Plus précisément ce fut une double surprise. La première fut d’apprendre (d'en déduire), que les Restos du Cœur ou le Secours Populaire étaient en fait largement subventionnés par la Communauté Européenne, la seconde étant d’apprendre que ces subventions allaient disparaitre.

A ce stade là, c'est-à-dire dans les minutes qui suivirent la diffusion de cette information, je me retrouvais désolé de cette décision mais également exaspéré que l’on fasse beaucoup plus de publicité à la suppression de ces subventions qu’ont en a fait à leur existence même. Comme souvent avec l’Europe, les mauvais cotés sont mis en exergue et les bons totalement ignorés, sinon niés par ceux qui veulent les reprendre à leur compte.

Pourtant, après avoir creusé un petit peu le sujet, je me suis rapidement aperçu que mon interprétation de l’information était en grande partie erronée.

A écouter les réactions je m’imaginais que le coup pouvait être quasi fatal pour les associations concernées et en conséquence, que leur survie dépendait en grande partie des subventions européennes.

Or, en allant sur leur site, j’ai pu constater que l’Europe ne contribue qu’à hauteur de 13,5% aux ressources des Restos du Cœur ce qui relativise un petit peu les conséquences d’un assèchement des dites subventions.

Ensuite, j’ai voulu comprendre pourquoi l’Europe avait soudainement pris la décision d’endosser des habits d’affameurs de pauvres.

Historiquement, le programme PEAD (comme Programme Européen d'aide Alimentaire aux plus Démunis) a été lancé dans l'urgence lors de l'hiver exceptionnellement froid de 1986/1987, lorsque des stocks excédentaires de produits agricoles furent donnés à des associations caritatives des États membres pour qu'elles les distribuent aux personnes qui étaient dans le besoin. Par la suite, cette mesure a été officialisée et basée sur les stocks d'intervention.

La réforme de la politique agricole commune (PAC) ayant rendu de plus en plus inutiles les stocks d'intervention, ce programme a été alimenté par une contribution financière directe.

A partir du plan de 2008 et sur une base triennale, la Commission a décidé d'allouer une enveloppe financière aux associations caritatives agréées afin qu'elles puissent acheter de la nourriture sur le marché.

Ainsi, d’une distribution des surplus agricoles, on est passé à un système de subventions. Subventions qui ont d’ailleurs largement augmenté puisque passées de près de 100 millions d'euros en 1988 à plus de 500 millions d'euros en 2009. C’est donc à cause de ses origines que le PEAD s’inscrit dans le cadre de la PAC.

C’est dans ce contexte que 6 pays menés par l’Allemagne ont saisis la Cour Européenne de Justice pour remettre en cause ce programme. En substance leurs arguments sont, d’une part que ce programme n’a rien à faire dans une PAC déjà fort couteuse et d’autre part que c’est à chaque pays d’assurer la subsistance de ses pauvres. Je vous passe l’argumentation juridique mais la Cour Européenne de Justice a effectivement considéré les arguments des abolitionnistes recevables et rendu ce programme illégal.

Pour autant, ce n’est parce que les grands méchants allemands demandent la suppression du PEAD qu’ils ne font pas preuve de solidarités vis-à-vis de leurs nécessiteux.

Les allemands ne profitent pas du programme PEAD, leur système s’appuie essentiellement sur les dons privés à travers de multiples associations. La philosophie de leur modèle est de redistribuer aux plus pauvres l'excédent produit par la société.

Concrètement, cela prend la forme d’accords avec de grandes enseignes de distribution ainsi qu'avec des producteurs et des magasins d'alimentations locaux, qui offrent leurs surplus. Les associations sont également aidées par les gouvernements régionaux et les communes pour le côté logistique (camions, les lieux de stockage et de distribution).

Du coup, d’une première réaction marquée par l’indignation voire la colère, j’en arrive à considérer les arguments des allemands et des 5 autre pays comme tout à fait recevables.

Certes je regrette fortement le mauvais symbole et la soudaineté de la chose. L’image de l’Europe va encore en pâtir et le moins que l’on puisse dire c’est que le moment est mal venu. De plus, il aurait été préférable qu’une période d’adaptation (la fin étant prévue dès 2012) soit laissée aux associations et aux Etats afin de leur permettre d’assurer la transition sans baisse globale de leurs ressources. Pour autant, je suis persuadé, d’une part qu’à budget égal, les aides sont mieux gérées au niveau national sinon local et d’autre part qu’effectivement, ces subventions n’ont rien à faire au sein de la PAC…sinon même dans un programme européen.

Je tire de cette histoire quelques conclusions personnelles dont je vous fait profiter:

On le savait déjà, mais on a encore la preuve qu’une information diffusée brute de fonderie, avec un seul point de vue et sans éléments de contexte, peut amener à des réactions, conclusions et indignations excessives sinon erronées.

De manière générale, j’y vois encore une fois la confirmation qu’il faut se méfier de tout ce qui peut laisser croire qu’il y a les bons d’un coté (nous) et les méchants de l’autre (l’Europe, les Allemands…). Même et surtout dans des situations qui semblent en apparence d’une simplicité biblique.

Enfin, méfions nous des jugements moraux hâtifs, qui, justement parce qu’ils font appel à la morale, sont considérés comme incontestables et se substituent trop souvent à une véritable réflexion.