Cette histoire est loin d’être un cas isolé, même sans évoquer les associations ou « collectifs » qui se battent pour la régularisation des sans papiers, j’avais déjà commenté en 2007 l’action de personnes, pas spécialement engagées, qui avaient physiquement entravé le bon déroulement d’une action policière sous prétexte qu’ils ne la considéraient pas légitime au regard de leurs propres opinions !

A l’époque, c’était l’arrestation d’un « grand-père » d’origine asiatique, également en situation irrégulière, qui avait été pris dans ce que certains qualifiaient de rafle !...terme évidemment extrêmement connoté !

L’élément déclencheur de la réaction « citoyenne » avait été que l’interpellation a eu lieu devant l’école dans laquelle le petit fils du grand-père était scolarisé.

En réalité, il s’avère que les flics avaient fait une descente dans un bar proche, dont ils soupçonnaient une partie de la clientèle de se livrer à quelques trafics et le malheureux grand-père en question qui y buvait un coup avant de venir récupérer son petit fils avait été pris, presque par hasard, dans les mailles du filet.

Certes les flics, n’avaient pas vraiment fait preuve de délicatesse, et leur réaction face à la colère « citoyenne » fut pour le moins disproportionnée sinon brutale ce qui est évidemment tout à fait inadmissible, mais il n’en reste pas moins que, là encore, on se trouve face à une situation anormale en démocratie de contestation radicale d’une loi de la république par des citoyens « ordinaires ».

Et régulièrement, l’actualité de l’immigration clandestine nous montre des actes de « résistance » à l’action des la force publique ou de la Justice et pas spécialement de la part d’activistes habitués de la chose mais de personnes qui ne veulent qu’exprimer leur révolte devant une situation qu’elles jugent moralement inacceptable.

Ces réactions aussi justifiables qu’elles puissent être sur un plan moral doivent amener à s’interroger.

Nous sommes dans une démocratie qui a certes ses faiblesses mais qui néanmoins fonctionne plutôt bien. S’opposer sélectivement à ses lois parce qu’on considère soit quelles ne sont pas bonnes, soit que chacun peut lui imposer des exceptions sur la base de critères moraux c’est à dire tout à fait personnels, n’est guère admissible. La désobéissance civique ne peut se justifier qu’en cas de situation grave.

Sinon, c’est ce qu’on appelle le respect de la loi à géométrie variable !

Et dans ce cas, comment contester la réaction de celui qui ne comprend pas pourquoi il a été condamné alors qu’il n’avait fait « que » tabasser sa femme, participer à une « tournante » ou brûlé quelques voitures histoire de se distraire avec ses potes ! …au vue de sa propre morale, ces actes ne méritaient pas un tel châtiment !

Pour autant, on ne peut ignorer le problème, d'autant qu'on n'est pas certain de ne pas avoir la même réaction dans ce type de situation.

Le problème posé par l’immigration illustre parfaitement l’écart qu’il y a entre des grands principes définis et votés par les instances gouvernantes du pays et généralement acceptés par la majorité de la population, et le traitement des cas individuels. Les principes n’ont ni nom, ni visage, ils ne parlent pas, ils ne sourient pas et ne souffrent pas !

Les principes qui sous-tendent les lois sur l’immigration sont définis à partir de raisonnements intellectuellement tout à fait acceptables et respectables. Sauf à faire preuve d’un bon gros sentimentalisme bien naïf, il parait normal de d’opérer un filtre parmi ceux qui prétendent venir s’installer en France. Et dans ce cadre, il faut savoir ce que l’on veut, soit on filtre l’immigration et on accepte que certaines demandes soient refusées et en corolaire évident que ceux qui malgré tout s’incrustent soient expulsés, soit on ouvre grand les portes !

Il ne rime à rien d’établir des règles et de fermer les yeux lorsqu’elles ne sont pas respectées.

Evidemment, derrière ces froides notions de français, d’étranger, d’européens, de non européens, de ressortissants, de regroupement familial, de qualification professionnelle ou de papiers en règle,on trouve une multitude de cas individuels, on trouve des personnes avec leurs visage, leur parole, leurs sourire et leurs souffrances …surtout leurs souffrances lorsqu’il s’agit d’immigration clandestine !

Devant ces drames humains, il est normal de s’insurger surtout lorsque la loi est strictement appliquée dans toute sa rigueur et donc sa brutalité.

Mais pour autant, pourquoi faire une exception à la loi pour Myriam (Myriam est un pseudo je ne connais pas son nom) parce qu’elle a réussi à rester illégalement en France pendant 4 ans sans se faire prendre et à suivre des cours dans un Lycée, et pas pour Rachid, Abdoula ou Mohammed qui ne connaissaient personne et se sont fait renvoyer dans leurs pays par le premier charter disponible et dans l’indifférence générale ?

On ne peut pas traiter les cas en fonction des pressions qu'opèrent les uns et les autres et lorsqu’un sujet provoque de telles réactions de rebellions contre l’autorité, et lorsque l’application de la loi vient si souvent en contradiction avec certaines valeurs de la république, on ne peut pas faire l’économie d’un grand débat national à l’issu duquel une décision collective doit être prise ….et respectée par tous !

Pourtant, à part le FN il y a fort à parier qu’aucun candidat n’osera faire de ce sujet un de ses thèmes de campagne. L’immigration est le type même de sujet sur lequel il n’y a que des coups à prendre, trop de tabous et de sectarisme, le genre de sujet qui provoque plus de passions que de débats.

Malheureusement, ne pas se poser ces questions, c’est laisser la parole à ceux qui n’ont pas nécessairement les bonnes réponses et ce sujet est trop porteur de désespoirs et de drames humains pour le laisser entre les mains du Front National !