Il n’y a qu’à voir le flou artistique qui entoure le bilan économique du nucléaire et notamment autour du cout de démantèlement et de remplacement des centrales actuelles par l’EPR. Il n’y a qu’à voir également l’argumentaire des anti-nucléaire qui est tout sauf satisfaisant, surestimant les qualités des énergies renouvelables et prônant des économies drastiques d’énergie comme s’il suffisait de les décréter.

Or, compte tenu des contraintes économiques et écologiques de plus en plus fortes que nous subissons, l’avenir de l’énergie en France et ailleurs d’ailleurs, passera probablement par des progrès dans toutes les formes de production d’énergie, nucléaire compris.
Il me semble, en effet, que la question n’est pas nécessairement « nucléaire » ou « pas nucléaire », mais, quel est le mix de sources d’énergie qui offre une combinaison optimum en matière de sécurité, de pollution, de couts, de dépendance énergétique, d'efficacité et qui réponde aux futurs besoins énergétiques du pays ?

Personne ne nie les inconvénients et risques associés à la fission nucléaire: déchets radioactifs dont on ne sait que faire, démantèlement extrêmement couteux, pollution par les eaux de refroidissement, risques de fuites radioactives, risque de pénurie d’uranium etc etc

Pour y remédier, le développement de la fusion nucléaire par exemple (projet ITER) pourrait apporter des éléments de réponses puisque apparemment la technique de la fusion permettrait de palier efficacement à plusieurs inconvénients des centrales actuelles. Certes la technique n’est pas encore franchement au point et le cout du projet est réévalué tous les ans, mais si l’enjeu c’est d’obtenir un nucléaire propre et presque sans dangers, le jeu en vaut peut-être la chandelle.

Et de toute façon, face à ces désagréments, dont certains ne sont que potentiels, nous n’avons pas de substitut miracle. Les allemands, pendant un temps certain et probablement long, devront importer de l’électricité … nucléaire de France, ils feront fonctionner à plein tube leurs centrales à charbon nécessairement extrêmement polluantes et grosses émettrices de CO2 et importeront encore plus de gaz de Russie !

Par charité chrétienne, je n’évoque ni le pétrole que certains imaginent déjà d’aller l’extraire de l’arctique, ni le gaz de schiste !

Se fixer comme objectif de laisser une place plus importante aux énergies renouvelables est louable, même si il ne faut pas les parer de toutes les vertus : les éoliennes dépendent du vent, et selon certains cochonnent le paysage et font du bruit, les panneaux solaires sont fabriqués pour beaucoup en Chine par des industries polluantes, ils semblent ne pas avoir une durée de vie très longue et on ne sait pas encore les recycler, difficile de construire d’autres barrages hydrauliques en France sachant qu’en plus, ils fonctionnent au ralenti dès que l’eau vient à manquer (comme actuellement), quand à l’hydrogène, c’est l’arlésienne !

Clairement, le bilan énergétique et l’efficacité des énergies dites propres méritent d’être largement améliorés afin de passer sur les nombreuses limites qui n’en font, à ce jour, que des sources d’énergie d’appoint.

Pour ce qui est de la réduction de la consommation, aussi souhaitable soit-elle, on est toujours en attente de solutions efficaces et réalistes. En tout état de cause cela ne peut passer que par des changements radicaux de politique et de comportements avec tous les obstacles qui seront évidemment associés.

Elle sera, de toute façon, nécessairement couteuse et avec la multiplication des appareils électriques, ce serait déjà très bien si on pouvait la stabiliser cette consommation.

Rien d’emballant dans tout cela au point de se précipiter pour laisser tomber le nucléaire surtout si celui-ci couvre 75 % de la consommation d’électricité du pays (24% seulement pour les Allemands) et que l’on espère vendre tout un tas de centrales made in France de par le monde.

Et quand je parle de se précipiter, j’entends des échéances à l’allemande. 2022, c’est demain !

De toute façon, ce n’est pas la confrontation de l’utopie sectaire des uns avec mercantilisme hypocrite des autres qui va permettre de faire avancer la réflexion. En tout cas, un conseil à ceux qui voudraient faire de la sortie du nucléaire un thème de campagne lors de la Présidentielle, si il y a bien un sujet qui mérite qu’on se laisse le temps de la réflexion, c’est bien celui-là, d’autant que, qu’elle que soit la décision prise, sa mise en œuvre ne peut être que longue, très longue, bien plus longue que le temps politique. En clair, je veux espérer que le PS ne cédera pas à l’amicale pression des Verts en prenant une décision pour le moins précipitée.

N’oublions pas que la décision d’Angela Merkel est purement politique. Après avoir pourtant décidé de prolonger la vie des centrales, et en mauvaise posture électorale, elle a fait une volte face magistrale espérant ainsi grappiller quelques voix auprès d’électeurs traumatisés par Fukushima.

Ce mode de gouvernance dans la précipitation, ne donne jamais de bons résultats, même dans le cas allemand beaucoup moins impliqué dans le nucléaire que nous. Vouloir utiliser la décision allemande pour s’engouffrer dans leur sillage n’est pas pertinent, par contre utiliser cette occasion pour lancer un grand débat citoyen mais scientifique sur le thème de la politique énergétique de la France parait d’autant plus nécessaire qu’en matière de nucléaire nous sommes à la croisée des chemins entre les anciennes centrales qu’il va falloir démanteler et l’EPR censé les remplacer.

Un débat oui, une décision définitive, non !