A ce sujet, je me contenterais de reprendre l’avis de personnes beaucoup plus compétentes que moi : Patrick ARTUS, Jean-Christophe CAFFET et Jean-François ROBIN, toutes les 3 appartenant au bureau d’étude économique de Natixis qui, le lendemain de l’accord, ont produit une note intitulée « les gouvernements de la zone Euro continuent de prendre un énorme risque de procyclicité »….rien de moins !

Les conclusions tiennent essentiellement en 3 points :

- Que le fait de valoriser les dettes publiques en « mark to market », c'est-à-dire non pas à leur valeur d’émission mais à leur prix actuel de marché déprécie des dettes de pays qui, en améliorant leur solvabilité auraient pu, au final, très probablement les rembourser (Italie, Espagne, Irlande…). Et que, ce faisant, cela va décourager la détention et donc l’acquisition des dettes publiques de la zone euro ce qui n’est, évidemment pas l’effet recherché !

- Que la dévalorisation, pour le moins radicale de la dette grecque, associée à une recapitalisation très rapide des banques, risque d'amener celles-ci à réduire leur capacité de prêts avec tous les effets négatifs que cela peut avoir sur les économies et en conséquence sur les rentrées fiscales et en conséquence sur les déficits.

- Que l’augmentation sensible de la force de frappe de l’EFSF fait « passer le message » pour le moins négatif que d’autres pays, voire de grands pays peuvent avoir des difficultés pour se financer et donc avoir besoin de faire appel au fond. Et ce, malgré les efforts faits par l’Espagne et dans une moindre mesure, à ce jour, par l’Italie pour redresser leurs comptes et les signes d’amélioration constatés dans plusieurs pays (Espagne, Irlande…).

Ces critiques, que l’étude argumente précisément, apparaissent d’autant plus pertinentes que leurs auteurs et notamment Patrick Artus, ne tombent pas dans le dogmatisme et font depuis longtemps des préconisations différentes (eurobonds par exemple).

A ces reproches, il faut ajouter la récente annonce de l’agence de notation FITCH qui prévient qu’elle relèvera la note de la Grèce mais qu’elle ne la fera passer que de CCC à B, la laissant ainsi dans la catégorie spéculative.

L’agence justifie cette décision de la manière suivante :

« La Grèce aurait encore une dette importante, des perspectives de croissance faibles, et sa volonté pour appliquer des réformes structurelles peut s'affaiblir »....pas faux !

On le voit, même si ce plan est clairement mieux que rien, et qu’il est le fruit d’un consensus qui a été extrêmement compliqué à obtenir, fondamentalement rien n’est résolu.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’accabler injustement Sarko à coup de très faciles yaka et ilauraitfallukon, il a été moteur sur ce plan et a permis à une situation qui devenait intenable de se débloquer dans le bon sens, il mérite qu’on le mette à son actif.

Ce plan n’est pas irréprochable, loin s’en faut, mais s’il constitue une première marche vers un changement en profondeur tant en terme d’institutions (fédéralisme) que de pratiques budgétaires en Europe, il doit être salué. De ce point de vue, la définition régulière d’orientations économiques et des politiques fiscales communes sous la houlette d’un « président » ainsi que l’obligation d’inscrire la règle d’or (pour peu qu’elle soit un peu intelligente) dans les constitutions, vont dans le bon sens.

Un consensus national minimum, au moins pour le considérer comme un point de départ, me parait d’autant plus important que, dans ces situations, l’effet psychologique compte, et même si les agences de notation et les marchés sont tout à fait capables de se faire leur propre opinion, aller proclamer parce qu’on n’aime pas Sarko, que tout cela n’est que du flan, ce n’est pas servir la cause commune, c’est même carrément se tirer une balle dans le pied !

Super Sarko n’a évidemment pas sauvé le monde mais il a bien aidé l’Europe via un plan insuffisant mais c’est déjà ça, et pas certain que les critiqueurs eussent mieux faits !