Contrairement à une opinion largement partagée parmi mes petits copains blogueurs, je crois Hollande plutôt raisonnable, enfin pour être un poil plus précis, je dirais que pour un socialiste, il est raisonnable. Dès l’été dernier, il s’était fait remarquer par rapport à ses petits collègues mais néanmoins concurrents (es) à l’époque, par ses positions sur la nécessité de résorber notre considérable déficit. N’hésitant pas à remettre en cause le projet mort-né du parti, il avait pris une position sans ambigüité sur le sujet :

« La dette est l’ennemie de la gauche et de la France. Le candidat qui annonce qu’il n’y aura pas d’effort supplémentaire après 2012 sera un président qui se parjurera » (Le Monde du 18 juillet).(voir « la dette publique boulet des socialistes » du 24 juillet 2011).

Ca, c’était l’été dernier !

Depuis il a bien fallu qu’il précise le fond de sa pensée et surtout qu’il rappelle qu’il était bien de gauche malgré ses appels à la rigueur à l’effort national !

C’est là que ça a commencé à se gâter.

Il y a d’abord eu les fameuses primaires qui l’ont, tout naturellement, amené faire quelques promesses susceptibles d’attirer sur sa personne les suffrages des sympathisants socialistes. Reconnaissons que contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, il ne fit pas dans une surenchère excessive. Pour autant, il a été obligé de balancer quelques propositions un peu personnelles et c’est là qu’apparurent les 60 000 postes dans l’Education Nationale ou le contrat génération.

Puis ce fut la séquence de fin Janvier, avec d’un coté le discours du Bourget, un bon discours de gauche à l’ancienne, destiné à ramener à lui tous ceux qui auraient pu être tentés d’aller voir chez Mélenchon,et qui pouvait laisser craindre la rechute dans les vieux travers du PS.

De l’autre coté ce furent les 60 propositions. Des propositions plutôt rassurantes, puisque le projet socialiste a été largement dépouillé de la plupart de ses couteuses promesses, mais néanmoins largement insatisfaisantes pour un tas de raisons déjà évoquées et très bien soulignées par François Bayrou.Voir à ce propos « Hollande, de la difficulté à devenir raisonnable lorsqu’on n’en a pas l’habitude ! » du 29 janvier.

A travers les apparentes contradictions dans le discours de François Hollande, on perçoit bien la difficulté qu’il a, à concilier son réalisme et sa bonne maitrise des mécanismes économiques, avec son statut de représentant de la principale formation de gauche.

François Hollande avance sur un chemin étroit sur lequel il est soumis à des forces contraires qui l’en font sortir de temps en temps d’un coté et de temps en temps de l’autre.

David résume parfaitement sa situation : « François Hollande est complètement bloqué par le Parti Socialiste entre une gauche radicale portée par Jean-Luc Mélenchon et un mouvement progressiste défendu par François Bayrou. Dès lors, il a presque une posture schizophrène entre ses promesses et ses instants de lucidité. »

Une fois que l’on a dit tout cela, quelle réponse apporter à la question que se posent L’Hérétique et Hervé : Hollande est-il fou ou du moins inconscient ou menteur ?

Je crains de ne pas pouvoir les départager très clairement car, à mon sens, il n’est ni l’un ni l’autre ou plutôt, à la fois un petit peu l’un et un petit peu l’autre.

Je le pense fondamentalement plutôt réaliste et plutôt honnête. J’ai le sentiment qu’il essaye très sincèrement de se maintenir sur le chemin étroit évoqué plus haut.

Cela ne signifie pas pour autant, qu’il va y arriver, ou du moins qu’il prend le bon chemin.

Contrairement à Hervé je lui concède suffisamment de lucidité pour s’apercevoir que son projet est bancal et qu’il lui manque tout un volet sur la réduction des dépenses.

Contrairement à l’Hérétique je pense qu‘il va tout faire pour respecter ses promesses mais, qu’en contrepartie, il va mettre en œuvre des mesures qu’il n’aura pas annoncé pendant la campagne.

Hollande est un petit peu menteur, car menteur par omission.

Hollande est un petit peu inconscient ou fou, car, lorsqu'il voudra mettre en œuvre des d’importantes mesures d'économies non annoncées à l'avance, toute sa gauche lui tombera sur le râble. Il prend le risque de se faire lâcher par l’aile gauche du PS et par ses « partenaires » politiques que sont les Verts et que sera probablement le Front de Gauche.

Et cela nous ramène à une des questions que je me suis posé dans un précédent billet : « Hollande président ?.... 10 bonnes raisons pour dire bof ! », saura t-il résister aux amicales mais néanmoins fermes pressions de sa gauche !

L’homme du consensus mou pourra t-il s’imposer ?...si c’est non, on est mal !

Ce qui ne veut pas dire, que l’on est bien s’il applique son programme affiché et caché. Ce n’est pas parce que j’ai une opinion plutôt favorable sur le personnage que je suis convaincu de sa capacité à trouver les bonnes solutions pour la France de demain. Son réalisme et sa relative compétence, risquent de se trouver largement mis à mal par son entourage et plus généralement par le fond idéologique dans lequel baigne la gauche depuis trop longtemps.

Alors, en bon Normand, ma réponse à la question posée sera: oui je pense qu'il ment par omission et par nécessité, considérant à juste titre qu'une partie de la Gauche n'est pas prête à entendre un discours de vérité, et en conséquence oui il est "fou" de prendre le risque d'être obligé par cette même gauche de s'en tenir strictement à ce qu'il a annoncé.

(*) Alexandre, Hashtable, Corto, Xerbias, Vlad, le Faucon, Vincent d'Objectif liberté, David, Démocratix, Fred, Marianne, Jérôme, Orange Sanguine, Polluxe, le Blog du Démocrate, Kulteuro, Patricia, Isabelle, Buildfreedom, Pierre alias Sébastien, Françoise, Adrien Debever, Orange Pressé et d'autres probablement qui m'excuseront de ne pas les avoir cités.