Personnellement, comme j’ai souvent eu déjà l’occasion de le répéter, je suis partisan du débat, en l’occurrence, que Marine Le Pen puisse répondre aux questions, qu’on imagine sans complaisance, d’un journaliste juif sur une radio juive !

Ca n'aurait été ni cautionner ni décerner un brevet de respectabilité que de faire ce travail de journaliste !

Le risque me paraissait d’autant moins élevé de faire de cet entretien une tribune à la gloire du FN, qu’elle n’aurait eu comme auditeurs que des juifs, qui pour un tas de raisons sont, à priori, peu enclins à l’indulgence vis-à-vis d’un membre de la famille Le Pen !

Bon, elle aurait eu comme auditeurs mais elle n’aura pas comme auditeurs, car Radio J, sous la très forte pression d’associations juives, à fait marche arrière et annulé l’invitation !

C’est son droit bien évidemment, et on peut comprendre que les fâcheux antécédents familiaux rendent tout membre de la famille Le Pen persona non grata sur une radio juive. Par-dessus le marché, n’étant pas spécialement concerné, je ne vais certainement pas crier au scandale.

Pour autant cette péripétie, si on la considère plus généralement, pose clairement une question sur le fonctionnement de la démocratie.

Peut-on et doit-on fournir une couverture médiatique identique aux partis dits « extrêmes » qu’aux autres ?

Dit autrement, est-il normal de restreindre la parole de ces partis et notamment du FN surtout s’ils s’expriment dans le cadre d’entretiens avec des journalistes et non pas dans le cadre de tribunes libres ?

Et si on répond oui, comme c’est clairement le cas aujourd’hui, cela ne signifie t’il pas que l’on craint les impacts de leurs propos sur les électeurs ou une partie des électeurs et si oui, est-ce réellement cela la démocratie ?

Le refus de débattre avec le FN ou de l’empêcher de s’exprimer, n’est-il pas en soi une limite que l’on positionne au processus démocratique, probablement par manque de confiance dans ce processus : le peuple a le droit de voter ce qu’il veut et évidemment de penser ce qu’il veut, mais pour éviter qu’il ne vote mal ou ne pense mal on essaie de restreindre son choix en censurant les « mauvais » partis !

De plus, cette manière de procéder a des effets contreproductifs, puisqu’elle amène ces partis à s'enfermer dans une attitude de provocation malsaine qui, elle, sera généreusement relayée dans les médias, elle leur permet également de se poser en victimes de l’establishment politico-médiatique (Le Pen, Mélenchon, Besancenot dans une moindre mesure), position qui permet de bénéficier d’un capital sympathie auprès de beaucoup !

A ces questions, je serais tenté de répondre que le débat vaut toujours mieux que la censure, encore faut-il savoir débattre et avoir suffisamment confiance en ses propres certitudes et en sa force de conviction !...en fait, l’explication, elle est peut-être là !