par égoïsme, ne veut pas s’en embarrasser et trouve toujours de bonnes raisons pour considérer qu’ils seront mieux avec leur mère, soit parce que la Justice a décidé d’en octroyer la garde à leur mère (heureusement moins vrai depuis que la garde alternée est systématiquement envisagée).

Au-delà de la charge financière que cela entraine pour la mère, théoriquement couverte par la pension alimentaire ...lorsque le père daigne et peut la verser, élever seule ses enfants est extrêmement contraignant et empêche la femme de se consacrer sereinement à son travail, perpétuant ainsi l’inégalité de rémunération homme/femme.

Et je n’évoque même pas le cas des hommes qui foutent le camp purement et simplement lorsqu’ils apprennent que la fille avec laquelle ils ont passé un bon moment, est enceinte !

Les vrais coupables de cette situation, ce sont les hommes (avec la complicité de certaines femmes) qui feraient mieux de balayer (ou d’aspirer) devant et derrière leur porte (et pendant qu’ils y sont de faire la vaisselle, étendre le linge, le repasser, faire faire les devoirs aux enfants, préparer les repas, faire le ménage, ranger etc. etc.) avant d’accuser les entreprises de spolier leur chère et tendre épouse des fruits de son travail (61% des français considèrent comme mesure prioritaire l’augmentation des revenus féminins pour que les femmes gagnent autant que les hommes)!

Ce sont les mentalités qu’il faut faire évoluer, aidé en cela par quelques mesures afin de permettre aux femmes et aux hommes de concilier au mieux leur vie familiale et leur vie professionnelle. La question est celle de l’organisation au sein d’un couple, de la répartition équitable des rôles, des tâches et des revenus.

Il est trop facile de se débarrasser du schmilblick en considérant les entreprises comme responsables de ce qui n’est que la conséquence de nos propres comportements !

C’est ce message que la Journée de la Femme devrait permettre d’exprimer « vous, oui vous là, chez vous, ça se passe comment ? » et non pas les habituelles litanies qui ne font que constater un état de fait en pointant du doigt vainement, qui les entreprises, qui les politiques !